Hezbollah–gouvernement libanais: bras de fer autour du désarmement

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Le Hezbollah rejette le plan du gouvernement libanais de le désarmer d’ici fin 2025
Des combattants du Hezbollah lors des funérailles de l’un des leurs tués lors de l’attaque aux moyens de communications piégés, le 19 septembre 2024, près de Tyr, dans le sud du Liban. © Mahmoud Zayyat/AFP

Le Hezbollah a affirmé mercredi que le gouvernement libanais avait commis un « péché grave » en décidant de le désarmer d’ici fin 2025 et qu’il ferait comme si cette décision « n’existait pas », ses opposants saluant une « décision historique ».

Le gouvernement libanais a chargé mardi l’armée de préparer un plan d’action pour désarmer le Hezbollah d’ici la fin de l’année, une mesure sans précédent.

Le gouvernement « a commis une faute grave en prenant une décision qui prive le Liban de l’arme de la résistance contre l’ennemi israélien », a réagi le mouvement chiite soutenu par l’Iran, estimant que cette décision « sapait la souveraineté du Liban » et « donnait les mains libres à Israël ». « C’est pourquoi nous ferons comme si elle n’existait pas », a-t-il ajouté.

L’ombre de Washington et l’accord du 27 novembre

Le Hezbollah considère que cette décision est « le fruit des injonctions de l’émissaire américain Tom Barrack », qui avait proposé aux autorités le désarmement du mouvement selon un calendrier précis.

Elle « sert pleinement les intérêts d’Israël et laisse le Liban exposé face à l’ennemi israélien, sans moyen de dissuasion », accuse le parti.

La décision du gouvernement s’inscrit dans le cadre de l’application du cessez-le-feu conclu sous médiation américaine, qui a mis fin le 27 novembre à plus d’un an de conflit entre le Hezbollah et Israël. L’accord prévoit que seuls six organismes militaires et de sécurité sont autorisés à porter les armes.

Dans son communiqué, le Hezbollah réaffirme que l’arrêt des frappes israéliennes sur le Liban, qui se poursuivent quasi-quotidiennement malgré le cessez-le-feu, est une condition préalable à toute discussion sur « une nouvelle stratégie nationale de défense ».

Une nouvelle frappe israélienne sur la ville méridionale de Tulin mercredi a fait un mort et un blessé, selon le ministère de la Santé.

La décision gouvernementale retire au Hezbollah la légitimité politique dont bénéficiait jusqu’ici son arsenal, et que les précédents gouvernements avaient consacrée.

Scission au sein du gouvernement

Le Conseil des ministres doit se réunir jeudi après-midi pour poursuivre l’examen de la « proposition soumise par la partie américaine », selon le Premier ministre Nawaf Salam.

Le ministre de la Santé, Rakan Nassereddine, affilié au Hezbollah, et la ministre de l’Environnement, Tamara el-Zein, proche du mouvement Amal allié, ont quitté la réunion du cabinet mardi.

Selon le Hezbollah, les ministres entendaient ainsi exprimer leur « rejet » de ce qu’il assimile à une volonté de « soumettre le Liban à une tutelle américaine et à une occupation israélienne ».

Le mouvement chiite a réaffirmé qu’il ne discuterait de son arsenal, dans le cadre d’une stratégie de défense nationale, qu’après un arrêt des frappes israéliennes sur le Liban.

Le Hezbollah accuse Israël de violer le cessez-le-feu en frappant le territoire libanais, tandis qu’Israël affirme cibler des infrastructures du mouvement, qu’il accuse de tenter de se reconstituer, et menace d’étendre ses opérations militaires au Liban si les autorités échouent à le désarmer.

Légitimité contestée, opposition renforcée

La décision gouvernementale est inédite depuis l’accord de Taëf, qui a mis fin à la guerre civile libanaise (1975-1990) et en vertu duquel les partis ont remis leurs armes à l’Etat – à l’exception du Hezbollah, qui les a conservées au nom de la « résistance » à Israël.

Les opposants au Hezbollah ont salué la décision.

Lire aussi: L’Etat libanais lance un plan militaire pour désarmer le Hezbollah

Le parti des Forces libanaises, dirigé par le chef chrétien Samir Geagea, a estimé dans un communiqué mercredi que « la décision historique prise hier par le Conseil des ministres aurait dû l’être il y a 35 ans », à la fin de la guerre civile.

Le Mouvement patriotique libre, autre grand parti chrétien et ancien allié du Hezbollah, s’est lui déclaré favorable à ce que l’armée récupère les armes du groupe « afin de renforcer la puissance défensive du Liban ».

Le parti chrétien Kataëb, opposé au Hezbollah, a salué une décision « historique qui remet le Liban sur la voie de la souveraineté », mettant en garde contre « toute logique d’intimidation et d’abus de pouvoir – une époque révolue ».

À l’inverse, le mouvement Amal, dirigé par le président du Parlement Nabih Berri, a critiqué une décision qui « précipite de nouvelles concessions gratuites à l’ennemi israélien », estimant que le gouvernement aurait dû d’abord « oeuvrer à consolider le cessez-le-feu et à mettre un terme à la machine de mort israélienne ».

 

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