Affaire Yassine Chebli: le procès en appel de ses deux frères reporté

Publié le
Affaire Chebli : la Cour d’appel de Marrakech reporte l’audience des deux frères condamnés à 3 mois ferme
© DR.

La Cour d’appel de Marrakech a reporté, lundi, la première audience du procès en appel de Saïd et Aymane Chebli, frères de feu Yassine Chibli, décédé dans un commissariat de Ben Guerir dans des circonstances que sa famille attribue à la torture.

Le report a été décidé suite à la demande de la défense, qui a sollicité un délai supplémentaire pour préparer ses arguments. La prochaine audience est fixée au lundi 25 août.

En première instance, le tribunal de Ben Guerir avait condamné les deux frères à trois mois de prison ferme, assortis d’amendes et de dommages-intérêts civils, à la suite d’un sit-in familial réclamant justice et la divulgation des vidéos montrant le supplice subi par Yassine. Un verdict qui avait suscité indignation et critiques, la défense dénonçant l’absence de garanties d’un procès équitable.

Lourdes accusations pour les frères Chebli

Leur acte d’accusation comprenait notamment : outrage à des fonctionnaires publics, atteinte à la religion par cris et menaces dans un lieu public, diffusion de fausses informations via systèmes informatiques à des fins diffamatoires, enregistrement d’images sans autorisation, outrage à un corps constitué et dégradation de biens publics.

Dans son jugement, le tribunal avait acquitté Saïd Chebli de certaines charges (dégradation de biens et diffusion de fausses informations), mais l’avait condamné à 3 mois de prison ferme et 500 dirhams d’amende pour les autres. Son frère Aymane avait été acquitté des accusations de diffamation et d’enregistrement illégal, mais condamné pour les autres délits, écopant lui aussi de 3 mois de prison ferme et 3000 dirhams d’amende.

Les deux frères ont également été condamnés solidairement à verser 1000 dirhams de dommages-intérêts à chacune des parties civiles.

Une mobilisation croissante des ONG

L’affaire suscite une mobilisation croissante de la société civile, notamment l’Association marocaine des droits humais (AMDH) et l’Instance marocaine de soutien aux détenus politiques (HIMAM) qui dénoncent une « répression injustifiée ».

Affaire Yassine Chebli: le procès des deux frères reporté, les appels à leur libération se multiplient
© DR

Tout comme HIMAM, l’AMDH a condamné les poursuites contre les Chebli et réclamé leur libération. L’association présidée par Me Souad Brahma, qui fait partie de l’équipe de défense des deux frères, a également appelé à mettre fin aux « représailles contre la famille, qui ne cesse de réclamer justice pour Yassine ».

Peines confirmées contre deux policiers

Malgré la condamnation de deux policiers à des peines de prison, l’affaire de Yassine Chebli, décédé alors qu’il était en garde à vue, reste, du point de vue des activistes des droits de l’homme, sans réponse judiciaire claire à ce jour. Sa famille accuse les autorités de vouloir enterrer l’affaire et de criminaliser toute tentative de réclamer la vérité.

Et ce, malgré une première condamnation dans ce dossier et la confirmation par la cour d’appel de Marrakech des peines prononcées en première instance. Selon le jugement prononcé le 3 juillet 2025, l’un des agents est condamné à trois ans et demi de prison ferme, l’autre à deux ans et demi, tandis que le troisième a été relaxé.

Lire aussi: Mort de Yassine Chebli en garde à vue: la justice confirme les peines contre deux policiers, un 3e acquitté

Ces décisions suscitent une vive polémique, notamment quant à la qualification juridique des faits, que la justice a considérés comme de simples « violences dans l’exercice des fonctions » et non comme des actes de torture ayant entraîné la mort.

Une mort controversée et des vidéos accablantes

L’affaire remonte, pour rappel, au 5 octobre 2022, lorsque Yassine Chebli, un jeune homme en situation d’ébriété dans un espace public, est interpellé par la police. Il décède quelques heures plus tard dans les locaux du commissariat. Dans un premier communiqué, le procureur général près la Cour d’appel de Marrakech écarte toute responsabilité policière directe, évoquant une « chute répétée sur le sol en raison d’une crise hystérique ».

Mais selon Me Rachid Aït Belarbi, avocat de la famille du défunt, les vidéos des caméras de surveillance – aussi bien celles portées par les policiers que celles du poste – révèlent une réalité bien plus sombre: «Nous avons vu un jeune homme ligoté pendant plus de huit heures, battu, suspendu par les poignets attachés à une grille, frappé à la tête et entre les jambes… C’est une scène d’humiliation et de violence extrême.»

L’avocat déplore dans des déclarations à la presse que la justice ait refusé de reconnaître la nature systémique et déshumanisante de ces actes, qualifiant ce jugement de « nouvel échec pour les droits humains au Maroc ».

L’avocat de la famille a par ailleurs exprimé sa volonté de se pourvoir en cassation, espérant que la plus haute juridiction marocaine prendra en compte la gravité des faits et les preuves visuelles accablantes.

La rédaction vous conseille

Les titres du matinNewsletter

Tous les jours

Recevez chaque matin, l'actualité du jour : politique, international, société...

Affaire Yassine Chebli: le procès en appel de ses deux frères reporté

S'ABONNER
Partager
S'abonner