Après avoir accordé un dernier mot aux détenus du Hirak du Rif et au journaliste…
Mort de Yassine Chebli en garde à vue: la justice confirme les peines contre deux policiers, un 3e acquitté
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La cour d’appel de Marrakech a confirmé, ce jeudi 3 juillet 2025, les peines prononcées en première instance contre deux policiers impliqués dans la mort de Yassine Chebli, survenue en octobre 2022 au poste de police de Ben Guerir, et acquitté un 3e agent.
Selon le jugement, l’un des agents est condamné à trois ans et demi de prison ferme, l’autre à deux ans et demi, tandis que le 3e policier poursuivi a été relaxé. Ces décisions suscitent une vive polémique, notamment quant à la qualification juridique des faits, que la justice a considérés comme de simples «violences dans l’exercice des fonctions» et non comme des actes de torture ayant entraîné la mort.
Une mort controversée et des vidéos accablantes
L’affaire remonte au 5 octobre 2022, lorsque Yassine Chebli, un jeune homme en situation d’ébriété dans un espace public, est interpellé par la police. Il décède quelques heures plus tard dans les locaux du commissariat. Dans un premier communiqué, le procureur général près la Cour d’appel de Marrakech avait écarté toute responsabilité policière directe, évoquant une «chute répétée sur le sol en raison d’une crise hystérique».
Mais selon Me Rachid Aït Belarbi, avocat de la famille de la victime, les vidéos des caméras de surveillance – aussi bien celles portées par les policiers que celles du poste – révèlent une réalité bien plus sombre: «Nous avons vu un jeune homme ligoté pendant plus de huit heures, battu, suspendu par les poignets attachés à une grille, frappé à la tête et entre les jambes… C’est une scène d’humiliation et de violence extrême».
L’avocat déplore dans des déclarations à la presse que la justice ait refusé de reconnaître la nature systémique et déshumanisante de ces actes, qualifiant ce jugement d’«nouvel échec pour les droits humains au Maroc».
Réactions et appel à la mobilisation
L’affaire a déclenché une vague d’indignation dans la société civile. Des ONG de défense des droits humains dénoncent une culture d’impunité au sein des forces de sécurité, et appellent à réformer en profondeur le système de garde à vue, y compris la surveillance des commissariats.
«Ce jugement envoie un signal très inquiétant», commente un militant d’une organisation de défense des libertés publiques. «Si un tel traitement peut être qualifié simplement de ‘violence fonctionnelle’, alors qu’en est-il de la dignité humaine ?».
L’avocat de la famille a exprimé sa volonté de se pourvoir en cassation, espérant que la plus haute juridiction marocaine prendra en compte la gravité des faits et les preuves visuelles accablantes.
Le procès des deux frères Chebli reporté
Alors que les circonstances de la mort suspecte de Yassine Chebli dans un commissariat de Ben Guérir restent non élucidées, ses deux frères Saïd et Aymane sont poursuivis pour leur mobilisation.
La chambre correctionnelle près le tribunal de première instance de Ben Guérir a décidé, lundi 30 juin, de reporter au 7 juillet le procès des frères Saïd et Aymane Chebli. La décision vise à permettre aux avocats de la défense de consulter le dossier et de préparer leurs plaidoiries.
Les deux frères, qui sont poursuivis en détention provisoire, ont été arrêtés le 27 juin alors qu’ils participaient à un sit-in pacifique devant le commissariat pour exiger la vérité sur la mort de leur frère Yassine, survenue dans des circonstances suspectes alors qu’il était en garde à vue.
Des accusations liées à leur militantisme
Selon leur défense, Saïd et Aymane Chebli font l’objet de plusieurs chefs d’accusation, dont l’outrage à une institution organisée, en lien avec leurs publications sur les réseaux sociaux et leur participation à des actions de protestation.
Leurs avocats, dont la présidente de l’Association marocaines des droits humains (AMDH), ont déposé une demande de mise en liberté provisoire, sur laquelle le tribunal ne s’est pas encore prononcé.
Une mobilisation croissante des ONG
L’affaire suscite une mobilisation croissante de la société civile, notamment l’AMDH et l’Instance marocaine de soutien aux détenus politiques (HIMAM) qui dénoncent une «répression injustifiée».

Les deux organisations ont condamné les arrestations, exigé la libération des frères Chebli et appelé à la fin des représailles contre la famille, qui ne cesse de réclamer justice pour Yassine.
