Soutien aux importateurs de bétail: l’USFP rejoint l’appel à une commission d’enquête parlementaire

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Soutien aux importateurs de bétail: l’USFP rejoint la fronde parlementaire lancée par le PJD, le PPS et le MP
Abderrahim Chahid, président du groupe socialiste, a annoncé l’adhésion de l'USFP à l’initiative visant à créer une commission parlementaire d’enquête © DR.

Le groupe socialiste (USFP) à la Chambre des représentants a officiellement annoncé son ralliement à l’initiative commune du PJD, du MP et du PPS pour la création d’une commission d’enquête parlementaire. Objectif : faire la lumière sur les subventions étatiques accordées depuis fin 2022, leur gestion, et leur impact réel sur les citoyens.

Face à la polémique croissante autour des aides publiques à l’importation de bétail, l’opposition parlementaire resserre les rangs. Dans un contexte de flambée des prix et de sécheresse persistante, le gouvernement marocain a mis en place une batterie de mesures exceptionnelles: exonération des droits de douane, prise en charge de la TVA, subventions directes à l’importation de bétail, notamment pour les moutons de l’Aïd al-Adha. Coût estimé: 13,3 milliards de dirhams.

Mais pour l’opposition, le flou domine. Qui sont les bénéficiaires ? À quelles conditions ? Quel impact réel sur le consommateur et les petits éleveurs ? Le soupçon de favoritisme, voire de captation des aides par des “barons du bétail”, plane sur cette politique. Les “faraqchia”, surnom donné aux opérateurs dominants du secteur, sont dans le viseur.

Abderrahim Chahid, président du groupe socialiste (de l’Union socialiste des forces populaires) à la Chambre des représentants, a annoncé l’adhésion de son groupe à l’initiative visant à créer une commission parlementaire d’enquête. Celle-ci, lancée par le groupe de la Justice et du Développement (PJD), le groupe haraki (MP) et le groupe du Progrès et du Socialisme (PPS), a pour objectif d’examiner les différentes formes de soutien gouvernemental accordées à l’importation de bétail depuis 2022, ainsi que les politiques générales liées à l’élevage national.

Contrôle sur l’action gouvernementale

Dans une déclaration à la presse, Chahid a souligné que «le groupe socialiste ne peut que soutenir toute initiative visant à renforcer le travail institutionnel et à maintenir l’équilibre entre l’exécutif et le législatif dans notre pays».

Il a également affirmé que son groupe est constamment favorable à l’activation de tous les mécanismes permettant à l’institution parlementaire d’exercer pleinement son rôle de contrôle sur l’action gouvernementale et d’évaluation des mesures prises dans l’exécution du budget public.

Le président du groupe a confirmé l’engagement de l’USFP dans cette initiative, notamment face aux contradictions exprimées récemment par les composantes de la majorité gouvernementale sur cette question.

Il a conclu en affirmant que «sur le plan politique et institutionnel, il est important que cette initiative contribue à faire toute la lumière sur la nature de ces aides, leurs modalités d’attribution et leur impact réel sur l’amélioration des conditions sociales des citoyens marocains».

L’opposition resserre ses rangs

Lundi, des formations de l’opposition à la première chambre du parlement, en l’occurrence, les groupes parlementaires du Parti du progrès et du socialisme (PPS), du Mouvement populaire (MP) et du Parti justice et développement (PJD), ont réclamé la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire sur les aides publiques accordées depuis fin 2022 aux grands importateurs de bétail.

Au centre d’une grosse polémique depuis quelques années, le soutien public à l’importation du bétail fait désormais l’objet d’un véritable bras de fer politique. En ligne de mire des partis de l’opposition, le soutien aux filières bovine et ovine qui aurait atteint 13,3 milliards de dirhams.

Dans un communiqué conjoint, les groupes du PPS, du MP et du PJD ont annoncé une initiative commune pour constituer une commission parlementaire d’enquête, en vertu de l’article 67 de la Constitution.

Lire aussi: Soutien aux filières bovine et ovine: l’opposition réclame une commission d’enquête parlementaire

Cette commission aurait pour objectif de faire la lumière sur les mécanismes et les bénéficiaires réels des aides publiques octroyées dans le cadre de l’importation de bétail, notamment les moutons destinés à l’abattage pour l’Aïd al-Adha des années 2023 et 2024, avec trois soupçons majeurs: le manque de transparence, le favoritisme potentiel et une facture de plusieurs milliards de dirhams.

Des milliards «dilapidés»

Depuis fin 2022, le gouvernement a mis en œuvre un ensemble de mesures exceptionnelles pour soutenir le secteur de l’élevage, frappé par la sécheresse et la hausse des prix.

Parmi ces mesures figurent l’exonération des droits de douane, la prise en charge de la TVA à l’importation, et même des subventions directes pour certains types de cheptel.

Mais selon l’opposition, le coût réel de ces aides pourrait s’élever à plusieurs milliards de dirhams, sans que leur impact concret ni leur transparence ne soient vérifiés.

Des «barons du bétail» en ligne de mire 

Au cœur des critiques: des soupçons de favoritisme et de captation du soutien public par de grands opérateurs surnommés les “faraqchia” (voleurs de bétail en dialecte marocain). Ces commerçants influents du bétail sont soupçonnés d’avoir profité de manière disproportionnée des dispositifs publics au détriment des petits éleveurs.

Dans leur communiqué commun, les groupes parlementaires d’opposition affirment vouloir impliquer toutes les composantes du Parlement, majorité comprise, pour défendre l’intérêt public et le principe d’égalité des chances. Ils dénoncent également le manque de contrôle gouvernemental sur le respect des conditions liées à ces aides, qu’il s’agisse de prix, de destination, ou de critères de qualité.

L’Istiqlal pourrait rejoindre l’initiative

L’initiative parlementaire vise aussi à questionner l’efficacité des politiques publiques agricoles et à s’assurer que les décisions prises dans l’urgence ne se transforment pas en rente déguisée pour quelques acteurs bien placés.

Cette initiative s’inscrit dans la foulée de la polémique sur les 13,3 milliards de dirhams (MMDH) «dilapidés» pour soutenir les importateurs de viandes rouges, déclenchée par les déclarations de Nizar Baraka, secrétaire général de l’Istiqlal et membre de la coalition gouvernementale, ainsi que par la sortie de Nabil Benabdallah, secrétaire général du PPS (opposition) à la suite de laquelle le gouvernement a communiqué sur l’aide exceptionnelle à l’importation de moutons pour l’Aïd al-Adha.

Certains signaux indiquent d’ailleurs que des membres du parti de l’Istiqlal, pourtant dans la majorité, pourraient y adhérer, notamment à la suite des déclarations de leur secrétaire général, Nizar Baraka.

En s’attaquant à la transparence des aides publiques, cette commission pourrait bien devenir un test politique majeur sur la manière dont sont alloués les fonds publics en temps de crise, et sur la volonté réelle de réforme dans un secteur aussi stratégique que l’élevage. Pour le moins, ce sera l’une des plus grandes batailles politiques en prélude aux élections législatives de 2026, dans une campagne électorale à peine voilée mais déjà lancée.

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