Le tribunal correctionnel de Aïn Sebaâ a examiné, mardi, le dossier d’un agent d’autorité relevant…
Casablanca: le fléau des sans-abri s’aggrave et sème la panique chez les riverains
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À Casablanca, le phénomène des personnes sans abri devient de plus en plus préoccupant. Faute de centres d’accueil suffisants, nombre d’entre elles trouvent refuge dans des bâtiments et villas abandonnés, disséminés dans plusieurs zones de la métropole.
Dans certains quartiers, notamment au Maarif, Palmier, Aïn Sebaa ou Roches Noires, les habitants dénoncent cette situation et s’étonnent de l’inaction des autorités. Au Maarif, la situation s’est aggravée après la démolition d’un centre commercial situé près du complexe Mohamed Zefzaf, qui servait de refuge à de nombreuses personnes en situation de rue. Depuis, ces dernières se sont dispersées dans les quartiers voisins, investissant des bâtiments désaffectés, des centres inoccupés et même des villas vides.
Les résidents de ces quartiers, où la valeur foncière est particulièrement élevée, vivent désormais une cohabitation difficile. Les bâtiments abandonnés attirent squatteurs et délinquants, nourrissant un sentiment d’insécurité. Un incident récent est venu raviver ces inquiétudes : le jardin d’une grande villa squattée depuis plusieurs années dans le quartier Palmier a pris feu en pleine nuit, à la suite d’une violente dispute entre ses occupants.
Les riverains espèrent aujourd’hui des réponses concrètes pour encadrer et accompagner cette population vulnérable à Casablanca.
Contactée par H24info, Hind Laidi, présidente de l’ONG Jood, explique : « À Casablanca, la vie dans la rue est devenue une réalité tragique pour beaucoup. On croise des hommes, des femmes, des jeunes, mais aussi des personnes nées dans la rue, qui n’ont jamais connu autre vie. Le plus dur, c’est que les besoins les plus basiques — manger, se laver, se soigner, dormir en sécurité — sont un luxe pour eux. »
À la gare routière d’Ouled Ziane, comme au centre-ville ou à Aïn Sebaa, les visages marqués par l’oubli se multiplient. « Ce qu’ils attendent, ce n’est pas seulement de l’aide, c’est de retrouver un peu de dignité et une place dans la société », poursuit la présidente de Jood.
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Selon l’ONG, les structures d’accueil existantes font ce qu’elles peuvent, mais restent très limitées face à l’ampleur du phénomène. « Il y a un vrai manque de coordination, de places d’hébergement et surtout de suivi à long terme », déplore l’association. Jood indique avoir conçu plusieurs projets prêts à être déployés : des refuges pour offrir un abri digne, un centre de formation et d’insertion, et un réseau interassociatif pour mieux coordonner les actions sur le terrain. « Tout est prêt, mais sans financement, ces projets restent sur le papier. Pourtant, ce sont exactement les solutions dont Casablanca a besoin aujourd’hui », insiste Hind Laidi.
Que dit la loi ?
Sur le plan juridique, le juriste Achraf Sym Tameloucht rappelle que les autorités sécuritaires ne peuvent intervenir qu’en cas de flagrant délit ou sur ordre du parquet. En voie pénale, le propriétaire peut déposer une plainte auprès du procureur du Roi pour occupation illégale, en vertu des articles 441 et 570 du Code pénal. Cette procédure permet l’ouverture d’une enquête et la poursuite des occupants devant le tribunal correctionnel. En voie civile, le propriétaire peut également saisir le tribunal de première instance pour faire constater son droit de propriété et obtenir l’expulsion des occupants sans titre. « Mais cette démarche reste longue et coûteuse, en raison des délais et recours possibles. Avant toute action, il doit faire dresser un constat d’huissier et adresser une mise en demeure aux occupants », explique-t-il.
Une fois la décision rendue, l’exécution forcée se fait par huissier de justice avec le concours de la force publique. Cependant, l’intervention peut connaître des retards, surtout lorsque les occupants opposent une résistance ou invoquent leur situation sociale.
Pour Hind Laidi, avant de parler de mesures, il faut repenser l’approche. « Ces personnes ne choisissent pas d’occuper des lieux abandonnés, elles n’ont simplement nulle part où aller. Les évacuer sans alternative ne fait que déplacer le problème.» Elle plaide pour la création de structures temporaires dignes, le renforcement du travail social de proximité et une meilleure collaboration entre autorités et associations.
Elle propose également de réhabiliter certains bâtiments publics abandonnés, notamment des écoles, pour en faire des refuges encadrés par les préfectures, avec accompagnement social, médical et professionnel, ainsi qu’un service d’écoute et d’orientation. «C’est en donnant une place à ces personnes qu’on pourra réellement libérer l’espace public, pas en les chassant», conclut la présidente de Jood.
