L'international marocain ne pourra pas conduire durant les 8 prochains mois suite à son accident…
Amine Maamri (APSB): «L’ère des investisseurs particuliers, une force nouvelle pour la Bourse marocaine»
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Dans un contexte marqué par des corrections successives, le marché boursier marocain amorce une phase de respiration après une envolée historique. Pour Amine Maamri, président de l’Association professionnelle des sociétés de bourse (APSB), cette séquence ne traduit ni un retournement de tendance ni une perte de confiance, mais bien une consolidation naturelle dans un cycle haussier durable, doublée d’une évolution notable du comportement des investisseurs particuliers, désormais acteurs structurants du marché.
H24Info: Comment qualifier la phase actuelle du marché boursier marocain après l’envolée observée en début d’année?
Amine Maamri: Avant toute chose, permettez-moi, au nom de l’APSB, de partager mon immense joie et fierté nationale suite à l’adoption par le Conseil de sécurité des Nations Unies de la résolution consacrant le plan d’autonomie pour le Sahara marocain. C’est une avancée historique pour notre pays pour laquelle j’adresse mes sincères félicitations à Sa Majesté le roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste, ainsi qu’à l’ensemble du peuple marocain.
Pour en revenir à votre question, il faut dire qu’après une année 2024 exceptionnelle où le MASI a clôturé à 14.773 points, affichant une performance de +22,16 %, l’année 2025 a poursuivi son trend haussier dès le début, avec une envolée remarquable portée par plusieurs facteurs et un regain de confiance important des investisseurs.
Ainsi, le MASI a atteint un plus haut historique de 20.340 points, soit une progression de près de +37,7 % en glissement annuel. Toutefois, cette phase ascendante a été ponctuée par trois corrections majeures: la première en avril, suite à la hausse des tarifs douaniers américains; la seconde en juin, en raison de l’escalade militaire entre l’Iran et Israël; et la dernière, sous l’effet d’une résistance technique et psychologique autour des 20.000 points, amplifiée par un climat social tendu marqué par les manifestations de la génération Z, ainsi qu’une tension de liquidité liée à une réallocation des capitaux vers une autre classe d’actifs, les OPCI.
Malgré ces ajustements, la tendance de fond demeure haussière, soutenue par un contexte macroéconomique domestique stable, la résilience des entreprises cotées dont le chiffre d’affaires a progressé de 5,9 % au premier semestre 2025, et un environnement international favorable avec une baisse anticipée des taux directeurs de la Fed (banque centrale américaine, Ndlr).
En d’autres termes, la phase actuelle correspond à une pause technique naturelle dans un cycle haussier durable, avec des niveaux de valorisation toujours attractifs et une conjoncture favorable à moyen terme.
Quels facteurs expliquent la persistance de cette correction, et faut-il y voir un signal structurel ou conjoncturel ?
Il s’agit clairement d’une correction conjoncturelle. Comme évoqué précédemment, plusieurs éléments se combinent. D’abord, le contexte géopolitique, où certains investisseurs ont développé de nouvelles formes de corrélation entre certains événements internationaux et leurs impacts sur les résultats des sociétés cotées marocaines. Ensuite, l’assèchement des liquidités, avec une orientation des flux du marché obligataire et action vers des véhicules immobiliers publics comme les OPCI.
D’un point de vue technique, le marché a atteint une zone de résistance majeure à 20.000 points, ce qui a entraîné des prises de bénéfices naturelles après un rallye haussier prolongé. Cette phase de consolidation a été accentuée par une baisse des volumes et des écarts de spread Bid-Ask importants, caractéristiques d’un marché en attente de nouveaux catalyseurs.
À ces éléments s’ajoute le comportement de certains investisseurs personnes physiques qui, face à ces mouvements de volatilité, ont réagi par précipitation et parfois même par panique, accentuant les mouvements de vente dans un marché où la profondeur était limitée. Cependant, il est essentiel de noter que ces éléments restent transitoires. Les fondamentaux de l’économie marocaine demeurent solides: une croissance soutenue, une inflation maîtrisée, une stabilité budgétaire et des perspectives favorables pour les secteurs exportateurs et financiers.
