Ben Guerir: condamnation des frères Chebli à trois mois de prison ferme

Publié le
Le tribunal de Ben Guerir condamne les frères Chebli à trois mois de prison ferme
© DR.

Le tribunal de première instance de Ben Guerir a condamné, dans les premières heures de ce mardi, les deux frères Saïd et Aymane Chebli, actuellement en grève de la faim en détention, à trois mois de prison ferme assortis d’une amende.

Cette décision a suscité l’indignation de la défense, qui dénonce une « véritable boucherie judiciaire ». Maître Abdelilah Tachfine, avocat des prévenus, a affirmé dans une déclaration à la presse que « les conditions d’un procès équitable n’étaient pas réunies », évoquant même des entraves à l’action des avocats.

Les deux frères étaient poursuivis en détention provisoire après avoir été arrêtés le 27 juin alors qu’ils participaient à un sit-in pacifique devant le commissariat. Ils manifestaient pour exiger la vérité sur la mort de leur frère Yassine Chebli, survenue dans des circonstances suspectes alors qu’il était en garde à vue.

La famille Chebli exige également la divulgation des enregistrements vidéo supposément captés au moment des faits, montrant des actes de torture.

Lourdes charges

L’acte d’accusation retenu contre les frères Chebli comporte de lourdes charges dont l’outrage à des agents de l’autorité publique dans l’exercice de leurs fonctions par des propos, gestes ou menaces visant leur honneur ou leur autorité, l’atteinte à la religion islamique par des cris et menaces dans des lieux publics.

Ils ont été également reconnus coupables de diffusion par voie électronique de faits et allégations mensongers portant atteinte à la vie privée de tiers et constituant des actes de diffamation, d’enregistrement et diffusion d’images d’une personne sans son consentement, d’outrage à une institution légalement organisée et de dégradation de biens d’utilité publique.

Une mobilisation croissante des ONG

L’affaire suscite une mobilisation croissante de la société civile, notamment l’Association marocaine des droits humais (AMDH) et l’Instance marocaine de soutien aux détenus politiques (HIMAM) qui dénoncent une « répression injustifiée ».

Affaire Yassine Chebli: le procès des deux frères reporté, les appels à leur libération se multiplient
© DR

Tout comme HIMAM, l’AMDH a condamné les poursuites contre les Chebli et réclamé leur libération. L’association présidée par Me Souad Brahma, qui fait partie de l’équipe de défense des deux frères, a également appelé à mettre fin aux « représailles contre la famille, qui ne cesse de réclamer justice pour Yassine ».

Peines confirmées contre deux policiers

Malgré la condamnation de deux policiers à des peines de prison, l’affaire de Yassine Chebli, décédé alors qu’il était en garde à vue, reste, du point de vue des activistes des droits de l’homme, sans réponse judiciaire claire à ce jour. Sa famille accuse les autorités de vouloir enterrer l’affaire et de criminaliser toute tentative de réclamer la vérité.

Et ce, malgré une première condamnation dans ce dossier et la confirmation par la cour d’appel de Marrakech des peines prononcées en première instance. Selon le jugement prononcé le 3 juillet 2025, l’un des agents est condamné à trois ans et demi de prison ferme, l’autre à deux ans et demi, tandis que le troisième a été relaxé.

Lire aussi: Mort de Yassine Chebli en garde à vue: la justice confirme les peines contre deux policiers, un 3e acquitté

Ces décisions suscitent une vive polémique, notamment quant à la qualification juridique des faits, que la justice a considérés comme de simples « violences dans l’exercice des fonctions » et non comme des actes de torture ayant entraîné la mort.

Une mort controversée et des vidéos accablantes

L’affaire remonte, pour rappel, au 5 octobre 2022, lorsque Yassine Chebli, un jeune homme en situation d’ébriété dans un espace public, est interpellé par la police. Il décède quelques heures plus tard dans les locaux du commissariat. Dans un premier communiqué, le procureur général près la Cour d’appel de Marrakech écarte toute responsabilité policière directe, évoquant une « chute répétée sur le sol en raison d’une crise hystérique ».

Mais selon Me Rachid Aït Belarbi, avocat de la famille du défunt, les vidéos des caméras de surveillance – aussi bien celles portées par les policiers que celles du poste – révèlent une réalité bien plus sombre: «Nous avons vu un jeune homme ligoté pendant plus de huit heures, battu, suspendu par les poignets attachés à une grille, frappé à la tête et entre les jambes… C’est une scène d’humiliation et de violence extrême.»

L’avocat déplore dans des déclarations à la presse que la justice ait refusé de reconnaître la nature systémique et déshumanisante de ces actes, qualifiant ce jugement de « nouvel échec pour les droits humains au Maroc ».

L’avocat de la famille a par ailleurs exprimé sa volonté de se pourvoir en cassation, espérant que la plus haute juridiction marocaine prendra en compte la gravité des faits et les preuves visuelles accablantes.

La rédaction vous conseille

Les titres du matinNewsletter

Tous les jours

Recevez chaque matin, l'actualité du jour : politique, international, société...

Ben Guerir: condamnation des frères Chebli à trois mois de prison ferme

S'ABONNER
Partager
S'abonner