Et de trois pour le Maroc ! L’Argentin Lionel Messi rejoint les stars mondiales qui…
Législatives 2026: une enquête révèle le fossé entre les Marocains et les politiques
Publié le
Voter aux législatives? Oui. Faire confiance aux élus? Non. C’est le constat sans appel d’une enquête inédite menée auprès de près de 3.000 citoyens à travers le Royaume. À l’approche des législatives de 2026, gros plan sur le profil, les attentes et les exigences d’un électorat instruit qui refuse de signer un chèque en blanc à ses dirigeants.
À quelques mois des élections législatives, prévues le 23 septembre prochain, une vaste enquête‑action menée par l’association Les Citoyens jette un pavé dans la mare politique. Menée auprès de plus de 3.000 personnes à travers les 12 régions du Royaume, l’étude révèle un électorat instruit et politisé qui croit fermement au devoir civique, mais ne fait plus confiance aux acteurs du système. Décryptage d’un paradoxe démocratique majeur.
C’est une dissonance frappante que met en lumière ce rapport intitulé «Comment les Marocains voient-ils les élections 2026?». D’un côté, le civisme demeure solide: 66,6 % des répondants considèrent le vote comme un devoir civique important, voire très important. De l’autre, la crédibilité du processus électoral est sévèrement mise en doute, puisque seuls 13,6 % jugent les résultats des élections de 2021 crédibles.
Il ne s’agit ni d’apolitisme ni de résignation, mais d’une forme de «défiance instruite». Les citoyens croient encore en la démocratie, mais rejettent massivement la manière dont elle est mise en œuvre.
Pour comprendre la portée de ces chiffres, il faut examiner le profil des participants aux «Cafés Citoyens» organisés entre janvier et avril 2026. L’échantillon (2.992 répondants valides) est majoritairement urbain (83,2 %), jeune (plus de 74 % ont moins de 35 ans) et très instruit, puisque 87,4 % disposent d’un niveau égal ou supérieur à Bac+2.
Si l’étude n’a pas vocation à représenter statistiquement l’ensemble du pays, comme le précise ses auteurs, elle reflète toutefois la voix d’un segment clé: la classe moyenne urbaine et instruite, censée constituer le socle naturel de la participation électorale, mais qui s’en éloigne progressivement. Ainsi, 41,3 % de ceux qui étaient en âge de voter en 2021 ont volontairement boycotté le scrutin.
Législatives au Maroc: choc des générations
L’analyse fait ressortir trois lignes de fracture majeures. La première concerne la participation: si le débat politique suscite un réel intérêt, le passage à l’acte reste limité. Moins d’un répondant sur deux (47,9 %) a déjà voté au moins une fois dans sa vie, signe d’un engagement intellectuel qui ne se traduit pas toujours dans les urnes.
La deuxième fracture touche à la dynamique de genre. Les femmes affichent une intention de vote nettement plus élevée que les hommes (49,0 % contre 39,6 %), mais restent moins inscrites sur les listes électorales, freinées par des obstacles administratifs persistants.
La troisième fracture concerne les moins de 30 ans. Cette génération se montre particulièrement sévère envers les partis politiques, tout en étant paradoxalement plus disposée que ses aînés à envisager de voter en 2026. Une jeunesse critique, mais pas désengagée.
Loin d’un rejet global du politique, les Marocains interrogés expriment des attentes très précises. Pour les convaincre de se rendre aux urnes, les décideurs devront d’abord garantir l’intégrité du scrutin, une exigence prioritaire pour 47,5 % des répondants. Ils devront également proposer des programmes politiques clairs et lisibles, comme le réclament 42,9 % d’entre eux.
Législatives: l’abstention a la vie dure
Le renouvellement de la classe politique constitue une autre demande forte: 40,6 % des répondants souhaitent voir émerger des candidats plus jeunes, porteurs de nouvelles pratiques. Enfin, 39,7 % exigent une transparence financière totale des partis, condition essentielle pour restaurer la confiance.
Un chiffre noir émerge: 24,1 %. C’est la part des répondants qui affirment qu’aucun argument ne les convaincra de voter. Ce noyau dur de l’abstention constitue l’un des signaux les plus préoccupants de l’enquête: au-delà de ce seuil, la mobilisation électorale se heurte à une zone d’indifférence solidement enracinée.
A l’approche du scrutin, les données recueillies dessinent un paysage contrasté: un attachement déclaré au vote, une défiance marquée envers les institutions et des conditions de participation clairement formulées. L’enquête montre ainsi un électorat instruit, politisé, mais traversé par une rupture de confiance dont l’ampleur pèsera directement sur la dynamique de 2026.
