Devant le Parlement, colère des sinistrés d’Al Haouz: « Où est passée l’aide royale ? »

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Des rescapés du séisme d’Al-Haouz manifestent à Rabat : « Nous avons été exclus des aides »
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Deux ans après le séisme meurtrier qui a frappé la région d’Al Haouz, des dizaines de sinistrés se sont rassemblés, lundi à Rabat, pour protester contre leur exclusion des aides destinées à la reconstruction.

La contestation gronde. Ce lundi, des dizaines de sinistré du séisme d’Al Haouz, survenu le 8 septembre 2023, ont manifesté devant le Parlement à Rabat pour dénoncer leur exclusion du programme d’aide gouvernemental consacré à la reconstruction des zones sinistrées.

Organisée à l’initiative de la Coordination nationale des victimes du séisme d’Al Haouz, cette manifestation avait pour objectif de protester contre ce qu’elle qualifie d’« absence d’indemnisation pour de nombreux sinistrés » et réclamer « une enquête sur les irrégularités présumées dans la distribution des aides ».

Les manifestants, venus de plusieurs provinces touchées par le tremblement de terre, ont parcouru plus de 500 km pour faire entendre leur voix. Sous le slogan « Deux ans après le séisme… Quelle justice territoriale ? », ils ont brandi des pancartes dénonçant les conditions précaires dans lesquelles vivent encore des familles sinistrées, privées de logements décents et de leurs droits fondamentaux.

« Nous avons frappé à toutes les portes pendant deux ans, sans réponse », a déclaré à la presse Youssef Dib, secrétaire général de la Coordination. Selon lui, des agents d’autorité auraient volontairement écarté de nombreux ayants droit, alors que des personnes non concernées auraient bénéficié indûment des aides.

« Mascarade » et « opacité »

Dib va plus loin en qualifiant la situation de « mascarade », affirmant que les chiffres avancés par le gouvernement et les institutions supervisant ce chantier royal sont complètement faux. Il ajoute : « Nous demandons l’ouverture d’une enquête officielle. Et si nos accusations sont infondées, nous en assumons la responsabilité. Mais toutes les preuves montrent des irrégularités dans la gestion d’un projet financé par le Roi, les citoyens et même des pays amis. »

Autre point dénoncé : les conditions imposées aux bénéficiaires, notamment la limitation à 50 m² de construction, jugée « injuste » pour les familles rurales amazighes habituées à des maisons spacieuses intégrant des espaces pour l’élevage. « On nous a imposé des cages en béton, avec deux fenêtres et une porte, alors que les familles devraient être libres de bâtir selon leurs besoins », fustige Dib.

Les sinistrés appellent à une transparence totale dans la gestion des fonds publics et à des sanctions contre les responsables des éventuels détournements. Ils préviennent : si rien n’est fait, la contestation va s’amplifier.

Des chiffres et des plaies

A la veille du deuxième anniversaire du séisme, la préfecture d’Al Haouz a publié des chiffres encourageants en termes de reconstruction. Selon la même source, le programme national de reconstruction affiche un taux d’avancement de 91,33 %, soit environ 24.000 maisons terminées. Un résultat présenté comme un succès par les autorités, mais qui soulève des questions quant aux retards accumulés et aux réalités complexes du terrain.

Selon la préfecture d’Al Haouz, toutes les tentes provisoires ont été retirées et les familles concernées ont reçu leurs nouveaux logements.

Optimisme et difficultés du terrain

Les travaux devraient atteindre 93 % d’ici fin septembre, et 96 % dans deux mois, alors que les 3 % restants ont démarré récemment. Mais cette annonce intervient dans un contexte où certaines familles ont passé deux hivers dans des conditions précaires, malgré les promesses initiales d’une reconstruction rapide.

Les autorités mettent en avant la difficulté du relief, l’isolement des villages et la nécessité de réaliser des études géotechniques approfondies pour expliquer ces délais. Des solutions techniques spécifiques ont été mises en place pour les zones à risque, conformément aux recommandations du Laboratoire public d’essais et d’études (LPEE). Ces mesures ont ralenti le processus mais étaient indispensables pour garantir la sécurité des constructions.

Cependant, 4 % des bénéficiaires n’ont toujours pas entamé la reconstruction de leurs maisons, invoquant soit des conflits d’héritage, soit des blocages volontaires malgré la réception de la première tranche d’aide. Les autorités affirment avoir engagé des procédures légales après plusieurs avertissements.

Détresse réduite mais vulnérabilité prolongée

Sur le plan social, le dispositif d’accompagnement – 2.500 dirhams mensuels pour le loyer et une aide à la reconstruction allant de 80.000 à 140.000 dirhams – a permis de réduire la détresse immédiate, mais reste insuffisant pour éviter des situations de vulnérabilité prolongée dans certaines zones reculées.

Autre facteur de retard : les opérations préalables au chantier. Le sauvetage des victimes, le recensement, le déblaiement de 23.500 habitations détruites, puis la délivrance des permis de construire ont nécessité une logistique colossale dans un environnement montagneux difficile d’accès.

Quelle gestion post-catastrophe ?

Malgré ces explications, la comparaison avec d’autres contextes reste instructive. Alors que des pays comme la Turquie ou le Népal ont mis entre 2 et 3 ans pour reconstruire après des séismes d’ampleur similaire, le Maroc a atteint 91 % en 18 mois. Un rythme supérieur à la moyenne, mais loin de l’objectif affiché initialement d’une reconstruction totale en un an.

En définitive, si le programme d’Al Haouz peut être salué pour son ampleur et son niveau technique, il met aussi en lumière les défis structurels de la gestion post-catastrophe : lenteurs administratives, coordination des intervenants, et surtout l’absence d’un plan d’urgence réactif pour les premiers mois.

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