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Abdellah Hammoudi: «Les protestations de la Gen Z marocaine annoncent l’émergence d’une nouvelle société civile»
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L’anthropologue marocain Abdellah Hammoudi, professeur à l’université de Princeton, salue dans les manifestations menées par la jeunesse marocaine un signe d’éveil démocratique et d’émergence d’une société civile indépendante, tout en mettant en garde contre la répression, qu’il estime susceptible de conduire le pays vers des scénarios inquiétants.
Dans un entretien accordé au confrère Lakome, l’anthropologue marocain Abdellah Hammoudi dit suivre avec espoir et inquiétude les récents événements sociaux au Maroc. Il voit dans ces mobilisations spontanées une mutation profonde du paysage civique, portée par une jeunesse consciente et autonome. « Ce que j’observe aujourd’hui reflète une évolution majeure dans la conscience des jeunes, hommes et femmes, issus de milieux variés. C’est un signe de maturité et de progrès démocratique », déclare-t-il.
Selon lui, il s’agit d’une première dans l’histoire contemporaine du Maroc, où une frange de la société réussit à ramener le débat public vers les questions essentielles : santé, éducation, services publics et justice sociale. Ces revendications, précise-t-il, sont portées en toute indépendance vis-à-vis des partis politiques et institutions traditionnelles, y compris le Parlement.
« Je ne minimise pas le rôle des partis ou du Parlement, mais les jeunes expriment un désaccord clair avec ces institutions, jugées déconnectées de leurs réalités quotidiennes – et je partage leur constat », ajoute Hammoudi, qui considère ces mobilisations comme le signe d’une renaissance civique, marquant la naissance d’un nouvel espace public libre et autonome, distinct des structures politiques ou syndicales existantes.
S’il reconnaît la contribution des syndicats et associations historiques, l’universitaire estime que le mouvement actuel représente un tournant vers un nouveau type de société civile, capable d’initier un débat national indépendant et inclusif. « Personnellement, je soutiens cette orientation. J’ai toujours été du côté de tout ce qui ouvre des perspectives de renouveau social, économique et culturel », insiste-t-il.
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Cependant, l’anthropologue exprime également sa profonde préoccupation, évoquant les leçons non tirées des expériences précédentes: « Mon inquiétude vient de ce que nous avons vécu avec le Mouvement du 20 février et le Hirak du Rif. Le premier a été récupéré puis neutralisé, et nous en voyons aujourd’hui les conséquences. Le second, au lieu d’un dialogue, a été réprimé et judiciarisé. »
Selon Hammoudi, les revendications des jeunes d’aujourd’hui recoupent largement celles du Hirak du Rif : universités, hôpitaux, fin de la marginalisation territoriale, et intégration équilibrée de toutes les régions du Royaume.
Il met par ailleurs en garde contre la tentation d’une nouvelle répression, estimant que la fermeture politique risquerait d’entraîner le pays dans des voies dangereuses. « Si les autorités persistent dans la logique répressive au lieu d’ouvrir un dialogue réel autour de revendications légitimes et concrètes, cela pourrait conduire à des chemins aux conséquences imprévisibles », avertit-il.
Enfin, il appelle à tirer les leçons des précédents mouvements sociaux pour refonder un contrat politique et construire ensemble les bases d’un nouvel élan réformateur, ancré dans le dialogue et la justice sociale.
