“Paroles d'Experts” se penche dans ce numéro sur la copropriété, les problèmes qu'elle engendre, mais…
“Paroles d’Experts” de Faïçal Tadlaoui. Agnès Levallois: les mots justes pour dénoncer le drame de Gaza
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Dans cette émission de Paroles d’Experts consacrée à la situation dramatique de Gaza, Faïçal Tadlaoui reçoit Agnès Levallois, politologue et vice-présidente de l’iReMMO*, pour un décryptage sans détour des choix sémantiques, éditoriaux et politiques opérés par les médias français depuis l’attaque du 7 octobre 2023.
Dès le début de l’émission, le ton est posé : les mots façonnent la perception de la guerre, conditionnent la réception du drame par le public et encadrent l’espace de débat. Pour Agnès Levallois, parler de “massacre” ou “d’opérations militaires” n’est pas anodin : « Il faut bien nommer ce qui se passe dans la bande de Gaza », affirme-t-elle, refusant de considérer cette approche comme futile face à la tragédie humanitaire en cours.
Premier constat: on assiste à une inflexion notable dans le langage médiatique face aux agressions de l’armée israélienne. Après un premier temps dominé par un soutien unanime à Israël et une forte prudence dans le choix des mots, la progression de la violence et la diffusion d’images insoutenables ont contraint les journalistes et les politiques à revoir leur discours et à l’adapter à la situation dramatique que subissent les Palestiniens. Désormais, des mots jusque-là bannis comme génocide, nettoyage ethnique, crimes de guerre ou massacre, sont apparus dans les commentaires des journalistes télé et les déclarations d’hommes politiques.
Génocide
Le terme “génocide”, au cœur de controverses, illustre la difficulté du débat sémantique. Agnès Levallois avoue avoir hésité à l’utiliser, «par prudence, n’étant pas juriste». Mais elle constate que la reconnaissance progressive de ce terme par des experts, des ONG et des organes onusiens permet désormais de l’assumer. « Il n’y a plus aucune ambiguïté», affirme-t-elle, appelant à ne pas renvoyer cette qualification à un futur débat d’historiens.
«Même ceux qui défendaient à cor et à cri la riposte israélienne se rendent compte aujourd’hui que ça n’est plus tenable», observe Agnès Levallois. Un exemple significatif est l’usage du mot “guerre”, que la politologue tente désormais d’éviter: «Le Hamas n’est pas une armée conventionnelle. Il est donc inexact de parler de guerre.»
Un autre glissement majeur concerne la source des bilans humains. Longtemps présentés avec la mention “selon le Hamas”, ces chiffres sont aujourd’hui plus largement admis, en raison de leur cohérence avec les précédents conflits. Agnès Levallois rappelle que les chiffres du ministère de la Santé de Gaza ont toujours été vérifiés a posteriori: «Cette polémique sur les chiffres me paraissait complètement indécente.»
Contextualiser les événements
Pour notre invitée, un autre enjeu majeur est le refus de contextualiser les événements. « L’idée selon laquelle tout commence le 7 octobre est une hérésie », insiste-t-elle, appelant à réintroduire l’histoire de l’occupation et de la colonisation dans le récit médiatique. Cette relecture passe aussi par la réintroduction de notions comme celle d’“État colonial”, longtemps bannies du débat.
Au terme de l’émission, Faïçal Tadlaoui évoque le dernier ouvrage d’Agnès Levallois, Le Livre noir de Gaza (Éditions du Seuil) qui explique que l’objectif de ce livre est de “documenter” les faits grâce à des sources incontestables : Amnesty International, Human Rights Watch, ONU, Euro-Med Human Rights Monitor, entre autres, pour «montrer qu’on ne pourra jamais dire qu’on ne savait pas. »
* Institut de Recherche et d’Études Méditerranée Moyen-Orient

