Gestion contestée de l’eau à Figuig: deux figures du Hirak placées en garde à vue

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Crise de l’eau à Figuig : Mofo et Merzouki en garde à vue, Attac Maroc dénonce une répression politique
La crise de l'eau à Figuig remonte à novembre 2023, lorsque les autorités provinciales ont lancé le transfert de la gestion des ressources hydriques de l’oasis à une société régionale © DR.

A Figuig, Mohamed Ibrahimi, alias « Mofo », et Redouane Merzouki, deux figures du mouvement contestataire, ont été arrêtées mardi soir à la suite d’une plainte déposée par un employé de la Société régionale multiservices de l’Oriental, chargée de la distribution de l’eau et de l’électricité dans la région.

Selon des sources locales, le parquet du tribunal de première instance de Bouarfa a décidé de placer les deux militants en garde à vue au commissariat de Figuig, dans l’attente de leur présentation devant le procureur ce mercredi. Cette décision fait suite à leur audition dans une affaire liée à l’entrave au travail d’un employé dans l’un des ksour de l’oasis.

La crise actuelle remonte à novembre 2023, lorsque les autorités provinciales ont lancé le transfert de la gestion des ressources hydriques de l’oasis à cette société régionale. Une décision farouchement rejetée par les habitants, qui considèrent que l’eau est un bien collectif appartenant aux familles locales et constitue la colonne vertébrale de leur mode de vie.

Les habitants de la ville-palmeraie nichée au sud de la ville d’Oujda, dans la région de l’Oriental, ont manifesté pendant des mois leur refus total de déléguer la gestion de l’eau potable de l’oasis à une société privée.

Bien que les charges exactes ne soient pas encore connues, Attac Maroc considère ces arrestations comme des mesures de représailles contre l’engagement actif des deux militants dans une mobilisation populaire exceptionnelle, menée depuis un an et demi contre la délégation de la gestion de l’eau à une entreprise perçue comme une forme de privatisation déguisée.

Répression dénoncée à Figuig

Pour Attac Maroc, cette montée de la répression confirme que l’État répond par la force aux revendications légitimes des populations locales, cherchant à intimider les habitants en ciblant les figures les plus actives.

Le transfert de la gestion de l’eau potable à la SRM s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la très controversée loi 83.21, qui prévoit la création de ces sociétés régionales dans tout le Royaume. Ces entités sont chargées de la distribution de l’eau, de l’électricité, de l’assainissement liquide et de l’éclairage public.

Attac Maroc exige la libération immédiate des militants, l’arrêt de la répression et des accusations sans fondement, ainsi que le respect de la volonté des habitants.

L’association exprime sa solidarité totale et inconditionnelle avec la lutte des habitants de Figuig pour la défense de leurs ressources hydriques, contre la privatisation et pour une gestion locale, démocratique et participative, en accord avec leurs savoirs traditionnels. Elle réitère son rejet de la loi 83.21, rappelant les échecs avérés de la gestion déléguée dans des villes comme Casablanca, Rabat, Tanger ou Tétouan.

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Attac appelle enfin «les citoyennes, citoyens et organisations en lutte à s’inspirer de l’expérience de Figuig et à constituer des coordinations locales pour s’organiser contre ces transferts et revendiquer une gestion collective, participative et décentralisée de ces services vitaux, sous contrôle populaire».

Un héritage hydraulique ancestral 

Figuig est une région d’oasis anciennes, entourée de ksour (villages fortifiés), où l’eau souterraine est vitale pour l’agriculture, l’élevage et l’usage domestique. Ses ressources en eau souterraine sont vitales pour la vie locale, en raison de leur rôle central dans l’agriculture, l’élevage et l’approvisionnement en eau potable des habitants.

La population de la ville a accumulé, au fil des siècles, des savoirs et des techniques uniques pour gérer l’eau de manière équitable et durable, notamment à travers le système des «khattaras» et des formes d’organisation communautaire démocratique comme les conseils de l’eau, qui permettent une gestion rationnelle entre irrigation, abreuvement du bétail et consommation humaine.

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