Que sont-ils devenus? Saïd Aouita ou le revers de la médaille

Publié le
Que sont-ils devenus: comment Saïd Aouita s’est retrouvé fauché ?
Saïd Aouita mène la finale masculine du 5000 m des Jeux olympiques d'été, suivi de Pekka Vasala (Finlande, 271) et de John Walker (Nouvelle-Zélande, 2e L), le 11 août 1984 à Los Angeles. Aouita a remporté l'or. © EPU / AFP

Coup d’œil dans le rétro avec cette série d’été, qui nous fait revivre les moments de gloire partagés avec les Marocains de certaines célébrités. JO oblige, notre premier épisode est consacré à Saïd Aouita, l’un des plus grands athlètes de l’histoire du demi-fond mondial. Son parcours remarquable et ses nombreuses victoires ont marqué l’histoire du sport national et international. Qu’est-il devenu après tant de gloire?

«Athlète le plus complet de l’histoire du demi-fond mondial», «seul athlète au monde à avoir pu détenir les records du monde de cinq distances», «premier athlète à avoir cassé la barrière des 13 minutes sur 5.000 mètres», «premier médaillé d’or marocain de l’histoire des Jeux olympiques»… Ces prouesses, parmi tant d’autres, font de Saïd Aouita une figure unique et une personnalité marquante de l’histoire du Maroc et celle du sport en général.

Des débuts prometteurs

Né le 2 novembre 1959 à Kénitra, Aouita a grandi à Fès où sa famille s’est installée en 1966. Passionné de football dans sa jeunesse, il rejoint le Maghreb Association Sportive (MAS) avant de se tourner progressivement vers l’athlétisme sur les conseils d’un professeur d’éducation physique. Il commence alors à s’entraîner sérieusement en cross-country et est repéré par Aziz Daouda, alors directeur technique de la Fédération royale marocaine d’athlétisme.

En 1978, Aouita participe à sa première compétition internationale, les Championnats du monde de cross-country, à Glasgow, où il termine 34e. C’est le début de son engagement total dans l’athlétisme.

L’ascension vers la gloire

En 1983, Aouita fait une entrée fracassante sur la scène mondiale en remportant la médaille de bronze aux Championnats du monde d’athlétisme à Helsinki dans la course des 1.500 mètres. Ses performances impressionnantes lui valent une bourse pour s’entraîner à l’Institut national des sports de Paris où il bénéficie d’un encadrement rigoureux qui renforce ses capacités.

La même année, il remporte deux médailles d’or aux Jeux méditerranéens de Casablanca, sur 800 et 1.500 mètres. L’année suivante, il continue sur sa lancée en décrochant deux médailles d’or aux Championnats d’Afrique. Mais c’est aux Jeux olympiques de Los Angeles en 1984 qu’il atteint le sommet de sa carrière en remportant la médaille d’or du 5.000 mètres, deux jours après Nawal El Moutawakel qui a remporté celle du 400 m haies. Il s’agit des deux premières médailles d’or olympiques du Maroc.

Le roi du demi-fond

De 1984 à 1989, Aouita domine le demi-fond mondial. Il établit des records mondiaux sur plusieurs distances: 1.500 mètres, 2.000 mètres, 3.000 mètres et 5.000 mètres. En 1985, il devient le premier athlète à courir le 5.000 mètres en moins de 13 minutes. Sa polyvalence et sa capacité à exceller sur des distances variées font de lui un athlète exceptionnel.

Sa rivalité avec le Britannique Sebastian Coe et l’Italien Francesco Panetta rajoute également du piment aux compétitions de demi-fond de cette époque. En 1987, Aouita remporte le 3.000 mètres aux Championnats du monde à Rome, consolidant ainsi sa place au panthéon de l’athlétisme.

