A l'approche de l'Aïd Al Kébir, les familles ont réservé leur mouton et s'apprêtent à…
Aïd Al-Adha: frénésie autour des abats de mouton, les prix galopent
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À l’approche de l’Aïd Al-Adha, la flambée des prix des abats de mouton suscite l’inquiétude. Alors que la décision royale visait à épargner les Marocains du sacrifice et à favoriser la reconstitution du cheptel, la frénésie autour de la viande ovine prend une tournure inattendue. Entre surenchère, pression sur les éleveurs et spéculation, cette tendance va à l’encontre des objectifs socio-économiques de la mesure royale, interrogeant sur la nécessité d’une régulation stricte.
Schizophrénie. C’est le qualificatif que trouve Bouazza Kherrati, à la tête de deux organisations de consommateurs, pour décrire et expliquer la frénésie qui a cours en ce moment autour de la viande ovine, et particulièrement les abats. Le président de la Fédération marocaine des droits des consommateurs (FMDC) et de l’Association marocaine de protection et d’orientation du consommateur de Qantira s’explique difficilement la frénésie actuelle, dont la conséquence directe est l’augmentation du prix de la viande rouge, alors qu’une certaine stabilité avait été observée depuis quelques semaines.
Il suffit d’observer les prix récents pour s’apercevoir de la tension actuelle sur les marchés. En effet, à une semaine de l’Aïd Al-Adha, les prix de la viande rouge ont sérieusement augmenté. Alors que la viande bovine marque une hausse minime, la viande ovine atteint des sommets. Le bulletin hebdomadaire de Casablanca Prestation, qui rend compte des prix pratiqués dans les marchés de gros et abattoirs municipaux de la capitale économique, a montré des variations à la hausse pour ces deux catégories de viande.
Le kilogramme de viande de bœuf oscillait entre 75 et 92 dirhams (DH) au mercredi 28 mai, contre une marge comprise entre 74 et 90 DH lors de la publication précédente, soit un rajout de 1 à 2 DH. Mais concernant la viande ovine, le prix en gros du kilo se négocie entre 95 et 110 DH, alors que la semaine dernière, le même bulletin indiquait une fourchette entre 65 et 105 DH. La différence est notable, confirmant la pression qui prévaut sur le mouton.
Les abats au cœur d’une surenchère incontrôlée
Une pression que traduit également l’envolée des prix des abats de mouton. «Le prix varie en fonction de la localité où l’on se trouve», indique Bouazza Kherrati. À l’en croire, dans les zones rurales, ces parties désormais très prisées atteignent les 300 DH, alors qu’en milieu urbain, elles peuvent aller jusqu’à 800, voire 900 DH. Sans oublier, dira-t-il, les intermédiaires qui participent à cette surenchère.
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Pour lui, cette situation est doublement problématique. Primo, elle ruine les efforts de reconstitution du cheptel, car la surenchère encourage les éleveurs à procéder à l’abattage de femelles pour profiter de la manne. Secundo, ce phénomène va totalement à l’encontre de l’esprit de la décision royale, dispensant l’ensemble des Marocains du rituel sacrificiel de l’Aïd.
«Derrière chaque abat, il y a un mouton abattu», rappelle Bouazza Kherrati. Cela contredit les objectifs socio-économiques de la mesure arrêtée par le roi Mohammed VI en février dernier. Notre interlocuteur explique que le Souverain, qui est également Commandeur des croyants, a pris cette décision afin d’éviter un cas de conscience aux populations marocaines, foncièrement croyantes et instruites dans la pratique du sacrifice du mouton. L’objectif était aussi de favoriser la reconstitution d’un cheptel affaibli par six années de sécheresse. «Malheureusement, la fièvre du mouton qui s’est emparée des Marocains est en contradiction parfaite avec ce double objectif.»
Selon lui, derrière cette tendance que l’on attribuerait au premier abord à l’habitude, se cachent complexe et convoitise. Des attitudes que Kherrati et ses pairs ont décidé de combattre.
Un effort collectif nécessaire
Sa thèse, somme toute logique, est la suivante: «Nous sommes en guerre contre la sécheresse qui sévit depuis des années et dont les effets risquent de nous faire perdre notre souveraineté.» Alors, s’abstenir, comme l’a demandé le Roi, devrait être considéré comme un effort citoyen obligatoire. Pour lui, il faudrait au minimum trois années d’efforts, avec, outre l’interdiction de l’immolation du mouton, d’autres mesures telles que la surveillance stricte des abattoirs, la protection des femelles et une subvention renforcée pour les éleveurs.
Dans cette optique, la fédération des conseommateurs et d’autres acteurs ont lancé une campagne de sensibilisation baptisée “Aïd sans immolation”. Relayée sur les réseaux sociaux et portée par les médias, cette initiative vise à amener les Marocains à comprendre l’inutilité de cet empressement autour des abats et de la viande ovine.
«Aucune valeur religieuse»
«Le rituel du sacrifice se fait exclusivement le jour de l’Aïd. Sinon, on n’est pas dans le sacrifice, mais dans l’aumône, et cela n’a aucune valeur religieuse», souligne Kherrati. Ajouté au fait qu’il n’y a aucun risque de pénurie, il n’y a alors aucune raison valable de s’empresser, exacerbant ainsi la demande et provoquant une flambée des prix.
Un point de vue partagé par Mohamed, boucher au souk de la Médina. Interrogé sur la disponibilité de la viande, il se veut rassurant: «Je vendrai jusqu’au vendredi (6 juin, veille de l’Aïd, ndlr) sans problème, il n’y a aucun risque de rupture. Aussi, si vous voulez éviter les prix fous auxquels on assiste, vous pouvez attendre jusqu’au jeudi de la semaine prochaine pour vous approvisionner en viande ovine.»
En clair, les consommateurs sont les principaux responsables de la surenchère autour de la viande rouge, en particulier la viande ovine et les abats. Leur ruée, sans fondement, a exacerbé la demande et conduit à une hausse incontrôlable des prix. Une attitude qui frise l’incivisme, va à l’encontre de la décision royale, et met en péril les efforts de reconstitution du cheptel. Dès lors, une question se pose: faut-il sanctionner les contrevenants à une mesure royale ayant force de loi?
