France: le Parlement adopte la loi sur l’aide à mourir

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Une session de l'Assemblée nationale française. ©AFP

L’Assemblée nationale française a connu mercredi un instant d’histoire au moment d’entériner la création d’un droit à l’aide à mourir, réforme majeure dont l’adoption, sans effusion, a été vécue comme une « fierté » par ses défenseurs, soulagés après une attente interminable.

Il est 19h25 lorsque la présidente de la chambre basse du Parlement, Yaël Braun-Pivet, très émue, déclame le résultat d’un vote attendu depuis des années par certains: « Pour: 291; contre: 241, l’Assemblée nationale a adopté ».

Dans les tribunes, les personnalités engagées dans ce débat sociétal sont prises par l’émotion: Olivier Falorni, évidemment, l’auteur du texte qui en a fait l’un des combats de sa vie.

Mais aussi des représentants d’associations ou encore Alain Claeys, co-auteur de la loi de 2016 ayant instauré la sédation profonde et continue jusqu’au décès.

Tous ont fait le déplacement pour cette séance marquée par la sobriété, la retenue… et par des rangs longtemps clairsemés dans l’hémicycle.

Les bancs des ministres, eux, sont encore plus déserts. Laurent Panifous, ministre des Relations avec le Parlement, est présent, accompagné uniquement de Camille Galliard-Minier, ministre déléguée à l’Autonomie, désignée par l’exécutif pour porter la voix du gouvernement en ce jour empreint de solennité.

Stéphanie Rist, ministre de la Santé, est absente. Faut-il y voir une certaine gêne gouvernementale, alors que plusieurs ministres ont reconnu leur inconfort « à titre personnel » devant cette réforme ?

Aide à mourir: l’émotion de Falorni

Les défenseurs de l’aide à mourir, eux, affichent leur soulagement. Les débats parlementaires auront duré plusieurs années, survivant à une dissolution de l’Assemblée nationale et à l’opposition résolue du Sénat. « Je suis très ému. Je dormirai mieux, mais je penserai à tous ces visages, à toutes ces voix qui ont parfois hanté mes nuits », glisse Olivier Falorni, les yeux humides, en évoquant les malades qui n’ont pu bénéficier de ce droit.

Une vingtaine de membres de la Convention citoyenne – constituée par tirage au sort dans la population fin 2022 – sont également présents au Palais Bourbon. Ils s’embrassent, se tombent dans les bras – qu’ils soient pour ou contre, d’ailleurs – mesurant le chemin accompli.

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Trois ans ? Quatre ans ? « A la fin, on ne sait même plus combien de temps ça fait », s’émeut Nathalie Berriau, responsable de l’association « Les 184 », qui regroupe ces membres.

« Je suis fière de défendre ce nouveau droit, fière de défendre les patients qui le demandent, fière de participer à une loi qui marquera notre histoire. Fière parce qu’un jour, je pourrai dire à mes petits-enfants: +J’y étais+ », lance à la tribune la députée Renaissance Brigitte Liso.

« Il est des jours comme celui-ci où notre vote dépasse le seul exercice de la loi », abonde l’écologiste Sandrine Rousseau, avant de rendre hommage à sa mère, dont elle a accompagné le suicide en secret.

« Coeur noué »

Les opposants, eux, encaissent cet échec, devenu inéluctable au fil des mois: dépités, certains n’ont même pas attendu le résultat du vote pour quitter leur siège dans l’hémicycle, au moment où Laurent Panifous saluait l’adoption de cette loi dans un brouhaha.

Le député Rassemblement national Christophe Bentz assure avoir eu « le cœur noué et empli d’appréhension » au moment de voter sur ce qu’il qualifie de « texte de mort ».

« Nous sommes le 15 juillet, le jour où le Parlement français décide qu’il peut être mis fin légalement à une vie humaine. L’Histoire nous regardera », se désespère la députée LR Justine Gruet.

A quelques centaines de mètres de là, des associations d’opposants se sont donné rendez-vous pour un dernier rassemblement sur l’Esplanade des Invalides. « Criminel! » lance un participant au moment du vote, après avoir écouté sur une enceinte les prises de parole des députés, la mine grave.

« Nous continuons de protester et nous protesterons encore », assure Tugdual Derville, porte-parole d’Alliance Vita, association organisatrice du rassemblement.

Jusqu’au bout, les détracteurs de la réforme, y compris certains représentants religieux, auront tenté d’inverser la tendance. En vain.

« Comme chrétien orthodoxe, je ne peux ni cautionner l’IVG, ni cautionner le mariage pour tous, ni cautionner l’euthanasie. C’est une chaîne diabolique », s’indigne Emmanuel Delhoume, un orthodoxe ordonné, attablé à la mi-journée à une brasserie près de l’Assemblée…

A quelques mètres de lui, un des plus fervents défenseurs du texte, le président de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), Jonathan Denis, savoure enfin : Même s’il reste « de nombreux combats à mener » pour aller plus loin dans ce droit, dit-il, « il faut réaliser que c’est un moment historique. »

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