Le sportif chéri de Hassan II

De retour au Maroc après son sacre olympique à Los Angeles en 1984, un accueil triomphal lui est réservé. Les Marocains sont fiers de voir un “fils du peuple” aux côtés du prince héritier Sidi Mohammed dans une décapotable.

said aouita aux cotés du prince héritier sidi mohammed
Saïd Aouita avec le roi Mohammed VI, à l’époque prince héritier Sidi Mohammed, lors de la réception de l’athlète marocain après son sacre aux JO 1984. © DR

Sa performance inédite lui vaut d’être cité, comme Nawal El Moutawakel, par feu le roi Hassan II dans un discours: «Lorsque pour la première lors des Jeux olympiques, le drapeau marocain a été hissé grâce à Aouita et Nawal, beaucoup de spectateurs se sont demandés: « qui est ce Morocco? » Ils ne le connaissaient pas. Ceux qui se sont posé cette question ont par la suite connu ce Morocco davantage grâce à Aouita et Nawal qu’à son Roi.»

Le revers de la médaille

Après un parcours mitigé en tant que directeur technique des fédérations australienne, marocaine et émiratie, celui qui a donné son nom au train navette rapide reliant sa ville natale Kénitra à Casablanca a dû payer le prix de son succès en voyant les médias s’immiscer dans sa vie privée et réveiller quelques mauvais souvenirs.

said aouita hassan ii nawal el motawakel
Feu le Roi Hassan II levant la main des athlètes Saïd Aouita et Nawal El Moutawakel, médaillés d’or aux Jeux olympiques de Los Angeles en 1984, lors d’une réception à leur honneur au complexe Mohammed V de Casablanca, en août 1984. © DR.

Après de longues années loin des caméras, l’ancien champion s’est retrouvé de nouveau sous les projecteurs, mais cette fois pour des problèmes familiaux et conjugaux, après un désaccord avec son défunt père et son divorce sur fond d’escroquerie.

Après une sortie médiatique de son père qui l’accusait de maltraitance et de désobéissance, Aouita a rétorqué en accusant même les médias de profiter de l’inadvertance d’un homme drogué et alcoolique. Il est allé jusqu’à organiser une conférence de presse en compagnie de sa mère et ses deux frères pour expliquer ce différend familial au public.

Avant même que cette polémique tombe aux oubliettes, la légende de l’athlétisme s’est retrouvé au centre d’un nouveau feuilleton médiatique: son divorce. La relation d’Aouita avec son ex-épouse Khadija Askhir s’est dégradée après qu’il a découvert qu’elle avait monté une escroquerie contre lui. Il a néanmoins essayé tant bien que mal de préserver sa relation de couple, mais au tribunal de la famille de Casablanca, sa demande de conciliation n’a pas abouti.

«Ma femme m’a escroqué en compagnie de l’avocate de la famille. Les gens vont dire que c’est de ma faute car je lui ai donné une procuration (générale). Mais tout homme aurait fait la même chose après 37 ans de mariage. Je ne peux pas ne pas faire confiance à ma femme. Quand j’ai voulu prendre ma retraite, j’ai découvert que mes comptes bancaires avaient été vidés, mes biens fonciers vendus, il ne me restait plus rien», a-t-il raconté dans l’émission « Monde de Chahrazed » sur M24 TV.

Héritage indélébile

Malgré son après-carrière tumultueuse, l’héritage de Saïd Aouita demeure immense. Il a non seulement mis le Maroc sur la carte de l’athlétisme mondial, mais il a aussi inspiré une génération entière d’athlètes marocains, à l’instar de Hicham El Guerrouj, multiple champion du monde et olympique sur 1.500 mètres et 5.000 mètres.

En reconnaissance de ses exploits, Aouita a été décoré par le roi Hassan II et a reçu de nombreuses distinctions internationales, mais il a surtout gagné les cœurs des Marocains.

La rédaction vous conseille

Les titres du matinNewsletter

Tous les jours

Recevez chaque matin, l'actualité du jour : politique, international, société...

Que sont-ils devenus? Saïd Aouita ou le revers de la médaille

S'ABONNER
Partager
S'abonner