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Maroc: derrière la résilience de 2025, BAM tire la sonnette d’alarme sur les fragilités structurelles
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Dans son dernier rapport annuel présenté au roi Mohammed VI, Bank Al-Maghrib (BAM) alerte sur les faiblesses du marché du travail, l’exacerbation des inégalités et la nécessité impérieuse de relayer l’effort public par l’initiative privée.
L’économie marocaine a enregistré en 2025 une croissance de 4,9 % et une maîtrise appréciable de ses équilibres macroéconomiques. Pourtant, le rapport annuel de Bank Al‑Maghrib (BAM), présenté lundi par son gouverneur Abdellatif Jouahri au Roi, met en évidence un décalage persistant entre ces performances chiffrées et le ressenti de la population.
Derrière la dynamique soutenue des investissements publics, des fragilités structurelles continuent de peser sur la trajectoire d’émergence du Royaume:
-Emploi
Malgré la création nette de 193.000 emplois en 2025, le marché du travail demeure marqué par une faible capacité d’absorption. Le taux de chômage atteint 13%, tandis que moins de 4 personnes sur 10 en âge de travailler disposent d’un emploi.
Sur les 407.000 nouveaux entrants sur le marché du travail, seuls 177.000 ont été intégrés au cours de l’année dernière. La précarité reste également forte: un cinquième des actifs occupés sont saisonniers ou occasionnels, et plus des deux tiers ne bénéficient d’aucune couverture médicale liée à leur activité. Le rapport souligne également l’ampleur de l’exclusion des jeunes, avec près de 3 millions de NEETs (ni en emploi, ni en études, ni en formation) âgés de 15 à 29 ans.

-Éducation et formation
En amont du marché du travail, le système éducatif continue de souffrir de réformes inachevées et d’orientations stratégiques souvent remises en question. BAM insiste sur la nécessité d’une refonte profonde et durable de l’école publique et de la formation professionnelle, condition indispensable pour aligner les compétences disponibles sur les besoins réels du tissu productif.
𝟐𝟐𝐞̀𝐦𝐞 𝐞́𝐝𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐮 𝐑𝐚𝐩𝐩𝐨𝐫𝐭 𝐀𝐧𝐧𝐮𝐞𝐥 𝐬𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐒𝐮𝐩𝐞𝐫𝐯𝐢𝐬𝐢𝐨𝐧 𝐁𝐚𝐧𝐜𝐚𝐢𝐫𝐞 : 𝐄𝐱𝐞𝐫𝐜𝐢𝐜𝐞 𝟐𝟎𝟐𝟓.
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— Bank Al-Maghrib (@BankAlMaghrib) July 21, 2026
Le rapport met en garde contre des disparités sociales et territoriales qui contredisent l’objectif d’une prospérité partagée. La dépense moyenne du quintile le plus aisé reste plus de sept fois supérieure à celle du quintile le plus favorisé, tandis qu’un citadin dépense près de deux fois plus qu’un habitant des zones rurales.
L’aide publique souffre par ailleurs d’un ciblage inefficace: les 18 milliards de dirhams mobilisés par la Caisse de compensation profitent disproportionnellement aux ménages aisés. De même, les dérogations fiscales, qui représentent plus de 32 milliards de dirhams, sont souvent accordées sans évaluation rigoureuse de leur impact socio-économique.
-Dépendance envers le marché public
La dynamique économique de 2025 a été largement portée par l’investissement public, en hausse de 16,3% en volume. Les chantiers liés à la transition climatique, aux infrastructures sanitaires, aux grands événements sportifs et à la reconstruction de la région d’Al Haouz ont soutenu l’activité nationale.
Cependant, BAM avertit que cet effort budgétaire est appelé à s’estomper. Le relais doit impérativement être assuré par l’initiative privée, encore freinée par la fragilité des TPE et des difficultés structurelles d’accès au financement.
-Poids de l’informel
Bien que le système bancaire demeure solide, plusieurs vulnérabilités persistent. Les créances en souffrance dépassent désormais les 100 milliards de dirhams, représentant plus de 8% de l’encours global des crédits. Parallèlement, la circulation fiduciaire atteint un niveau préoccupant de 28,5% du PIB, révélant l’emprise durable de l’économie informelle et la lenteur de la transition vers les moyens de paiement digitalisés.
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Si le déficit budgétaire est ramené à 3,5 % du PIB et la dette du Trésor à 66,6 %, la soutenabilité des finances publiques à long terme reste sous pression. Les dépenses incompressibles, telles que l’aide sociale directe, la couverture sanitaire généralisée et la masse salariale, rigidifient les arbitrages budgétaires.
De plus, la réforme des régimes de retraite, en stagnation depuis une décennie, menace l’équilibre financier de plusieurs caisses. Enfin, les mécanismes de financement dits «innovants», qui ont généré 150 milliards de dirhams depuis 2019, arriveront à échéance en 2028, réduisant fortement les marges de manœuvre futures.
-Stress hydrique
Le stress hydrique demeure une contrainte majeure, imposant une refonte globale de la gouvernance de l’eau et une tarification plus équitable. Sur le plan énergétique, les tensions géopolitiques internationales rappellent la forte vulnérabilité du Maroc face aux marchés extérieurs. Cinq ans après l’appel royal à constituer une réserve stratégique de produits essentiels, ce dispositif global tarde encore à être pleinement opérationnel.
Le rapport de BAM dresse ainsi un diagnostic lucide: si la résilience macroéconomique du Maroc est une réalité, elle demeure fragile. Pour transformer ces indicateurs chiffrés en un bien‑être véritablement partagé, le Royaume doit accélérer ses réformes structurelles.
La modernisation de l’école publique, un meilleur ciblage des aides sociales, la stimulation de l’investissement privé productif et une discipline budgétaire renforcée constituent les leviers déterminants pour pérennisations la trajectoire d’émergence du pays.
