Tourisme local: pourquoi les Marocains préfèrent-ils partir ailleurs ?

Publié le
Tourisme Rural : Un programme doté de 188 MDH pour la valorisation de 16 villages
Photo d'illustration © DR

Si le Maroc attire de en plus de touristes, de partout dans le monde, et s’impose comme une destination incontournable, le pays peine toujours à mettre en valeur le potentiel du tourisme local. Un phénomène que nous décrypte Yassine El Yattioui,  secrétaire général et chercheur associé au Think tank NejMaroc, spécialisé sur les questions de diplomatie, d’intelligence économique et de géopolitique. 

Le Maroc, riche de sa diversité géographique et culturelle, ne cesse d’attirer des millions de visiteurs du monde entier. Pourtant, un paradoxe demeure : de plus en plus de Marocains préfèrent franchir la Méditerranée pour passer leurs vacances en Espagne plutôt que de découvrir leur propre pays. Cette tendance, bien que révélatrice d’un pouvoir d’achat croissant et d’une recherche de nouvelles expériences, souligne surtout un déficit dans l’offre touristique nationale adaptée aux besoins des résidents. Pour inverser cette dynamique et encourager les Marocains à voyager à l’intérieur du pays, il devient impératif de repenser le modèle touristique, de diversifier les offres et d’exploiter pleinement le potentiel de régions encore sous-estimées.

Le tourisme interne au Maroc représente aujourd’hui environ 30 % des nuitées dans les établissements hôteliers classés, avec près de 8,5 millions de nuitées enregistrées en 2024. Si cette part reste significative, elle demeure bien en deçà du potentiel réel du pays.

En comparaison, l’Espagne, pays qui attire une grande partie des touristes marocains, a su développer un tourisme domestique solide, permettant à ses citoyens de privilégier les destinations locales plutôt que de voyager systématiquement à l’étranger.

Le défi pour le Maroc est donc de créer des conditions favorables pour un tourisme plus inclusif, où les Marocains trouvent une offre correspondant à leurs attentes en matière de prix, de qualité et d’activités.

Le modèle de l’appart-hôtel pourrait constituer une réponse pertinente à cette problématique. Ce format d’hébergement combine les avantages d’un logement indépendant avec le confort des services hôteliers, offrant une flexibilité recherchée par de nombreuses familles.

Aujourd’hui, les séjours touristiques au Maroc sont souvent dominés par les hôtels classiques ou les riads, mais ceux-ci ne répondent pas toujours aux attentes des familles nombreuses, des jeunes voyageurs ou des séjours longue durée.

Un développement massif des appart-hôtels, notamment dans les villes secondaires et les zones balnéaires, pourrait favoriser une meilleure accessibilité et répondre aux contraintes budgétaires des touristes marocains.

yassine el yatioui3
Yassine El Yattioui. ©DR

Au-delà de la diversification de l’offre hôtelière, la mise en valeur de régions sous-exploitées apparaît comme un levier stratégique pour développer le tourisme local. L’Oriental, région aux paysages contrastés entre mer et montagnes, reste encore trop peu fréquentée par les Marocains, malgré son immense potentiel.

Les plages de Saïdia, les montagnes de Beni Snassen ou encore la ville d’Oujda, riche en patrimoine, pourraient devenir des destinations phares si elles bénéficiaient d’une promotion plus ciblée et d’une amélioration des infrastructures.

De la même manière, les Provinces du Sud, en particulier Dakhla, sont aujourd’hui presque exclusivement tournées vers un tourisme international. Cette ville, réputée pour le kitesurf et les sports nautiques, pourrait attirer bien plus de visiteurs nationaux si des offres adaptées, notamment des séjours en famille ou des circuits découverte, étaient mises en place.

Lire aussi. Tourisme: le Maroc réalise déjà un premier record historique en janvier

L’essor du tourisme interne passe également par une politique tarifaire plus accessible. Aujourd’hui, un séjour à Marrakech ou à Agadir peut parfois coûter plus cher qu’un voyage en Espagne, notamment en raison des prix élevés des hôtels et du manque d’alternatives économiques. Une adaptation des tarifs, couplée à des offres promotionnelles spécifiques pour les Marocains, pourrait inciter davantage de familles à choisir des vacances locales.

Des initiatives telles que des réductions pour les nationaux, des formules tout compris à des prix compétitifs ou encore des partenariats avec des plateformes de réservation en ligne pourraient être des solutions concrètes pour dynamiser le marché domestique.

Les chiffres du tourisme marocain montrent une progression notable, avec un record de 17,4 millions de visiteurs en 2024, soit une hausse de 20 % par rapport à l’année précédente. Cependant, cette croissance repose encore largement sur le tourisme international.

Miser sur les voyageurs marocains permettrait d’assurer une stabilité au secteur, notamment en période de crises économiques ou sanitaires, où le tourisme étranger peut connaître des fluctuations importantes. Développer un tourisme intérieur fort et structuré permettrait non seulement de soutenir l’économie locale, mais aussi de renforcer le sentiment d’appartenance des Marocains à leur patrimoine national.

L’enjeu pour les années à venir est donc de créer une véritable dynamique autour du tourisme local. Il ne s’agit pas seulement d’attirer des visiteurs étrangers, mais de faire en sorte que les Marocains redécouvrent leur propre pays et y trouvent des expériences aussi attractives que celles proposées ailleurs.

Une offre mieux adaptée, une diversification des destinations, une tarification plus abordable et une valorisation des régions encore peu exploitées sont autant de leviers à actionner pour redonner au Maroc toute sa place dans le cœur de ses propres citoyens.

La rédaction vous conseille

Les titres du matinNewsletter

Tous les jours

Recevez chaque matin, l'actualité du jour : politique, international, société...

Tourisme local: pourquoi les Marocains préfèrent-ils partir ailleurs ?

S'ABONNER
Partager
S'abonner