Le Maroc a réussi à s'imposer comme leader régional de l'industrie automobile, à la faveur…
Industrie automobile : Le Maroc veut réduire sa dépendance à l’Europe d’ici 2030
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Dans un discours électrique sur une scène du Salon de la compétitivité industrielle automobile, tenu la semaine dernière à Kénitra, Ryad Mezzour a clairement exprimé son ambition de réduire le niveau de dépendance de l’industrie automobile marocaine au marché européen, en passant en dessous de 60% à l’échéance 2030
Les mots ont été choisis, le ton également. Ce jour-là, Ryad Mezzour a décidé de mettre de côté le langage de convenance pour être aussi clair que crû. Pour le ministre de l’Industrie marocaine, il n’est plus question pour le Royaume de subir les désiderata réglementaires de l’Union Européenne. Au contraire, il faut en tenir compte et proposer une offre de valeur compétitive, tant sur le plan local que vers d’autres marchés pesant valant beaucoup plus. Allusion faite aux pays africains et du sud global, Brésil, Mexique, etc.
« Celui qui touche aux intérêts du Maroc aura une réponse différente de celle qu’il a aujourd’hui », a conclu Ryad Mezzour, d’une analyse tirée d’un double constat qu’il a fait. En effet, devant un parterre d’acteurs, de décideurs et d’opérateurs, le capitaine de l’industrie a relevé que le premier et principal marché d’exportation du Royaume, (l’Europe, Ndlr) est en train de se fermer, impliquant la réduction des avantages compétitifs. Et pour cause, « les pays qui ont délocalisé vers le Maroc, peuvent aujourd’hui, grâce à l’automatisation, grâce à la robotisation, recommencer à relocaliser », dira le ministre.
L’automobile peut coûter 25% en moins
Sans s’alarmer, il en donnera l’explication suivante : « Les réglementations de l’Union européenne ont, sur les dix dernières années, renchéri le coût de production par véhicule d’environ 40 %. Autrement dit, les véhicules que nous fabriquons sous ces règles pourraient être produits 25 à 30 % moins cher si nous nous adaptions aux normes marocaines, africaines, moyen‑orientales, mexicaines ou brésiliennes. »
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Face à cette situation, Ryad Mezzour estime désormais vital pour l’industrie automobile marocaine de s’ouvrir à un marché mondial de 90 millions de véhicules, plutôt que de rester concentrée sur les 10 à 12 millions que représente le marché européen. Une logique, explique‑t‑il, qui s’inscrit dans la vision impulsée par le roi Mohammed VI visant à faire de la nouvelle ère industrielle celle de la souveraineté.
Selon lui, la configuration actuelle du marché automobile mondial, combinée aux contraintes réglementaires imposées au Maroc, rend la diversification non seulement nécessaire mais urgente. « Il n’a jamais été aussi urgent pour tous, et pour chacun d’entre vous, de diversifier vos marchés », a‑t‑il averti.
L’urgence de diversifier
Fixant des caps à cette diversification, le ministre fera savoir que le premier d’entre eux sera de passer des 80% en moyenne, à en dessous de 60%. A cet effet, Ryad Mezzour a exhorté les acteurs à épouser cet objectif et s’y prendre avec diligence, car le paquet de règlementations contraignantes qu’il a évoqué plus haut devrait bientôt entrer en vigueur.
Par ailleurs, le ministre a appelé les industriels et les parties prenantes à se positionner sur d’autres paramètres qui régulent en ce moment leur industrie. Au nombre de ceux-ci, la robotisation et l’automatisation. « Le taux de robotisation et le nombre de robots dans vos usines doit progressivement se conformer aux standards allemands dans un premier temps, et aux meilleurs standards chinois dans un second. C’est une question de survie, et il faut le faire vite ».
En l’expliquant, Ryad Mezzour n’occulte pas les effets directs sur l’emploi. Pour lui, il faudra composer avec ces impacts, tout en misant sur des postes à plus forte valeur ajoutée et en réorientant les besoins en “labour‑intensive jobs” vers des bassins d’emplois encore peu exploités. « Nous devons le faire vite, avant qu’il n’ait le temps de commencer à relocaliser quoi que ce soit », a averti le ministre.
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Autre cap : l’innovation. Sur ce point, Ryad Mezzour rappelle la nécessité pour l’industrie marocaine, en général, et pour l’automobile en particulier, de sortir de la logique de prime de production pour migrer vers celle de l’innovation, afin d’atteindre à terme la prime de marque. « On va se donner 2030, puisque c’est le rendez‑vous de tout le monde avec la Coupe du monde. On va aller chercher la productivité (…) puis, la décennie d’après, on ira chercher la prime de marque », a‑t‑il expliqué.
On l’aura compris : par cette intervention appuyée lors de l’événement organisé par l’AMICA, le ministre affirme que le Maroc a pleinement conscience des enjeux de relocalisation et des mesures proactives qui s’imposent. Un message qui n’est pas passé inaperçu, tant du côté des industriels locaux que de celui des pays à l’origine des restrictions pointées par le ministre.
