Education, santé, inégalités: à la racine du mal marocain

Publié le
Protestations de la "Génération Z": FGD et PSU montent au créneau contre le "tout sécuritaire"
Les forces de sécurité arrêtent un manifestant lors d'une manifestation menée par des jeunes pour la justice sociale et exigeant des améliorations dans les secteurs de la santé publique et de l'éducation, devant le bâtiment du Parlement à Rabat, le 27 septembre 2025. © Abdel Majid BZIOUAT / AFP

Face à une jeunesse marocaine en colère, les failles des secteurs de la santé et de l’éducation refont surface. Porté par le collectif GenZ212, ce mouvement social inédit réclame réformes concrètes et équitables.

L’état critique des services publics au Maroc n’est un secret pour personne. Depuis plusieurs années, de nombreux rapports internationaux tirent la sonnette d’alarme sur les dysfonctionnements persistants dans les secteurs de la santé et de l’éducation. Ce constat, longtemps relayé par les ONG et les organismes internationaux, est aujourd’hui au cœur des préoccupations de la jeunesse marocaine, incarnée par le collectif GenZ212, qui manifeste depuis le 27 septembre pour réclamer des réformes concrètes et équitables.

La mobilisation de cette génération, née dans un monde connecté mais confrontée à des réalités locales souvent précaires, intervient dans un contexte marqué par des drames évocateurs — notamment la mort de huit femmes enceintes à l’hôpital public d’Agadir — et par l’organisation d’événements sportifs aux budgets pharaoniques. Si le Maroc progresse en matière d’infrastructures et d’investissements, les inégalités structurelles nourrissent cette contestation sociale.

Santé: un système sous pression

Le classement 2025 du magazine CEOWORLD positionne le Maroc au 74ᵉ rang mondial sur 110 pays en matière de qualité des soins, avec un score de 34,78 points. Ce résultat reflète des lacunes dans les infrastructures hospitalières, les effectifs médicaux, la disponibilité des médicaments et l’efficacité globale des soins.

Lire aussi. GenZ212: la diaspora marocaine s’est mobilisée ce samedi à Paris et Marseille en soutien au mouvement

De son côté, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) souligne un ratio préoccupant à propos du Royaume: seulement 7 médecins pour 10.000 habitants en 2021, contre 13 en Tunisie. Ce déficit est aggravé par l’exode des praticiens vers l’Europe et par les difficultés d’accès aux soins, notamment pour les femmes en milieu rural. Le rapport 2024 de la Banque mondiale confirme cette tendance, en notant que 40% des Marocains vivant dans les zones rurales doivent parcourir plus de 10 km pour accéder à un centre de santé de base.

Pire encore, les maladies non transmissibles (MNT) — responsables de 75 % des décès selon le ministère de la Santé — imposent une révision des politiques publiques, face à la montée de l’obésité, du diabète et des maladies cardiovasculaires. Le rapport 2023 de l’Institut de Santé Mondiale (IHME) classe le Maroc parmi les pays à forte vulnérabilité nutritionnelle, avec une hausse inquiétante de la sédentarité chez les jeunes.

école maroc
Dans une école. ©DR

Malgré ces défis, le rapport 2024 de l’UNICEF souligne des avancées dans la couverture sociale des enfants : 80% d’entre eux bénéficient désormais d’une protection sociale grâce à la réforme du programme «Aide sociale directe» lancé en 2023. L’organisation note également des efforts pour renforcer les soins de santé primaires et la chaîne du froid vaccinale, avec l’installation de 350 réfrigérateurs certifiés dans 101 établissements de santé.

Éducation : des efforts sans débouchés

Le système éducatif marocain, lui, peine à répondre aux attentes d’une jeunesse de plus en plus informée et exigeante. Le Global Education Report 2025 classe le Maroc 64ᵉ sur 71 pays, pointant une qualité d’enseignement faible et une inadéquation entre formation et insertion professionnelle. Les universités marocaines, à quelques rares exceptions près, restent également absentes des grands classements internationaux, ce qui limite leur visibilité et leur attractivité.

Le rapport 2024 de l’UNESCO sur l’éducation en Afrique du Nord souligne que le Maroc consacre 5,3% de son PIB à l’éducation, mais les résultats restent en deçà des attentes en matière de compétences fondamentales. L’étude PISA 2022, menée par l’OCDE, enfonce le clou en révélant que 73% des élèves marocains de 15 ans n’atteignent pas le niveau minimum en lecture, mathématiques ou sciences.

L’abandon scolaire, notamment chez les filles à partir du collège, demeure également un problème majeur. L’UNICEF note une réduction de 3,2 % dans les zones ciblées par ses programmes, mais souligne que l’enjeu principal reste l’acquisition de compétences de vie et l’accès à des parcours professionnels viables. Le rapport 2025 du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS) appelle à une refonte des curricula pour mieux répondre aux besoins du marché et aux aspirations des jeunes.

Inégalités : le cœur de la contestation

Le Maroc est classé parmi les pays à développement humain élevé selon le PNUD, avec un indice de 0,710 en 2023. Toutefois, l’Indice de Développement Humain Ajusté aux Inégalités (IDHI) révèle une perte de 27,2 % de la valeur de l’IDH, illustrant une répartition inégale des progrès. Ces inégalités se traduisent par des écarts de genre persistants, une pauvreté multidimensionnelle concentrée dans les zones rurales et montagneuses, et une fracture entre les moyennes nationales et les réalités locales.

Le rapport 2025 du PNUD sur la pauvreté multidimensionnelle classe le Maroc parmi les pays à forte disparité territoriale, avec des écarts marqués entre les régions du Nord, du Sud et du Centre. À titre d’exemple, le taux d’accès à l’eau potable en milieu rural reste inférieur à 70% dans certaines provinces, tandis que l’accès à l’enseignement secondaire dépasse à peine les 50% dans les zones montagneuses.

C’est ce décalage que le collectif GenZ212 dénonce aujourd’hui. Le mouvement exige des réformes concrètes, équitables et immédiates, pour que les services publics ne soient plus un privilège, mais un droit garanti pour tous. À travers leurs slogans, leurs pancartes et leurs appels à la dignité, les jeunes Marocains ne demandent pas l’impossible, ils réclament l’essentiel.

La rédaction vous conseille

Les titres du matinNewsletter

Tous les jours

Recevez chaque matin, l'actualité du jour : politique, international, société...

Education, santé, inégalités: à la racine du mal marocain

S'ABONNER
Partager
S'abonner