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« Dans nos veines »: la passion des Palestiniens pour le cheval brave les obstacles
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Dans les tribunes d’un manège de Cisjordanie occupée, des centaines de Palestiniens admirent un défilé de pur-sang arabes, distraction prisée malgré la raréfaction des terres disponibles sous l’effet de la colonisation israélienne.
« Les Palestiniens ont une passion dévorante pour les chevaux », explique à l’AFP Abdelnasser Musleh, éleveur de 30 ans, présent à ce concours de beauté à Rawabi, ville cossue près de Ramallah. « Nous sommes fiers de cette race, la race arabe ».
Avant l’entrée en scène des chevaux, de jeunes hommes très concentrés, chaînes en or autour du cou, préparent avec soin leurs étalons, les douchant dans un parking souterrain.
Certains appliquent un gel brillant autour des yeux expressifs, alors que d’autres brossent leur robe fine, deux traits caractéristiques des pur-sang arabes, remis à l’honneur par les Palestiniens ces dernières décennies, souligne Conrad Detailleur, juge belge du concours.
Près de 25.000 de ces équidés sont aujourd’hui enregistrés auprès de la Société du cheval arabe en Israël et dans les Territoires palestiniens, contre seulement une vingtaine dans les années 1970, selon l’éleveur Ashraf Rabee, chargé de superviser ces inscriptions en Cisjordanie, territoire occupé par Israël depuis 1967.

« Ni pâturages, ni terres »
Alors que les grands espaces libres se raréfient en raison du développement des colonies israéliennes, qui s’est nettement accéléré depuis l’accession de l’extrême droite au pouvoir fin 2022, les éleveurs ont été contraints d’adapter leur activité au cadre urbain.
Dans la vieille ville de Naplouse, ancien bastion de groupes armés luttant contre l’occupation israélienne, les hennissements résonnent dans les ruelles étroites, menant à des écuries nichées au coeur de maisons en pierres séculaires.
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A Jérusalem-Est, également annexée par Israël, des cavaliers guident leurs chevaux à travers des quartiers densément construits avant de trotter fièrement au crépuscule vers le mont Scopus, qui offre une vue sur la Jordanie.
Musleh a lui-même accompli une véritable prouesse: la création d’un élevage dans la ville surpeuplée de Kufr Aqab, au nord de Jérusalem, coincée entre deux tours d’habitation, à côté de la route menant au principal barrage israélien entre Jérusalem et la Cisjordanie.
« Les Palestiniens n’ont ni pâturages, ni terres pour construire des écuries. Ils utilisent la moindre possibilité, sous leurs maisons, avec un tout petit manège pour continuer malgré tout à élever des chevaux », raconte ce passionné, aux 13 ans de métier.

Selon l’ONG israélienne La Paix Maintenant, 185 nouveaux avant-postes de colonisation (non encore officialisés par les autorités israéliennes) ont été établis en Cisjordanie ces trois dernières années, dont une majorité d’implantations à vocation agricole.
« Les avant-postes agricoles jouent un rôle essentiel dans l’expulsion et la dépossession (des Palestiniens), a-t-elle alerté en mai, estimant qu’ils représentaient désormais plus de 100.000 hectares, soit 18% de la Cisjordanie.
Une « partie de vous »
La culture du cheval est l’une des rares distractions en extérieur réunissant Palestiniens de tous horizons, urbains ou villageois.
La passion des pur-sang n’est toutefois pas accessible à tous: il faut débourser moins de 3.000 euros pour un poulain et jusqu’à 200.000 euros pour se procurer un étalon de compétition, selon Abdelnasser Musleh.
Fait peu commun, à Rawabi beaucoup d’Arabes israéliens, descendants des Palestiniens restés sur leurs terres après la création d’Israël en 1948, sont venus présenter leurs chevaux, n’hésitant pas à franchir le mur de séparation érigé par Israël pour se rendre en Cisjordanie.
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Ils sont venus de Haïfa, Acre, Nazareth, Ramla, Sakhnin, des villes mixtes juives et arabes ou entièrement palestiniennes.
Car pour les Palestiniens, l’élevage est indissociablement lié à l’identité. Poèmes, chansons et fresques murales rendent hommage aux chevaux, autant qu’aux cavaliers.
« Les chevaux constituent une partie majeure de notre culture arabe », souligne Rashad al-Sah, dont la pouliche Shahed a remporté un prix au concours.
« Vous avez le sentiment que le cheval arabe fait partie de vous, même si vous n’en possédez pas. C’est dans nos veines », confie l’éleveur originaire d’Arraba, dans le nord d’Israël.
Le dresseur sud-africain Wynand Bouwer, inscrit au concours, salue « la passion des gens d’ici, qui crient et descendent sur la piste pour encourager leurs favoris ».
Dans les tribunes, certains fument le narguilé et d’autres se précipitent vers la piste lorsque l’étalon d’un proche remporte un prix.
Juste avant l’entrée en piste, les soigneurs agitent des sacs en plastique pour stimuler leur ardeur et provoquer de vifs mouvements de tête qui font des chevaux arabes, selon M. Musleh, « la plus expressive de toutes les races ».
