Au Maroc, 59 000 enfants exercent un travail dangereux (HCP)

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Travail des enfants au Maroc: 101.000 mineurs encore exploités malgré la baisse du phénomène
En 2024, 101.000 enfants âgés de 7 à 17 ans étaient engagés dans une activité économique, selon un rapport du HCP © DR

À l’occasion de la Journée mondiale contre le travail des enfants, le HCP a publié sa note d’information basée sur les données de 2025. Si le phénomène global recule, le profil de l’enfant travailleur reste dramatiquement le même : un garçon, rural, déscolarisé et exposé à des tâches hautement dangereuses. Décryptage.

«Carton rouge au travail des enfants : une enfance protégée, un travail décent pour les adultes». Le slogan choisi pour l’édition de juin 2026 résonne d’une ironie amère à la lecture de la dernière note d’information du Haut-Commissariat au Plan (HCP). Derrière la communication officielle, la réalité statistique de l’enquête nationale sur l’emploi de 2025 révèle une plaie sociale que le Royaume peine à refermer : près de 103.000 enfants âgés de 7 à 17 ans sont encore engagés dans une activité économique au Maroc.

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Certes, le taux global peut sembler marginal (1,3% de cette tranche d’âge au niveau national). Mais le diable, comme toujours, se niche dans les détails sociologiques. Le travail des enfants au Maroc est une fracture géographique et de genre : 76,2% de ces enfants vivent en milieu rural, 86,2% sont des garçons, et l’immense majorité (89,8%) appartient à la tranche des 15‑17 ans, celle qui devrait préparer son avenir sur les bancs du lycée ou dans les centres de formation.

L’école buissonnière par obligation

Le lien entre l’abandon scolaire et l’exploitation économique est quasi mécanique. Les chiffres du Haut‑Commissariat au Plan sont sans appel : 88% de ces enfants ont définitivement quitté l’école, 1% n’y ont jamais été inscrits, et seule une minorité de 11% tente de concilier scolarité et travail.

En milieu rural, c’est le modèle de l’exploitation familiale agricole qui domine : 69,1% des enfants y travaillent dans le secteur « agriculture, forêt et pêche », et près de six sur dix (57,9%) le font en tant qu’aides familiales non rémunérées.

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En ville, le décor change mais la précarité demeure. Le salariat prédomine (58,6%), suivi de l’apprentissage (25%). Les enfants issus des quartiers populaires alimentent principalement les services (51,2%) et l’industrie (28,4%), souvent dans l’informel le plus total.

Lire aussi. Travail des enfants : le Maroc défend une stratégie globale à la conférence mondiale de Marrakech

Le constat le plus alarmant du rapport réside dans la nature même du travail effectué. Près de six enfants actifs sur dix (58,4%, soit 59 000 enfants) accomplissent des « travaux dangereux ». Par définition, il s’agit de tâches susceptibles de nuire gravement à leur santé, leur sécurité ou leur moralité, ou impliquant des horaires nocturnes et des durées excessives.

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Le mythe de « l’apprentissage bienveillant » s’effondre à la lumière des données sectorielles : 78,4% des enfants employés dans l’industrie et 71,3% de ceux actifs dans le bâtiment (BTP) sont exposés à des dangers directs**. Les services affichent un taux de dangerosité de 76,3%. Même l’agriculture, souvent perçue comme plus douce, expose 43,6% de ses enfants‑travailleurs à des risques notables.

Au-delà des trajectoires individuelles, le HCP dresse le portrait‑robot des 73 000 ménages marocains concernés. Sans surprise, la taille de la famille et l’analphabétisme des parents agissent comme des multiplicateurs de vulnérabilité. La probabilité d’avoir un enfant au travail passe de 0,3% pour un ménage de trois personnes à 2,7% pour les familles de six personnes ou plus.

Le niveau d’instruction du chef de famille joue un rôle décisif : le taux d’enfants au travail est de 1,1% lorsque le chef de ménage n’a aucun niveau d’instruction, mais devient « insignifiant » dès que ce niveau s’élève.

Une fois encore, les données du HCP placent le gouvernement face à ses responsabilités. L’éradication du travail des enfants ne se fera ni à coups de slogans ni par la seule ratification de conventions internationales, mais par une refonte structurelle de l’école publique, une lutte déterminée contre l’informel et une politique de soutien ciblée aux familles rurales et monoparentales (près de 9% de ces ménages sont dirigés par des femmes). Tant que la trajectoire sociale d’un enfant dépendra du niveau d’instruction de son père ou de la taille de son foyer, le « carton rouge » restera suspendu au-dessus des politiques publiques.

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