Exclusif. Rachid Yazami: “J’envisage de créer une usine de batteries électriques au Maroc”

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Rachid Yazami. ©DR

Dans un entretien accordé à H24Info, Rachid Yazami indique pour la première fois son intention de construire une usine dans son pays. Dans cet entretien, il apporte également des éclairages précieux sur le sujet brûlant de la place du Maroc dans les batteries électriques.

C’est un Rachid Yazami tout feu tout flamme qui s’est prêté aux questions de H24Info. Un échange en visio pas très évident avec le décalage entre nos deux fuseaux horaires, GMT+1 pour le Maroc, GMT+8 à Singapour, où il tient ses offices. Sans grande préparation préalable, l’homme répond sans détour aux questions, l’une après l’autre, avec, comme à son habitude, la clarté et la franchise qu’on lui connaît, et l’exhaustivité caractéristique des scientifiques.

Pertinence de ses dernières inventions pour la recherche sur les batteries électriques, son positionnement dans la compétition internationale sur les batteries électriques, les retombées pour le Maroc et ses projets au Maroc. Sur aucun de ces thèmes, l’homme ne se défile. Il faut dire qu’avec la renommée, l’homme est rompu à l’exercice.

Abordant la question sur l’impact de ses derniers brevets, il indique que chacun de ces brevets est une réponse concrète à «des problèmes qui sont reconnus mondialement par rapport au futur de la voiture électrique», et dont le plus grand challenge est, sans aucun doute, «le temps de charge». Sur ce sujet, Rachid Yazami assure que lui et ses équipes se sont employés à faire en sorte «que le temps de charge de la batterie soit à peu près le même que celui pour remplir un réservoir d’essence, c’est-à-dire une dizaine de minutes».

Un exploit désormais possible: «C’est ce que nous avons réalisé. Et donc, nous sommes, je l’ai répété plusieurs fois, pour ma connaissance, la seule compagnie au monde à pouvoir le faire. C’est presque une exclusivité intellectuelle, parce que nous avons modifié complètement l’algorithme de la manière de charger les batteries».

Technologie de charge rapide : commercialisation imminente

Autre problème majeur auquel il vient de trouver solution: les accidents thermiques. «Les batteries ont tendance à s’enflammer ou à exploser», explique-t-il. Apportant plus de précisions, il affirme: «Si vous avez la batterie de votre téléphone dans votre poche ou dans votre pochette, dans votre veste à côté du cœur, et si ça s’enflamme, si ça explose, la personne peut être brûlée ou même perdre la vie. C’est très grave. Donc mon rôle de scientifique est de trouver une solution. Voilà, c’est un problème concret auquel nous apportons une solution». Deux problèmes concrets résolus par le scientifique marocain.

Lire aussi : Batteries électriques, Rachid Yazami nous parle de son dernier brevet

Pour ce qui est de la phase d’industrialisation et de commercialisation de toutes ces inventions, notamment celle concernant le protocole de charge rapide, le physicien assure: «Il y a de très forts espoirs pour que cette technologie soit commercialisée très bientôt, essentiellement en Asie». Un choix que Rachid Yazami a fait pour des raisons stratégiques: «On va commencer par l’Asie parce que je suis à Singapour. Mes partenaires sont asiatiques, ils sont à côté de moi à Singapour ou en Indonésie, en Malaisie, au Vietnam, etc.».

Sur la suprématie des Chinois dans le domaine des batteries électriques et les manœuvres occidentales pour rattraper leur retard, l’expert, qui fait autorité dans le domaine des batteries électriques à l’échelle mondiale, apporte des éclaircissements: «L’Europe, d’une certaine manière, a commencé, disons, à investir dans les voitures électriques et les batteries, dix ans après les Chinois. Cela veut dire que les Chinois ont adopté une avance technologique, ils contrôlent les matériaux, ils sont en Afrique pour récupérer le cobalt, le lithium, le graphite».

«La deuxième chose, c’est que ces cinq dernières années, les Chinois ont fait énormément de progrès dans la qualité des batteries. Avant, je déconseillais aux gens d’acheter des batteries chinoises. Maintenant, je constate que non seulement la qualité est très bonne, mais aussi le coût de production est moindre par rapport à l’Europe, presque deux fois moins cher».*

Une usine signée Rachid Yazami en ligne de mire

Une compétition technologique entre titans, qui fait bien l’affaire du Royaume. À l’en croire, Renault et Stellantis, sommés par la réglementation européenne, vont devoir fabriquer exclusivement des véhicules électriques. Ainsi, ces voitures électriques marocaines, avec des sociétés européennes, vont utiliser des batteries chinoises fabriquées au Maroc. Tout sera fabriqué au Maroc, la voiture, la batterie, et donc le Maroc pourra exporter des voitures électriques en Europe avec le tampon “Made in Morocco”.

Au-delà des retombées économiques et des emplois, Rachid Yazami estime que le Maroc pourrait en tirer un substantiel avantage technologique, «mais à condition que nos responsables exigent de ces sociétés une sorte de collaboration avec les universités et qu’elles puissent effectivement financer les projets de recherche universitaires».

Et comme s’il gardait le meilleur pour la fin, l’homme qui fait la fierté des Marocains a levé un coin de voile sur ses projets au Maroc, soulignant qu’ils avancent bien. «Mon approche actuellement est de consolider les découvertes que j’ai faites en Asie, faire la preuve que ça marche. Une fois que ça marche vraiment, alors on ouvrira des usines de production, soit de batteries, soit de chargeurs de batteries pour les véhicules électriques».

Même s’il estime que pour l’heure les quelques milliers de voitures électriques en circulation au Maroc n’exigent pas d’avoir une infrastructure très dense, le scientifique envisage tout de même d’implanter, dans sa pays d’origine, la première usine signée Rachid Yazami «dans les trois ou quatre prochaines années». Une perspective sur laquelle l’homme affiche une sérénité des grands jours: «C’est réalisable, et je suis très optimiste».

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