Maroc: comment le secteur touristique a renoué avec le succès (professionnels)

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Effet conjugué de mesures conjoncturelles et de choix stratégiques, le tourisme marocain a le vent en poupe

Alors qu’il a essuyé l’une des plus grosses pertes infligées par la crise Covid-19, le secteur touristique marocain a réalisé un bond prodigieux cette année avec des métriques en hausse constante. Quels sont les facteurs à l’origine de ce succès ? Comment les acteurs s’y prennent pour pérenniser cette tendance ? Les explications de professionnels.

C’est un secret pour personne, le secteur marocain du tourisme est l’un des plus dynamiques sur le plan mondial. Le pays enregistre l’une des plus fortes progressions au baromètre établi par l’Organisation mondiale du Tourisme (OMT), passant de la 41ᵉ à la 31ᵉ place entre 2019 et 2023 en ce qui concerne les recettes.

Pour ce qui est des affluences, les données statistiques du ministère du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie Sociale et Solidaire (MTAESS) indiquent que le Maroc s’est hissé à la 22ᵉ place au niveau mondial en 2023, contre 31ᵉ en 2019. Un succès rendu possible avec l’arrivée de 14,5 millions de touristes l’année dernière, en hausse de 34 % en glissement annuel, et de 14 % par rapport à 2019. L’évolution fulgurante des arrivées et des recettes a également impacté les nuitées dans les établissements hôteliers en 2023, qui ont grimpé de 35 % d’une année à l’autre.

Satisfaction à bord

Un succès qui n’est pas prêt de s’arrêter, puisque le record des 12 mois de 2023 a déjà été dépassé au cours des 11 premiers mois de cette année. En effet, le bilan des arrivées par postes frontières du mois de novembre, que nous a confié une source influente du secteur, montre que 1.280.138 touristes ont franchi les différents postes frontières du Maroc. Ce volume, qui marque une hausse de plus de 30 % comparé à novembre 2023, porte le nombre total des arrivées enregistrées à plus de 15 millions, avec une augmentation de 20 % en glissement annuel.

«De quoi réjouir à plus d’un titre les professionnels du secteur. Nous avons enregistré des records aux postes frontières en termes d’arrivées, des records de nuitées dans les établissements classés, ainsi que des recettes en devises exceptionnelles. Le tourisme a également eu un impact positif sur l’emploi et l’artisanat», relate Nidal Lahlou, président délégué de la Fédération nationale de l’industrie hôtelière (FNIH).

Une situation qui contraste fortement avec le marasme qui s’est abattu sur le secteur à l’ère Covid. Pour Nidal Lahlou, cette période a constitué «un point de rupture». Cette année-là, les arrivées des touristes, les nuitées dans les hôtels et les recettes liées à cette activité avaient atteint leur plus bas niveau, avec respectivement -72 %, -79 % et -52 % en 2020, avant de repartir en flèche deux ans plus tard, dépassant les 100 % d’amélioration.

Capitaliser sur le contexte

Plusieurs facteurs expliquent ce miracle. Pour le président de la faîtière du secteur hôtelier, la gestion socio-économique et sanitaire de cette crise a été déterminante. Il estime que les résultats actuels sont «le fruit d’un travail initié dès 2021, avec des mesures de sauvegarde concertées entre l’administration et le secteur privé».

Abdellatif Abouricha, chargé de mission coordination, accompagnement et développement du Conseil Régional du Tourisme Marrakech et Région (CRT-Marrakech),  partage cet avis. Selon lui, bien que le Covid-19 ait été une période difficile marquée par la souffrance, le Maroc a su maintenir son image de stabilité et de sécurité dans un climat d’incertitude. «Cela a joué un rôle majeur dans la reprise du tourisme», affirme-t-il. «Depuis l’ouverture des frontières le 9 février 2022, tous les acteurs – autorités, Office du tourisme, ministère et opérateurs – ont travaillé main dans la main pour atteindre ce succès.»

Lire aussi : Tourisme, l’année de tous les records au Maroc

Nidal Lahlou souligne également l’impact des récents événements, tels que la gestion des conséquences du séisme du Haouz et l’épopée des Lions de l’Atlas au Qatar. Ces éléments ont renforcé le rayonnement du Maroc à l’international. «Ces succès sont appuyés par un travail promotionnel de qualité, comme la campagne Terre de Lumière de l’Office national marocain du tourisme (ONMT), l’amélioration de la connectivité aérienne et la diversification de l’offre touristique axée sur l’expérience plutôt que sur le produit», explique-t-il. La participation du Maroc à l’organisation de la Coupe du monde 2030 a également rehaussé l’attrait du Royaume aux yeux des touristes.

Adaptation et diversification

Même s’il faudra attendre le bilan annuel pour une évaluation exhaustive, Abdellatif Abouricha, membre du comité de veille touristique, ne cache pas sa satisfaction quant aux indicateurs actuels. «Nous sommes passés de 450 vols par semaine à 630, ce qui est déjà un exploit.» Toutefois, il estime que les conditions sont réunies pour faire mieux : «notre objectif est d’atteindre 930 vols par semaine pour un taux d’occupation de 85 %, bien au-dessus des 70 % actuels».

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Un autre facteur de relance réside dans l’adaptation de l’offre touristique. À Marrakech, épicentre du tourisme national, les acteurs ont dû faire preuve de pragmatisme. «Pour atteindre ce taux d’occupation de 70 %, nous avons mis en œuvre plusieurs actions dans le cadre de la cellule de veille», explique Abdellatif Abouricha. Cela inclut des offres d’hébergement variées, allant de 400 à 3.000 dirhams, permettant à chaque touriste de trouver une option adaptée à son budget.

Outre l’adaptation, la diversification est un autre levier clé. «Dans la région de Marrakech, Essaouira et El Haouz, le taux d’occupation le plus élevé se trouve dans les zones montagneuses, atteignant 71 %», remarque Abdellatif Abouricha. Cette stratégie de diversification est également saluée par Nidal Lahlou, qui souligne que l’offre touristique, autrefois limitée au culturel et au balnéaire, s’est considérablement enrichie. «Nous évoluons vers une stratégie axée sur l’expérience. Cela signifie offrir aux touristes des activités immersives qui reflètent la culture, l’hospitalité et le savoir-vivre marocains», explique-t-il.

Ambition renforcée

Cette ambition d’un tourisme pluriel est explicitement appuyée par la feuille de route 2030. Selon Nidal Lahlou, elle met en avant plusieurs filières spécifiques, telles que les sports nautiques, le trekking, les city breaks ou encore le tourisme d’affaires. Elle inclut également des filières transversales comme la gastronomie, les festivals, l’artisanat et le développement durable, afin d’enrichir et diversifier l’expérience des visiteurs.

En somme, le succès du tourisme marocain repose sur la combinaison de plusieurs facteurs : une promotion efficace, le soutien de l’État et une offre diversifiée. Il appartient aux parties prenantes de continuer à améliorer ces différents aspects pour atteindre les objectifs fixés à l’horizon 2030 et maintenir la dynamique positive du secteur.

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