Ainsi, cette correction s’apparente davantage à un ajustement technique dans un contexte spécifique qu’à un retournement de tendance. Elle reflète un mouvement naturel et sain, permettant au marché de consolider ses gains avant une reprise progressive à moyen terme, soutenue par notre contexte économique et par l’amélioration de la visibilité internationale, notamment avec la détente attendue des politiques monétaires.
Les investisseurs particuliers ont été très actifs ces derniers mois. Comment ont-ils réagi à cette phase de repli?
En effet, les investisseurs particuliers ont été particulièrement actifs ces derniers mois, et c’est une tendance qui se confirme depuis l’année dernière. Cela se reflète dans les volumes traités et dans le taux de participation record observé lors des dernières introductions en Bourse. À titre d’exemple, les personnes physiques ont représenté 30,04% du volume du marché secondaire et 29,16% au premier trimestre 2025.
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Il est difficile d’apporter une réponse unique qui correspondrait aux anticipations et réactions de l’ensemble des investisseurs particuliers, mais les dernières corrections nous permettent d’analyser leurs comportements. On observe des mouvements d’achat dans les phases haussières et des ventes dans les phases baissières. Certains investisseurs ont été surpris par la volatilité et ont réagi de manière plus émotionnelle. Cette précipitation est compréhensible, notamment pour ceux qui voient leurs investissements s’effriter et cèdent à des mouvements de panique, coupant parfois leurs positions à perte.
C’est un phénomène classique sur les marchés où la culture financière reste encore jeune. Beaucoup d’investisseurs particuliers ont réalisé leur premier investissement boursier récemment, souvent dans un contexte de hausse soutenue. Lorsque la volatilité réapparaît, ils réagissent émotionnellement, que ce soit à la hausse ou à la baisse. Ils confondent les fluctuations à court terme avec des pertes définitives. Or, la Bourse, pour les plus chevronnés, récompense la connaissance, la patience et la discipline, et non la précipitation.
Quelles données peut-on tirer des IPO réalisées cette année concernant la participation des particuliers?
Les introductions en Bourse réalisées cette année confirment un retour marqué de l’intérêt des investisseurs particuliers pour le marché marocain. La dernière IPO de Vicenne a connu un succès exceptionnel, avec un taux de souscription de près de 64 fois. L’augmentation de capital de TGCC a enregistré un taux de souscription de 37,2 fois. Ces chiffres traduisent une mobilisation importante et croissante de l’épargne nationale, dépassant largement les attentes du marché.

Chaque opération a attiré plus de 80 000 souscripteurs, ce qui témoigne d’un engouement massif du grand public. C’est une dynamique qui illustre le rôle croissant de la Bourse de Casablanca dans la canalisation de l’épargne des ménages vers le financement de l’économie réelle. Ce qui est tout aussi significatif, c’est le changement de comportement observé sur le marché secondaire : les investisseurs particuliers ne cèdent plus leurs titres immédiatement après quelques séances de cotation. Ils préfèrent désormais les conserver en portefeuille avec une optique moyen et long terme. Cela traduit l’installation progressive d’une culture d’épargne plus structurée.
Par ailleurs, l’intérêt pour des secteurs émergents et innovants, comme la santé ou la construction durable, montre que les investisseurs particuliers sont de plus en plus attentifs à la diversification sectorielle et à la recherche de valeur à long terme. Cette tendance est également facilitée par les différentes plateformes de trading disponibles sur le marché, qui offrent un accès simple, rapide et sécurisé.
Plusieurs introductions en Bourse sont annoncées pour la fin d’année. Pouvez-vous en dire plus et quel profil d’investisseur ces opérations ciblent-elles ?
Les introductions en Bourse prévues d’ici la fin de l’année devraient confirmer la dynamique positive du marché primaire à Casablanca. Ces opérations concernent des secteurs diversifiés, allant des services financiers et de la santé jusqu’à l’industrie et les nouvelles technologies. Cela traduit une volonté claire d’élargir la profondeur sectorielle du marché et de renforcer son attractivité.
Ces IPO visent un public d’investisseurs varié. D’une part, les fonds d’investissement et les OPCVM actions cherchent à diversifier leur exposition tout en se benchmarkant sur le MASI. Ils profitent du potentiel de revalorisation initial offert par les nouvelles introductions. D’autre part, les investisseurs institutionnels, tels que les compagnies d’assurances, les caisses de retraite ou les banques, disposent d’un horizon moyen et long terme et recherchent des rendements supérieurs dans un contexte de taux modérés.
