Cyberattaque contre la CNSS: une piste tunisienne derrière le groupe «Jabaroot DZ»?

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Jabaroot
CNSS hackée: des experts marocains traquent un ingénieur en cybersécurité basé en Allemagne © DR

La revendication du piratage des données de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) par un collectif se présentant comme algérien, baptisé Jabaroot DZ, pourrait bien être trompeuse. Selon les premiers éléments révélés par une communauté marocaine spécialisée en cybersécurité, cette attaque ne serait peut-être pas d’origine algérienne.

Dans un article publié sur la plateforme Hack4Living, des spécialistes marocains en cybersécurité ont dressé le profil d’un suspect : un ingénieur en cybersécurité d’origine tunisienne, résidant en Allemagne, plus précisément à Bochum. Celui-ci serait potentiellement à l’origine de l’infiltration des systèmes de la CNSS.

Le collectif marocain, composé de sept experts (Edd13Mora, Jakom, 0xPwny, C3poD4Y, ZeroMemoryEx, Tea et Farisi), a mené une enquête minutieuse, partie d’un simple détail technique.

Une erreur qui coûte cher

Tout commence par un message publié dans le groupe Telegram Jabaroot DZ, créé le 8 mars 2025. Le post annonçant la compromission de données sensibles de la CNSS n’a pas été publié directement par un membre identifié du groupe, mais transmis par un autre utilisateur : 3N16M4.

Quelques minutes après la publication, le message est supprimé, puis republié sans la mention « transféré de », ce qui a immédiatement éveillé les soupçons. Les spécialistes marocains estiment que le pirate a, par erreur, transmis le message depuis son propre compte, avant de réaliser sa faute.

Des indices numériques révélateurs

Une recherche Google du pseudonyme 3N16M4 mène rapidement à un compte GitHub actif, rempli de projets en programmation. En analysant certains commits (modifications horodatées sur des projets, NDLR), les enquêteurs ont pu extraire une première adresse e-mail académique, liée à une université allemande se terminant par «run.de».

En croisant plusieurs commits sur différents dépôts GitHub, d’autres adresses e-mail ont été découvertes, l’une d’entre elles révélant le nom complet de l’utilisateur, possiblement lié à l’univers de la cybersécurité, voire du piratage informatique.

Un ingénieur tunisien en Allemagne ?

Le profil correspond à un ingénieur en sécurité informatique vivant à Bochum, ayant étudié à l’Université d’Ostfalia, dont l’adresse e-mail figure toujours dans la base de données universitaire.

Autre élément troublant : le pseudonyme en question figure également dans plusieurs événements CTF (Capture The Flag) — compétitions entre hackers —, notamment en Allemagne, où il est identifié comme originaire de Tunisie et non d’Algérie.

Selon les cyber-enquêteurs marocains, Rachid Mzannar, ingénieur en sécurité établi en Allemagne, pourrait être le véritable instigateur de l’attaque.

Les auteurs de l’enquête soulignent toutefois que rien n’est encore confirmé à ce stade. Ils poursuivent leurs investigations pour établir avec certitude l’identité du responsable et les motivations exactes de l’attaque, dans un contexte régional déjà tendu sur le plan diplomatique et sécuritaire.

Riposte marocaine

Dans le même sillage, un groupe de hackers marocain appelé « Phantom Atlas » a revendiqué des piratages massifs contre la MGPTT et le ministère algérien du Travail, en réponse à une cyberattaque ayant ciblé la Caisse nationale de sécurité sociale attribuée à des hackers algériens.

Un jour après la cyberattaque qui a visé des institutions marocaines, dont la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), un groupe de hackers marocains se faisant appeler «Phantom Atlas» a revendiqué une série de cyberattaques contre des entités gouvernementales algériennes, présentées comme une réponse directe aux «provocations algériennes».

Dans un communiqué diffusé via son canal Telegram, le groupe affirme avoir infiltré les systèmes internes de la Mutuelle générale de la poste et des télécommunications (MGPTT) algérienne en moins de 24 heures. Les pirates affirment avoir mis la main sur plus de 13 gigaoctets de données confidentielles, comprenant des informations personnelles ainsi que des documents classés stratégiques et sensibles.

La riposte ne s’est pas arrêtée là. «Phantom Atlas» affirme également avoir compromis des bases de données relevant du ministère algérien du Travail, accédant à des fichiers internes qu’ils décrivent comme révélateurs de «graves dysfonctionnements et d’une mauvaise gestion administrative».

Ces attaques sont présentées par le groupe marocain comme une réplique directe à l’offensive cybernétique menée par un collectif se réclamant algérien, connu sous le nom de «Jabaroot», et qui a revendiqué le 8 avril, via un canal Telegram fraîchement créé, l’infiltration de systèmes marocains, notamment ceux du ministère de l’Emploi et de la CNSS, entraînant la fuite de données de millions de salariés et de fonctionnaires.

«Le Sahara marocain, une ligne rouge»

«Phantom Atlas» avertit qu’«aucune provocation future ne restera sans réponse, laquelle sera disproportionnée», soulignant que «le Sahara marocain n’est pas sujet à débat et restera sous souveraineté marocaine pleine et entière». Le groupe ajoute: «Nous ne resterons pas les bras croisés face à toute agression visant le Maroc. Vous avez sous-estimé nos capacités, et voici les conséquences.»

Lire aussi: Cyberattaque contre la CNSS: des documents fuités jugés falsifiés ou déformés

Le groupe conclut son communiqué en déclarant: «Ce que nous avons publié n’est que le début. Les données piratées seront dévoilées en temps voulu.»

phantom atlas

Dans un communiqué publié hier mercredi, la CNSS a confirmé avoir été la cible d’une série de cyberattaques ayant tenté de contourner ses dispositifs de sécurité. Bien que ces intrusions aient entraîné une fuite de données, la Caisse affirme que les premières vérifications montrent que de nombreux documents diffusés en ligne sont faux, inexacts ou manipulés.

Lire aussi: Cyberattaque algérienne: des milliers de données de la CNSS leakées, les hackers « répondent » à Sekkouri

Dès la détection de l’incident, un protocole de sécurité informatique a été activé: mesures correctives, renforcement de l’infrastructure numérique et ouverture d’une enquête interne. Les autorités judiciaires ont également été saisies.

La CNSS insiste sur le fait que la protection des données personnelles demeure une priorité, et appelle citoyens et médias à éviter de relayer des contenus non vérifiés, rappelant que la diffusion de documents falsifiés peut entraîner des sanctions légales.

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