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Motos-taxis à Casablanca: une course vers le danger
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À Casablanca, les motos-taxis s’imposent comme une alternative rapide et économique aux transports classiques. Portés par des plateformes numériques, ils séduisent les usagers pressés mais opèrent en dehors de tout cadre légal, souvent au mépris des règles de sécurité les plus élémentaires.
Autrefois cantonnés aux abords des marchés de gros ou des garages, les motos-taxis transportaient poissonniers, mécaniciens et autres travailleurs des secteurs dits «salissants». Aujourd’hui à Casablanca, leur périmètre s’est élargi : ils sillonnent les grandes artères pour répondre à une demande croissante de trajets rapides et économiques.
Une activité désormais portée par des plateformes numériques, qui revendiquent une forme d’innovation… malgré une légalité toujours vacillante. Première à proposer ce service depuis l’année dernière, InDrive a été récemment rejointe par sa concurrente directe, Yango. «Cela fait moins d’un mois que c’est disponible sur Yango», témoigne Abdelhafid, chauffeur inscrit sur cette application. Mohcine, lui, s’est enregistré il y a deux semaines, après avoir activé son compte InDrive quelques semaines plus tôt.
Mais derrière cette montée en puissance, une réalité juridique trouble: l’activité des motos-taxis, comme celle des VTC, reste en marge du cadre légal. En l’absence de réglementation claire, ces services opèrent dans une zone grise, institutionnalisés sans être reconnus.
Motos-taxis : la sécurité, un angle mort préoccupant
Au-delà des questions de légalité, c’est le volet sécuritaire qui interpelle le plus. Les prestataires ne semblent accorder qu’une attention marginale à la sécurité des passagers. Une série de trajets testés avec 4 d’entre eux a permis de dresser un constat préoccupant.
Abdelhafid, premier conducteur testé entre le boulevard de Paris et l’avenue 2 Mars, dispose d’un casque passager, un équipement précieux au vu de sa conduite approximative. Tout au long du trajet, il n’aura respecté que trois feux tricolores, mêlant franchissement de lignes continues et non-respect des stops.
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Mohcine, rencontré le même jour à 17h30 entre 2 Mars et le boulevard Zerktouni, ne propose aucun casque. Sa conduite, en pleine heure de pointe, s’est révélée tout aussi peu conforme aux règles élémentaires de circulation.
Le lendemain, Ayoub, pour une distance allant du boulevard Ghandi à Marjane Market (ex-ACIMA Liberté), fournit un casque, contrairement à Tarik, dont la conduite s’est avérée particulièrement risquée: infiltrations audacieuses entre les files, pilotage à une main, voire sans les mains.
Rapidité et coût, les deux leviers d’attractivité
Nonobstant ces manquements, les motos-taxis continuent de séduire plus d’un, attirant inexorablement vers le danger. Le coût d’une course est souvent très inférieur par rapport aux taxis ou VTC classiques. Leur capacité à se faufiler entre les véhicules et à ignorer les arrêts réglementaires leur confère une rapidité imbattable sur les trajets urbains.
Parallèlement, ce nouveau moyen offre un débouché pour une frange de la population. Si à l’annonce du lancement l’année dernière, il avait été saisi comme un canal pour se renflouer les poches par certains élèves et étudiants en vacances, ces derniers se sont depuis lors éclipsés au profit d’acteurs pour qui c’est une véritable activité économique. «Je réalise entre 10 à 15 courses la journée», explique Ayoub. Cela, en dehors de bon nombre d’usagers qui, séduits par l’attractivité des coûts, se sont fidélisés.
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Mais derrière cette effervescence urbaine, une question centrale persiste: jusqu’où peut-on tolérer l’informel lorsqu’il devient indispensable au quotidien ? À Casablanca, comme dans d’autres villes du Royaume, les motos-taxis comblent un vide fonctionnel que ni les transports publics ni les taxis classiques ne parviennent à résorber.
Pourtant, leur prolifération hors cadre légal soulève des problématiques majeures: sécurité des usagers, responsabilité en cas d’accident, fiscalité évitée et concurrence déloyale. Faute de régulation claire, ces véhicules avancent à vive allure… entre innovation populaire et fragilité juridique. Et si l’urgence n’était plus seulement celle du déplacement, mais celle d’un arbitrage institutionnel à la hauteur des usages ?
