Le poulet qui était accessible à toutes les bourses est en train de devenir inabordable,…
Flambée des prix du poulet: les professionnels divisés sur les causes, le consommateur toujours perdant
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La flambée des prix de la viande de volaille divise les acteurs de la filière quant à ses causes et ses origines. Alors que certains pointent du doigt des pratiques douteuses émanant de certains d’entre eux, d’autres trouvent des explications ailleurs. Le consommateur de retrouve lui à devoir jouer le dindon de la farce…
La volaille est assurément l’un des aliments dont la variation est la plus fluctuante tout au long de l’année. Ses prix, tantôt à la hausse, tantôt à la baisse, connaissent une énorme instabilité. Alors que sa production représente l’un des bastions de la souveraineté alimentaire du Maroc, les acteurs du secteur peinent à garantir une stabilité. Les données de l’Observatoire national de l’agriculture révèlent qu’entre le premier trimestre de l’année 2022 et celui de l’année dernière, «le prix moyen mensuel de la production de poulet de chair a augmenté de 43 %». Autre chiffre traduisant ces variations inopinées: le prix de vente sortie ferme est passé de 12 à 13 DH le kilo en septembre dernier, à 17 DH au moment où nous écrivons ces lignes. Cel se traduit sur les étals, avec des prix au kilo autour des 23 DH et pouvant atteindre jusqu’à 26 DH dans certaines villes.
Parmi les causes identifiées par certains professionnels pour expliquer cette instabilité, la sécheresse qui a sévi dans le pays ces dernières années est en tête. Selon eux, les vagues de chaleur entraînent une plus grande mortalité des poulets. Par ricochet, l’offre se trouve légèrement à la baisse et fait face à une demande plus élevée, comme ce la a été le cas en été où l’on a assisté à la multiplication des mariages, fêtes et autres événements.
La faute aux couveurs ?
Certains autres acteurs, comme Mohamed Abboud, président de l’Association nationale des éleveurs de poulets de chair (ANPC), voient les choses autrement. Selon lui, ces diverses flambées observées sur le prix de la volaille sont le fait d’un «lobby sectoriel» qui n’est autre que les associations de couveurs. Il dénonce un deal selon lequel ces derniers réduiraient expressément la production de poussins pour baisser l’offre et créer une tension au niveau de la demande. «La production a été réduite cet été de 11 millions à cinq millions de poussins entraînant une augmentation des prix. Par la suite, la production a repris, mais les prix des poussins sont restés élevés», affirme-t-il auprès d’un confrère.
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D’après les informations recoupées, cette pratique, qui pourrait raisonnablement être assimilée à de la combine, impose aux éleveurs d’acheter le poussin à 9 ou 10 dirhams (DH), alors qu’il variait naguère entre 2 et 3 DH. Mais pour Mohamed, la réalité sur le terrain est tout autre, notamment pour ce qui concerne le poussin: «Le coût d’un poussin en Europe est de 0,35 euro (environ 4 dirhams), tandis qu’il est vendu à 14 dirhams au Maroc». Il a également comparé les coûts de production d’un kilogramme de viande de poulet en Europe et au Maroc «alors qu’il revient à 1,25 euro (environ 13 dirhams) à un agriculteur local».
Pas si sûr…
Interpellée par nos soins sur la question, la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (FISA) a une autre version. Pour son président Youssef Alaoui, il ne faut pas chercher midi à quatorze heures. Sur l’hypothèse d’une manipulation éventuelle des prix sur le marché par les couveurs, à travers une stratégie de baisse et de hausse de la production des poussins, il est catégorique: «C’est faux. La production n’a pas baissé. Ceux qui avancent ces accusations doivent fournir des preuves tangibles». Il affirme que les chiffres dont disposent lui et ses pairs de la fédération et l’interprofession font état, bien au contraire, d’une hausse de la production des poussins d’environ 14 %.
Le problème de la flambée actuelle des cours de la viande blanche ne vient donc pas de ce côté-là, pour Youssef Alaoui. Le principal facteur responsable de ces évolutions majeures est à mettre en lien avec l’évolution du prix de la viande rouge, explique-t-il: «En raison d’une baisse importante du cheptel bovin et ovin — près de 60 % — les prix de la viande rouge ont fortement augmenté. Cela a poussé une partie de la demande à se reporter sur la volaille, qui malgré tout reste quatre fois moins chère que la viande rouge».
La souveraineté inquiétée ?
Il poursuit en expliquant que, si «jusqu’à présent, la production locale parvenait à couvrir la demande, assurant une certaine souveraineté, aujourd’hui, avec cette pression accrue, il y a raisonnablement des tensions sur l’offre». D’après lui, ce n’est donc pas le résultat d’une supercherie, ni d’une magouille des acteurs, mais la résultante d’effets conjoncturels, dont certains facteurs nouveaux, comme le prix de la viande rouge.
Quant au coût de production, Youssef Alaoui ne dément pas qu’il soit élevé, mais précise qu’il n’est pas imputable uniquement au prix du poussin. Le président de la FISA avance qu’il repose sur plusieurs facteurs, à savoir le prix des intrants, comme l’alimentation animale, les charges énergétiques et les coûts logistiques. «Ces coûts sont plus élevés chez nous qu’en Espagne, où les subventions et les économies d’échelle jouent un rôle déterminant», fait-il savoir. A cela s’ajoute la multiplication des intermédiaires dans la chaîne. Cela, à l’en croire résulte de choix politiques et stratégiques adoptés par le ministère de tutelle.
Pour lui, ces différents éléments mis en avant expliquent mieux la fluctuation et l’instabilité des prix de la viande blanche et appellent, de ce fait, à soutenir la filière nationale pour renforcer sa compétitivité, certes, mais surtout sa souveraineté.
Ainsi, la flambée des prix de la volaille au Maroc est le résultat d’une conjonction de facteurs structurels et conjoncturels. Alors que les acteurs du secteur continuent de débattre des causes, les solutions pour stabiliser le marché ne sont toujours pas annoncées par les professionnels. Au grand dam du consommateur qui doit subir ces fluctuations interminables…
A quand une coopération renforcée entre les différents intervenants et une approche stratégique en matière de politique agricole et énergétique pour ouvrir la voie à une souveraineté alimentaire plus robuste et durable pour le Maroc ?
