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Couverture santé: 85% de Marocains assurés, mais la précarité persiste (BAM)
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Une récente étude de Bank Al-Maghrib (BAM) souligne les limites du système de couverture sociale actuel et appelle à la prise en considération de son impact social et de ses incidences macro-économiques.
Alors que le Maroc affiche un taux de couverture santé supérieur à 85 % en 2022, les ménages continuent de supporter une part disproportionnée des dépenses médicales. Selon les données des Comptes nationaux de la santé, analysées dans une étude publiée par Bank Al-Maghrib, 38 % des dépenses de santé sont encore directement payées par les familles.
Un chiffre qui dépasse largement le seuil de 25 % recommandé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), au-delà duquel les dépenses deviennent sources de précarité. Il surpasse également la moyenne régionale MENA (26 %) et celle des pays à revenu intermédiaire supérieur (31,7 %). Ces données révèlent une tension structurelle entre la couverture théorique et la protection réelle.
Les auteurs de l’étude indiquent que ce paradoxe interroge la portée effective des réformes engagées depuis 2006. Si le taux de couverture a été multiplié par trois en moins de deux décennies, les restes à charge, les exclusions de soins coûteux et les barrières d’accès maintiennent une part significative de la population dans une logique d’autoprotection financière. L’assurance maladie, censée aider les ménages, peine encore à jouer pleinement son rôle.
Couverture sociale: en expansion, mais encore fragmentée
L’étude détaille l’architecture multi-piliers du système marocain, qui va de l’AMO-CNSS pour les salariés et indépendants au CNOPS pour les fonctionnaires, passant par l’AMO-Tadamon pour les populations vulnérables, et l’AMO Achamil pour les non-affiliés volontaires, ainsi que des régimes complémentaires privés ou internes. Bien que cette structuration permette une couverture large, elle ne garantit pas, cependant, une protection homogène. Si bien que les disparités d’accès, les co-paiements, les exclusions de soins spécialisés et les barrières administratives affaiblissent la promesse de sécurité financière.
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Il est relevé, à titre d’illustration de cette défaillance du système, qu’en 2022, les dépenses directes des ménages s’élevaient à 31 milliards de dirhams, soit environ 848 dirhams par habitant. Un poids budgétaire, particulièrement lourd pour les ménages ruraux et les familles à faible revenu. Ce qui limite leur capacité à investir dans d’autres postes essentiels tels que l’éducation, le logement, l’alimentation, etc. Conséquence, l’assurance maladie reste perçue comme partielle, incertaine, parfois inaccessible.
L’assurance maladie au cœur des comportements financiers
Un autre aspect majeur de l’étude réside dans l’analyse du lien entre couverture santé et comportement d’épargne. Mobilisant les données représentatives à l’échelle nationale, les auteurs démontrent que l’accès à une assurance maladie est corrélé à une baisse significative de l’épargne, notamment chez les ménages vulnérables. Ce phénomène s’explique par la réduction du besoin d’épargne de précaution: une fois protégés contre les dépenses imprévues de santé, les ménages réallouent leurs ressources vers d’autres usages.

Cette réallocation varie selon les niveaux de revenu. Les ménages modestes orientent les ressources libérées vers des postes de consommation de base, tandis que les ménages plus aisés investissent davantage dans l’éducation ou dans l’amélioration du logement.
Cette évolution interpelle les décideurs économiques. En effet, au regard de son rôle clé dans la stabilité économique, la baisse structurelle de l’épargne, reste source de déséquilibre financier. Elle peut modifier les équilibres financiers, affecter les taux d’intérêt et réduire la capacité d’absorption des chocs.
Une dynamique à surveiller pour la stabilité macroéconomique
L’étude appelle donc à une lecture plus lucide et globale des effets induits par les réformes sociales. La généralisation de l’AMO ne doit pas seulement être évaluée en termes de couverture, mais aussi en termes d’impact sur les comportements financiers, la consommation et l’investissement des ménages. Elle invite à intégrer ces dynamiques dans les modèles macroéconomiques et à concevoir des politiques publiques plus réactives aux arbitrages réels des familles.
Enfin, les auteurs insistent sur le fait que l’effet de l’assurance sur l’épargne dépend fortement de la qualité de la couverture. Si les soins restent partiels, coûteux ou difficilement accessibles, les ménages continueront à épargner par précaution. Pour que l’assurance maladie joue pleinement son rôle de levier économique et social, il faudra réduire les restes à charge, améliorer l’accès aux soins dans les zones rurales, et renforcer la lisibilité des régimes publics.
En clair, l’étude de BAM ne se contente pas de mesurer un effet statistique, elle ouvre une réflexion stratégique sur la cohérence entre les ambitions sociales et les réalités budgétaires des ménages.