Enfin, les investisseurs particuliers, désormais très présents sur le marché, représentent une base large et dynamique. Au sein de ce segment, on observe également une autre typologie d’investisseurs qui ne se limitent plus à un simple objectif d’épargne. De plus en plus, certains adoptent une optique d’investissement opportuniste et spéculative, attirés par les performances historiques des récentes IPOs. En somme, les introductions à venir devraient renforcer la profondeur et la liquidité du marché, tout en confirmant la maturation du profil des investisseurs marocains, désormais acteurs à part entière du financement des entreprises nationales.
Quelles recommandations concrètes adressez-vous aux particuliers qui souhaitent souscrire à ces IPO dans un tel contexte?
Les fondamentaux économiques et financiers du Maroc demeurent solides, avec une croissance soutenue, une stabilité macroéconomique et un marché boursier dynamique, soutenu par la confiance des investisseurs. Pour les investisseurs particuliers, il est opportun d’adopter une vision long-termiste. La Bourse doit être considérée comme un instrument de valorisation de l’épargne, et non comme un simple outil spéculatif.
Il est également essentiel de participer aux IPO après avoir bien lu la note d’information. Ce document est très riche et détaillé: il permet de comprendre le modèle économique de l’entreprise, ses fondamentaux, son secteur d’activité, ses perspectives de croissance, les risques associés, ainsi que sa gouvernance.
Je recommande aussi de diversifier les placements, en évitant de concentrer l’investissement sur une seule valeur ou un seul secteur. En somme, les particuliers devraient garder confiance dans le marché et privilégier une approche structurée et rationnelle, fondée sur l’analyse et la patience. Les fluctuations à court terme peuvent s’avérer très risquées pour ceux qui ne maîtrisent pas les mécanismes de marché ou qui ont une faible aversion au risque.
Plus largement, quelle conduite adopter pour naviguer dans un marché volatil sans céder à la panique ni à l’euphorie ?
La volatilité fait partie intégrante des marchés financiers. Ce n’est pas un risque à éviter, mais une dimension à gérer avec méthode et discipline. La clé réside dans la rationalité et la constance de la stratégie d’investissement, d’autant plus que des produits complexes seront bientôt disponibles pour les investisseurs particuliers.
Plusieurs principes s’imposent. Il faut rester centré sur les fondamentaux économiques. Les fluctuations à court terme ne remettent pas en cause la trajectoire de long terme des entreprises solides, ni celle de l’économie marocaine, qui conserve des perspectives stables. Il est également crucial d’éviter les réactions émotionnelles. La panique en période de baisse conduit souvent à des ventes à perte, tandis que l’euphorie incite à acheter au plus haut. La Bourse n’est pas un jeu de hasard : une approche disciplinée permet d’éviter ces biais comportementaux.
Je recommande d’adopter une stratégie d’allocation claire, équilibrée entre actions, obligations, autres natures d’actifs et liquidités, ajustée en fonction du profil de risque et de l’horizon d’investissement. Il faut suivre régulièrement les indicateurs macroéconomiques et techniques, afin d’ajuster les positions sans se laisser influencer par le bruit de marché. Il est préférable de privilégier la régularité à la précipitation. Une approche d’investissement graduelle, en échelonnant les entrées sur le marché selon les opportunités, permet d’atténuer l’impact des fluctuations et de profiter des points d’entrée attractifs tout au long du cycle boursier.
Enfin, il faut être très vigilant par rapport aux conseils et recommandations qui circulent sur les réseaux sociaux. Je recommande de privilégier la formation et le développement personnel, ou de s’appuyer sur des professionnels agréés par l’Autorité marocaine du marché des capitaux. Ces derniers doivent jouer un rôle central dans l’accompagnement et la formation des investisseurs particuliers.
En somme, naviguer dans un marché volatil nécessite de la discipline, de la formation, des connaissances sur les fondamentaux macroéconomiques et microéconomiques, une bonne lecture des cycles, et une gestion émotionnelle maîtrisée. Le rôle de l’investisseur particulier n’est pas de prédire le marché, ni d’espérer acheter au plus bas et vendre au plus haut à l’infini, mais bien de gérer l’incertitude avec méthode et cohérence.
