Réformer l’équivalence des diplômes: un enjeu majeur pour la diaspora marocaine

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Yassine El Yattioui. ©DR

La contribution des compétences marocaines résidant à l’étranger permet de consolider les liens entre la diaspora et le pays d’origine pour relever les défis économiques et socioculturels. Comment peut-on faciliter le retour de ces compétences marocaines ? Éclairage de Yassine El Yattioui, secrétaire général et chercheur associé au Think tank NejMaroc, spécialisé sur les questions de diplomatie, d’intelligence économique et de géopolitique.

La diaspora marocaine, forte de plus de cinq millions de personnes réparties à travers le monde, représente un atout stratégique pour le développement socio-économique du Maroc. Ces Marocains Résidant à l’Étranger ont acquis des compétences variées dans des domaines essentiels tels que l’enseignement, la médecine, la finance et bien d’autres secteurs clé. Leur volonté de contribuer activement au progrès du Maroc se heurte cependant à des obstacles institutionnels et administratifs, notamment en matière de reconnaissance des diplômes étrangers. Cette réalité soulève des interrogations quant à la capacité du pays à intégrer efficacement ces compétences et à tirer pleinement parti du potentiel qu’offre cette communauté. La réforme du système d’équivalence des diplômes apparaît ainsi comme une nécessité pour faciliter leur insertion professionnelle et renforcer leur engagement dans le développement national.

La procédure d’équivalence des diplômes étrangers au Maroc est réputée pour sa complexité et sa lenteur. Les candidats doivent fournir une liste exhaustive de documents, comprenant des copies certifiées conformes de leurs diplômes, relevés de notes et d’attestations de scolarité, ainsi que des traductions assermentées en français ou en arabe. Cette exigence impose une charge financière conséquente, puisque chaque page traduite peut coûter plus de 250 dirhams. De plus, la durée officielle de traitement des dossiers, annoncée entre deux et six mois, peut en réalité s’étendre sur une période bien plus longue, conduisant à une incertitude qui décourage de nombreux candidats. Cette situation entrave directement l’intégration professionnelle des Marocains du Monde et limite leur capacité à contribuer efficacement aux secteurs stratégiques du pays.

 

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Le système éducatif marocain pourrait bénéficier de l’apport de professionnels formés à l’étranger, mais les difficultés liées à la reconnaissance de leurs qualifications freinent leur insertion dans les établissements scolaires et universitaires. Cette situation prive les étudiants marocains d’approches pédagogiques diversifiées et de méthodes d’enseignement innovantes développées dans d’autres contextes académiques. Dans le domaine médical, le Maroc fait face à une pénurie de professionnels de santé, alors que de nombreux médecins marocains formés à l’étranger pourraient contribuer à pallier ce déficit.

Toutefois, les critères stricts d’équivalence, notamment l’exigence d’un baccalauréat scientifique, excluent de facto des praticiens compétents ayant suivi des parcours différents mais tout aussi valables. De manière plus générale, les experts en finance, en ingénierie, en droit ou en marketing ayant acquis une expérience internationale rencontrent également des obstacles majeurs dans leur intégration sur le marché du travail marocain. Cette rigidité administrative empêche le pays de tirer pleinement parti des connaissances actualisées et de l’expertise que ces professionnels pourraient apporter.

Conscient de ces défis, le gouvernement marocain a entrepris des réformes visant à renforcer les liens avec la diaspora. En août 2022, le Roi Mohammed VI a appelé à une restructuration institutionnelle permettant d’accompagner et de soutenir les initiatives et projets des compétences marocaines à l’étranger. En réponse, des réformes ont été engagées, notamment la refonte du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger et la création de la Fondation Mohammedia des Marocains résidant à l’étranger. Ces initiatives visent à clarifier les rôles des différentes instances, à éviter les chevauchements de compétences et à mieux répondre aux attentes de la diaspora. Par ailleurs, des efforts ont été déployés pour simplifier les investissements des Marocains du Monde au Maroc, notamment grâce aux Centres Régionaux d’Investissement, qui permettent la création d’entreprises en quelques jours, y compris à distance, via des plateformes numériques.

Malgré ces avancées, la question de l’équivalence des diplômes demeure un obstacle majeur. Une réforme en profondeur est nécessaire pour simplifier les démarches administratives et adapter le système aux réalités des parcours professionnels des Marocains du Monde. Une première mesure essentielle serait de réduire la liste des documents requis et d’adopter une approche plus souple quant aux traductions assermentées. Le recours aux technologies numériques pour la soumission et le suivi des dossiers permettrait d’accélérer le processus et de renforcer la transparence administrative. Actuellement, le manque de coordination entre les différentes instances impliquées allonge considérablement les délais et alimente la frustration des candidats.

