Quels impacts des droits de douane de Trump sur les échanges Maroc-USA?

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Quel sera l’effet des droits de douane américains (10%) sur l’économie marocaine ?
En 2024, le déficit commercial bilatéral en faveur des Etats-Unis s’est élevé à plus de 3,4 milliards de dollars, avec une aggravation significative de l’ordre de 57,1% par rapport à 2023 © DR.

Le président américain a imposé de nouveaux droits de douane sur une longue liste de pays, dont le Maroc avec un taux de 10%. Quel sera l’impact de cette mesure « punitive » sur une balance commerciale bilatérale déjà déséquilibrée en faveur des États-Unis? Éléments de réponse avec les économistes Lahcen Haddad et Mohammed Benchakroun.

Donald Trump a annoncé mercredi une grande guerre commerciale qui marquera un tournant dans les relations économiques mondiales, en dévoilant une série de droits de douane punitifs visant des pays du monde entier, y compris certains de ses partenaires commerciaux. Parmi eux, le Maroc, avec lequel les États-Unis ont un Accord de libre-échange (USMFTA) en vigueur depuis 2006.

Cette démarche à haut risque ne manquera pas d’impacter les échanges commerciaux bilatéraux, aggravant davantage le déficit commercial en faveur des États-Unis.

Alors que les importations marocaines en provenance des États-Unis ont totalisé 5,3 milliards de dollars en 2024, enregistrant une hausse de 37,3% par rapport à 2023, les exportations marocaines vers les États-Unis se sont limitées à 1,9 milliard de dollars l’année écoulée (en augmentation de 12,3% par rapport à 2023). Ainsi, le déficit commercial s’est élevé à plus de 3,4 milliards de dollars, avec une aggravation significative de l’ordre de 57,1% par rapport à 2023, et pourrait même se creuser davantage pendant l’actuel exercice.

Coup dur pour la compétitivité des exportations 

Cette mesure aura un impact négatif sur l’économie marocaine, car nos exportations sont majoritairement composées de produits à faible valeur ajoutée, comme le textile, l’agroalimentaire et certaines pièces automobiles, assure d’emblée l’économiste Mohammed Benchakroun.

«Ces secteurs sont très sensibles à l’élasticité des prix: lorsqu’un droit de douane augmente le coût des produits marocains, ils deviennent moins compétitifs sur le marché américain, ce qui entraîne une baisse des exportations. En 2023, nos exportations vers les États-Unis représentaient environ 15 milliards de dirhams. Une taxation supplémentaire pourrait réduire ce volume et impacter l’emploi, notamment dans le secteur textile qui représente 27% des emplois industriels au Maroc», entrevoit l’expert.

Une aubaine en vue?

Toutefois, l’effet de cette taxe pourrait être atténué par le fait que cette guerre commerciale touche plusieurs pays, nuance Benchakroun, expliquant que «nos concurrents internationaux seront également pénalisés, ce qui limite l’impact relatif sur le Maroc». De plus, cette situation pourrait encourager les entreprises marocaines à diversifier leurs marchés vers l’Europe ou l’Afrique, réduisant ainsi leur dépendance aux États-Unis, suggère-t-il.

«En réalité, le déficit commercial entre le Maroc et les États-Unis est déjà significatif, même sans cette mesure protectionniste. Nos importations en provenance des États-Unis sont largement supérieures à nos exportations, en raison de notre forte dépendance aux hydrocarbures, aux équipements industriels et aux produits technologiques américains», rappelle l’économiste, pronostiquant que «l’introduction de ces droits de douane ne fera que confirmer un déséquilibre déjà existant, sans en modifier fondamentalement la structure».

Le Maroc relativement épargné

Le professeur universitaire relève un «point positif» qui pourrait constituer une aubaine pour les exportateurs marocains. «Comparé à d’autres pays, le Maroc a été relativement épargné, surtout que certains partenaires commerciaux des États-Unis subissent des hausses de tarifs bien plus élevées, ce qui signifie que nos exportateurs restent dans une position plus avantageuse que d’autres concurrents sur le marché américain», souligne-t-il, ajoutant que «ce contexte pourrait même être une opportunité pour renforcer notre compétitivité en explorant de nouveaux segments ou en améliorant la qualité de nos produits exportés».

Ainsi, «si ces droits de douane représentent un défi pour les exportateurs marocains, ils doivent être vus comme une opportunité d’accélérer la montée en gamme des produits et de renforcer les partenariats commerciaux avec d’autres régions du monde».

ALE jadis mutuellement bénéfique

De son côté, l’économiste Lahcen Haddad analyse les relations commerciales entre Rabat et Washington à l’aune de la récente décision, mais aussi de l’historique des échanges depuis l’entrée en vigueur de l’Accord de libre-échange (USMFTA) en 2006, qui «a profondément renforcé les liens économiques entre les deux pays».

Selon le 2e vice-président de la Chambre des conseillers, «l’élimination des droits de douane sur la grande majorité des produits, en particulier dans des secteurs clés pour les exportations américaines comme la machinerie, les technologies de l’information et les textiles, reflète une ouverture des marchés mutuellement bénéfique». Toutefois, il souligne qu’au niveau américain, «des défis persistent sous forme de barrières non tarifaires — telles que la complexité des procédures douanières, le flou réglementaire ou les restrictions sur les conditions de prépaiement — qui freinent la pleine mise en œuvre du potentiel de l’accord».

Protection légitime

Haddad rappelle que «les États-Unis expriment également des préoccupations concernant l’application des droits de propriété intellectuelle ainsi que certaines mesures sanitaires jugées restrictives pour le commerce», précisant que «ces critiques, bien qu’elles aient une certaine légitimité dans une optique de facilitation des échanges, ne doivent pas occulter le succès global de l’accord en matière de flux commerciaux et d’investissement bilatéraux».

Du point de vue du Maroc, nombre de ces soi-disant «barrières» répondent à des priorités stratégiques plus larges: la préservation de la santé publique (via les normes sanitaires), la protection des réserves en devises (par le plafonnement des paiements anticipés) ou encore l’alignement sur les normes environnementales mondiales (comme les émissions Euro 6 pour les véhicules), rappelle Haddad.

Eviter de rompre l’équilibre du partenariat

Le Maroc a démontré, affirme-t-il, une volonté constante de mettre en œuvre l’accord de bonne foi, tout en jonglant avec les réalités du développement, des réformes réglementaires et des dynamiques régionales. «Les appels américains à davantage de libéralisation devraient donc être attentifs aux impératifs de politique intérieure du Maroc et à son droit souverain de réguler, en particulier dans les domaines liés à l’intérêt général», souligne ce membre du cercle des économistes istiqlaliens, appelant à «un dialogue constructif, dans le cadre du Comité conjoint prévu par l’accord».

Ce dialogue «demeure la voie la plus appropriée pour répondre à ces préoccupations sans rompre l’équilibre du partenariat», conclut l’ancien ministre.

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