Surcapacité structurelle et dépendance aux importations, les maux de la filière meunière au Maroc

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La production prévisionnelle des céréales principales au titre de la campagne 2023/2024, est estimée 31,2 millions de quintaux (Mqx), contre 55,1 Mqx en 2022/2023 © meriç tuna/Unsplash

Le Conseil de la Concurrence tire la sonnette d’alarme sur le marché du blé et de la farine. Malgré des subventions massives, l’institution dénonce une surcapacité structurelle et une dépendance chronique aux importations.

Le Conseil de la concurrence vient de jeter un pavé dans la mare. Dans un avis sans concession, l’institution dresse un diagnostic sévère du marché meunier marocain, un secteur pourtant stratégique pour la sécurité alimentaire du pays.

Malgré des milliards de dirhams injectés chaque année en subventions, la filière reste plombée par une surcapacité chronique, une dépendance accrue aux importations et des mécanismes d’aide qui profitent surtout aux acteurs les plus puissants. Le Conseil appelle donc à une réforme structurelle urgente pour éviter que le Maroc ne continue de s’enfoncer dans un modèle coûteux et inefficace.

Un secteur vital, mais fragilisé

Le blé et la farine, piliers de l’alimentation des Marocains, se trouvent aujourd’hui à un tournant critique. L’avis, adopté fin mars 2025, intervient dans un contexte de vulnérabilité extrême: sécheresses répétées, volatilité des marchés mondiaux, tensions géopolitiques et flambée des prix. Le Maroc, sixième importateur mondial de blé, dépend plus que jamais de l’extérieur pour nourrir sa population.

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Alors que la sécurité alimentaire est une priorité nationale, la minoterie marocaine souffre d’une surcapacité structurelle. Les capacités de transformation dépassent largement les besoins réels, notamment pour le blé dur et l’orge. Cette situation exerce une pression sur les marges, mais surtout, elle entretient des dysfonctionnements profonds.

Le Conseil pointe deux problèmes majeurs. Premièrement, l’intégration verticale est un facteur de distorsion: les grands groupes contrôlent l’importation, le stockage, la transformation et parfois la distribution. C’est une stratégie efficace, mais qui limite l’accès aux matières premières pour les opérateurs moins intégrés et fausse la concurrence.

Deuxièmement, le marché est soit fragmenté, comme la filière du blé tendre éclatée entre une multitude de minoteries aux parts de marché faibles, soit trop concentré, comme celle de l’orge, dominée par quelques acteurs capables d’exercer une influence déterminante.

Subventions : un système coûteux et inefficace

Pour compenser la faiblesse de la production nationale, l’État continue de subventionner massivement l’importation et la production de blé, ainsi que la Farine nationale de blé tendre (FNBT). Mais ces mécanismes, censés protéger le pouvoir d’achat, créent des effets pervers. Selon le Conseil, la combinaison de la surcapacité et des aides publiques « fragilise la compétitivité» et entretient des rentes au profit de certains opérateurs. Le système, lourd et coûteux, ne parvient ainsi plus à remplir efficacement sa mission sociale.

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La minoterie marocaine souffre aussi des faiblesses structurelles de la production céréalière. La productivité est faible, loin des standards internationaux, et la qualité est insuffisante, obligeant les minoteries à importer pour répondre aux normes.

Cette situation est exacerbée par l’accès limité aux intrants modernes, notamment les semences sélectionnées, et par la paupérisation persistante du monde rural, qui freine l’investissement et l’innovation. Autrement dit: tant que l’agriculture céréalière restera fragile, la dépendance aux importations persistera.

Réformer pour survivre

Face à ce constat, le Conseil de la concurrence appelle à une refonte profonde du modèle. Ses recommandations s’articulent autour de trois axes principaux. Il faut d’abord réformer les subventions pour les rendre plus ciblées, plus efficaces et moins génératrices de distorsions.

Ensuite, il est crucial de soutenir l’amont agricole en améliorant la qualité des intrants, en encourageant la mécanisation et en renforçant les capacités des agriculteurs. Vient enfin l’assainissement de la concurrence en réduisant les effets de la surcapacité et en encadrant l’intégration verticale pour garantir un marché plus équilibré.

Pour le Conseil, le Maroc doit «réinterroger les fondements de sa politique céréalière» s’il veut affronter la volatilité des marchés internationaux et renforcer sa souveraineté alimentaire. L’avis sonne comme un avertissement: sans réforme profonde, la filière meunière continuera de fonctionner à perte, sous perfusion publique, au détriment de la résilience du pays.

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