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La réduction des délais de traitement des dossiers d’équivalence doit également être une priorité. Aujourd’hui, de nombreux professionnels marocains formés à l’étranger se retrouvent bloqués dans des procédures qui peuvent durer plusieurs années, ce qui constitue un frein majeur à leur retour et à leur intégration sur le marché du travail national. Une réforme efficace devrait fixer des délais précis et raisonnables, assortis de mécanismes de suivi clairs pour éviter les retards administratifs injustifiés. La mise en place de comités d’évaluation composés de professionnels et d’universitaires spécialisés dans chaque domaine permettrait d’accélérer l’analyse des dossiers et d’adopter une approche plus adaptée aux réalités des différentes disciplines. Une meilleure coordination entre les ministères et les institutions concernées permettrait d’éviter les blocages bureaucratiques et d’assurer une gestion plus efficace des demandes.

Un autre aspect crucial de la réforme concerne la nécessité d’assouplir les critères d’équivalence afin de mieux prendre en compte la diversité des parcours académiques et professionnels des Marocains du Monde. Le système actuel repose sur des critères rigides qui ne reflètent pas toujours la réalité des évolutions du marché du travail et des formations à l’international. Un médecin ayant suivi un cursus médical reconnu en Europe ou en Amérique du Nord peut ainsi se voir refuser son équivalence au Maroc s’il n’a pas obtenu un baccalauréat scientifique à l’origine, alors même que son parcours académique et son expérience attestent de sa qualification. Cette approche rigide exclut des profils hautement qualifiés qui pourraient pourtant renforcer le système de santé marocain.

Dans une logique plus moderne et inclusive, il conviendrait d’adopter une vision basée sur les compétences et l’expérience, plutôt que sur des critères académiques stricts établis à l’entrée dans l’enseignement supérieur. Une réforme permettant une reconnaissance plus souple des parcours atypiques, tout en garantissant un contrôle qualité rigoureux, favoriserait l’attractivité du Maroc pour ses talents expatriés et renforcerait la compétitivité du pays dans plusieurs domaines stratégiques.

L’un des autres défis majeurs à relever est le manque d’information et d’accompagnement des candidats à l’équivalence. De nombreux Marocains du Monde méconnaissent les procédures ou se heurtent à des interlocuteurs peu informés des démarches spécifiques à leur secteur d’activité. Il serait donc pertinent de développer des plateformes d’information accessibles, regroupant toutes les données nécessaires sur la reconnaissance des diplômes, les contacts des administrations compétentes et des guides détaillés sur les démarches à suivre.

Ces plateformes pourraient être complétées par des services d’accompagnement personnalisés, permettant aux candidats de bénéficier d’un suivi individualisé et d’un soutien dans la constitution de leur dossier. Une meilleure coordination entre les ambassades, les consulats et les ministères concernés faciliterait également la diffusion de l’information auprès des MRE, réduisant ainsi les erreurs de procédure et les délais d’attente.

Enfin, la reconnaissance des diplômes étrangers gagnerait à être facilitée par une coopération renforcée entre le Maroc et les pays d’accueil des MRE. La signature d’accords bilatéraux avec les principales nations accueillant des expatriés marocains permettrait d’établir une reconnaissance mutuelle des qualifications, évitant ainsi aux candidats de devoir recommencer l’ensemble des démarches administratives lors de leur retour. De nombreux pays adoptent déjà des systèmes de reconnaissance des diplômes fondés sur des partenariats éducatifs et des normes communes, facilitant l’intégration de leurs talents formés à l’étranger tout en garantissant un niveau de compétence élevé. En intégrant cette logique dans sa stratégie de retour des compétences, le Maroc pourrait non seulement faciliter l’intégration de ses diplômés expatriés, mais aussi renforcer son attractivité auprès d’autres talents internationaux souhaitant s’établir dans le pays.

Les Marocains du Monde constituent une richesse inestimable pour le Royaume. Leur retour et leur intégration professionnelle dans des secteurs clés peuvent significativement contribuer au développement du pays. Toutefois, les obstacles administratifs actuels, notamment en matière d’équivalence des diplômes, entravent cette dynamique. Une réforme institutionnelle profonde, axée sur la simplification, la flexibilité et la reconnaissance des parcours diversifiés, est indispensable pour valoriser pleinement le potentiel de la diaspora marocaine et favoriser son engagement actif dans le progrès du Maroc.

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