Le parti Justice et Développement (PJD) a tenu, dimanche à Rabat, son Congrès régional de…
Commune de Rabat: le PJD exige des comptes sur les arrestations et le rapport des « fonctionnaires fantômes »
Publié le
Des responsables arrêtés, d’autres libérés sous caution, des accusations de falsification, un rapport d’audit de la Cour régionale des comptes enterré… La majorité municipale à Rabat est sous le feu des critiques de l’opposition.
Au conseil communal de Rabat, l’opposition vient d’interpeller la maire Fatiha El Moudni sur l’arrestation du directeur des services de la commune, ainsi que d’autres responsables. Pour rappel, AH a été interpellé mardi dernier à l’aéroport Mohammed V, tandis que dans la soirée du même jour, la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) a convoqué le chef du service économique et le chef du service de l’urbanisme dans le cadre d’une enquête sur des irrégularités présumées dans la gestion de la commune, notamment en matière d’urbanisme.
L’ouverture par la BNPJ de ce dossier qui porte, selon des sources bien informées, sur l’octroi controversé d’une autorisation à un célèbre restaurant de la capitale, soupçonnée d’avoir été obtenue par falsification ou manœuvres frauduleuses, a entraîné un échange d’accusations entre responsables communaux et remis au jour les dysfonctionnements pointés, il y a presque un an, par le rapport de la Cour régionale des comptes de Rabat-Salé-Kenitra.
Ce rapport n’a toujours pas été présenté officiellement aux membres du Conseil communal, alimentant de vives critiques de l’opposition.
Le PJD interpelle la maire sur la transparence
Dans une question écrite adressée à la présidente du conseil communal, Fatiha El Moudni, le groupe du Parti justice et développement (PJD) s’interroge sur la situation du personnel communal, en particulier sur le sort du rapport d’audit sur les «fonctionnaires fantômes».
Les élus du parti conservateur demandent si ce rapport a bien été officiellement publié et, surtout, quand ses conclusions et recommandations seront discutées en session du conseil communal.
Selon eux, des extraits de ce rapport auraient déjà fuité dans la presse, suscitant davantage d’interrogations sur la volonté de la majorité de jouer la carte de la transparence, comme le stipule la loi organique 113.14 relative aux collectivités territoriales.
Des arrestations qui alimentent la confusion
L’opposition s’est également alarmée de récentes interpellations de plusieurs responsables et fonctionnaires de la ville, dans le cadre d’une enquête liée à la gestion des affaires publiques locales. D’après les élus du PJD, ces arrestations alimentent un climat de confusion, d’autant plus qu’aucune communication officielle n’a été faite sur l’identité ou les fonctions précises des personnes concernées.
Lire aussi. Commune de Rabat: la BNPJ arrête le directeur des services et de hauts responsables
Un élu de la majorité, ayant requis l’anonymat, confirme que plusieurs responsables ont été arrêtés, puis remis en liberté provisoire contre une caution financière. Ces personnes seraient impliquées dans une affaire de marché public suspect passé à Rabat, ce qui a poussé les autorités judiciaires à ouvrir une enquête approfondie.
Un silence jugé inquiétant
Anass Dahmouni, président du groupe PJD au Conseil communal, dénonce le silence de la maire face à ces révélations. «Personne ne sait officiellement qui a été arrêté, ni pour quelles raisons. Tout se joue sur des rumeurs, alors qu’on parle de faits graves liés à la gestion de la ville», a-t-il déclaré.
Selon lui, la non-publication du rapport de la Cour régionale des comptes renforce le sentiment d’opacité: «cela fait un an que ce rapport aurait dû être discuté. Ce silence n’est pas anodin.»
Tout en insistant sur le respect de la présomption d’innocence, le conseiller de la Fédération de la gauche démocratique (FGD) Farouk El Mehdaoui a souligné que les élus de la FGD étaient les premiers à dénoncer la prolifération de la corruption au sein du conseil de la capitale.
Selon lui, certains élus et responsables sont corrompus jusqu’à la moelle. Pis, «il y a des dysfonctionnements plus graves que ce qui a été révélé par ce dossier», a-t-il confié.
Vers une nouvelle crise de gouvernance à Rabat ?
Ce climat de suspicion, d’arrestations et d’absence de clarté institutionnelle risque d’alimenter une crise de confiance entre majorité et opposition, mais aussi entre l’administration municipale et les citoyens de la capitale. L’affaire pose plus largement la question du contrôle de la gestion locale, de la lutte contre la corruption, et du droit des citoyens à l’information sur l’usage des fonds publics.
