Vingt ans de réclusion criminelle ont été requis vendredi contre Seddik Benbahlouli, 55 ans, dernier…
« Gang de Roubaix »: Seddik Benbahlouli condamné à 20 ans de réclusion criminelle
Publié le
Près de 30 ans après les faits, à l’issue d’une longue cavale, Seddik Benbahlouli, dernier membre retrouvé du « gang de Roubaix », a été condamné lundi à 20 ans de réclusion criminelle par la cour d’assises du Nord notamment pour tentative de meurtre sur deux policiers en janvier 1996.
Seddik Benbahlouli, 55 ans, jugé depuis le 17 octobre, a également été condamné pour recel de véhicule volé.
La cour a suivi les réquisitions du parquet, qui avait demandé vendredi « la même peine » qu’en 2001, lorsqu’il avait été condamné par contumace à vingt ans de prison.
Son avocate Me Soizic Salomon a annoncé que son client devrait faire appel.
Elle avait plaidé son acquittement lundi matin, estimant que la cour ne pouvait pas avoir « l’intime conviction » que son client avait commis les faits.
Elle a fait valoir que le dossier était « unique » en raison de l’ancienneté des faits, de la disparition de preuves, de l’indisponibilité de témoins.
Avant que la cour ne se retire pour délibérer, l’accusé a de nouveau affirmé que selon lui ses droits n’avaient pas été respectés, notamment lors de son arrestation aux États-Unis en 2023.
Lire aussi. Gang de Roubaix: 20 ans de prison requis contre Seddik Benbahlouli
Depuis le début de son procès, il n’est apparu qu’à de rares reprises dans le box, clamant par la voix de son avocate qu’il était innocent.
« Nous souhaitions comprendre ce qui s’était passé, quelles étaient ses convictions, ses objectifs à l’époque. Nous espérions des réponses que nous n’avons pas eues », a regretté à l’issue de l’audience Me Thomas Sebbane, l’un des avocats des policiers.
Le silence de l’accusé a empêché la cour de lever les nombreuses zones d’ombre sur sa participation au « gang de Roubaix », groupe criminel qui a terrifié le nord de la France dans les premiers mois de 1996 par une série de braquages à l’arme lourde et une tentative d’attentat dans la région lilloise.
Ce groupe « précurseur » selon un enquêteur, mêlait de façon alors inédite grand banditisme et islamisme radical.
Il est notamment accusé d’avoir le 27 janvier 1996 à Croix, ouvert le feu sur des policiers alors qu’il venait récupérer une Audi 90 volée par le groupe. L’un des deux policiers avait été blessé par balle.
Selon les enquêteurs, son ADN a été retrouvé à proximité du lieu de la fusillade du 27 janvier, lors de laquelle il aurait été blessé.
« presque M. Tout-le-monde »
Benbahlouli a été arrêté aux Etats-Unis en 2023, après 27 ans d’une cavale sur laquelle le procès n’a que partiellement levé le voile.
Lire aussi. France: le « violeur de Tinder », Salim Berrada, condamné en appel à 20 ans de prison
Il aurait principalement vécu à Philadelphie (est), travaillant dans le secteur de l’automobile sous une fausse identité. Il y était « presque M. Tout-le-monde« , a fait valoir son avocate lundi: « Il travaillait, il était locataire et il n’a rien fait là-bas » de répréhensible pendant plus de 20 ans, selon elle.
En janvier 2023, il tente d’aller voir son père en Algérie, mais il est arrêté lors d’une escale en Belgique à cause de son faux passeport algérien, renvoyé aux États-Unis et placé en rétention administrative.
Pensant sa peine prescrite, il aurait fini par utiliser sa véritable identité, ce qui a conduit à son expulsion des Etats-Unis.
Les quatre autres survivants du gang ont été condamnés, en première instance ou en appel entre 2001 et 2007, à des peines allant de 15 à 25 ans de réclusion criminelle.
Trois d’entre eux ont tenté de dédouaner Seddik Benbahlouli ou se sont réfugiés derrière des souvenirs flous, et un quatrième est allé jusqu’à s’allonger dans la salle des témoins pour manifester son refus catégorique d’être auditionné.
Les motivations profondes du « gang de Roubaix », dont la plupart des dix membres ont séjourné en Bosnie en 1994-95 dans les rangs des « brigades de moudjahidines », restent énigmatiques.
Le gang de Roubaix, qui a provoqué la mort d’un civil, a notamment attaqué des supermarchés et un fourgon blindé ciblé au lance-roquette, avant une tentative d’attentat à la voiture piégée devant le commissariat central de Lille, à quelques jours d’un sommet du G7 dans la capitale des Flandres.
L’escalade a pris fin le 29 mars 1996, au lendemain de cette tentative d’attentat. Assiégés par le Raid dans une planque à Roubaix, quatre membres du gang y sont morts.
