Barrages: le taux de remplissage bondit à 57,5 %, le meilleur niveau depuis près de 7 ans

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Barrages du Maroc : le taux de remplissage bondit à 57,5 %, les réserves dépassent 9,6 milliards de m³
Le barrage Al Wahda a atteint 80 % grâce à des apports de 2,837 milliards de m³ © DR

Les barrages du Maroc atteignent 57,5 % de remplissage et 9,63 milliards de m³ d’eau stockés, marquant le meilleur niveau hydrique depuis près de 7 ans.

Le Maroc enregistre une amélioration spectaculaire de sa situation hydrique. Au 29 janvier 2026, le taux de remplissage global des barrages atteint 57,5 %, contre 27,6 % à la même date en 2025. Les réserves nationales s’élèvent désormais à 9,63 milliards de mètres cubes, soit une hausse de plus de 107 % en un an.

Après plusieurs années marquées par la sécheresse et une pression hydrique continue, les précipitations importantes de la saison agricole actuelle ont profondément modifié la carte de l’eau du pays.

Les bassins du nord tirent la dynamique nationale

Le bassin du Sebou confirme son rôle stratégique avec un taux de remplissage de 72,8 % et plus de 4 milliards de m³ stockés. Plusieurs barrages y affichent des niveaux très élevés, notamment :

·         Bouhouda : 100 %

·         Bab Louta : 100 %

·         Allal El Fassi : 93 %

·         Al Wahda : 80 %

Le bassin du Loukkos atteint 75,5 %, avec six barrages pleins à 100 %, dont Oued El Makhazine, Charif Al Idrissi et Ibn Battouta. Le nord du pays apparaît aujourd’hui comme la principale zone de reconstitution des réserves nationales.

Le bassin du Bouregreg frôle la saturation avec 96,2 %, garantissant une sécurité hydrique solide pour l’axe Rabat–Casablanca.

 

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Centre : reprise solide mais contrastée

Le bassin de la Moulouya atteint 46,1 %, tiré par le barrage Mohammed V (75 %) et Ali Ouad Za (100 %).

Le bassin de Tensift affiche 79,9 %, grâce notamment au remplissage total du barrage Moulay Abdellah et aux bons niveaux d’Abou El Abbas Sebti.

Oum Er-Rbia : amélioration progressive

Le bassin d’Oum Er-Rbia, essentiel pour l’agriculture nationale, reste en dessous des bassins du nord mais progresse à 31,5 %. Certains barrages structurants montrent des signes encourageants :

·         Moulay Youssef : 99 %

·         Sidi Idriss : 99 %

·         Aït Messaoud : 94 %

Les grands barrages restent toutefois en phase de récupération, révélant une amélioration encore inégale.

Sud : redressement prudent mais réel

Le bassin Souss–Massa atteint 53,5 %, une performance notable pour une région structurellement déficitaire. Les barrages Aoulouz et Moulay Abdellah sont pleins, renforçant les ressources pour l’irrigation.

Le bassin Guir–Ziz–Rhéris progresse à 57,8 %, porté par le barrage Hassan Addakhil dépassant les 70 %.

Le bassin Drâa–Oued Noun reste plus fragile avec 31,1 %, mais affiche une nette amélioration par rapport à 2025.

Une embellie forte… mais fragile

Cette reprise hydrique spectaculaire confirme l’impact des précipitations exceptionnelles et d’un hiver plus froid que la moyenne. Selon la météorologie nationale, ce phénomène résulte d’une configuration atmosphérique rare sur l’Atlantique Nord.

Mais derrière ces chiffres encourageants, les disparités régionales persistent. L’amélioration actuelle reste dépendante des pluies et rappelle que la gestion durable de l’eau demeure un enjeu stratégique face au changement climatique.

La reconstitution des stocks est une bonne nouvelle. La sécurisation de l’eau sur le long terme reste le véritable défi. Avec une capacité hydraulique globale du Maroc — environ 18,67 milliards de m³ répartis sur ~145 grands barrages, le Maroc s’en sort plutôt bien à ce niveau.

Le meilleur niveau hydrique depuis 7 ans

Le taux de remplissage national des barrages marocains atteint 57,5 % fin janvier 2026, soit 9,63 milliards de m³ stockés.
Ce niveau constitue le meilleur niveau hydrique depuis près de 7 ans, mais il reste en dessous des cycles humides des années 2010.

Pour comprendre l’ampleur de cette reprise, il faut replacer ces chiffres en perspective.

 

2010  ████████████████████ 87%  (année record)

2015  ████████████████     75%

2018  ██████████████       63%

2019  ████████████         55%

2022  ███████              34%

2023  ██████               31%

2024  ████                 23%  (année critique)

2025  █████                27%

2026  ████████████         57%  (rebond historique)

 

Une reprise historique… mais loin du record de 2010

Avec un taux de remplissage national de 57,5 % fin janvier 2026 et des réserves dépassant 9,6 milliards de m³, les barrages marocains enregistrent leur meilleure performance hydrique depuis près de sept ans. Le chiffre impressionne : en un an, les stocks ont plus que doublé, effaçant partiellement le spectre d’une crise hydrique devenue structurelle depuis 2019.

Mais replacée dans son contexte historique, cette embellie apparaît moins comme un retour à la normalité que comme une respiration dans un cycle climatique instable.

Au début des années 2010, les barrages marocains évoluaient régulièrement au-dessus de 75 % de remplissage, avec un record proche de 87 % en 2010. À cette époque, la question de l’eau relevait davantage de la gestion que de la pénurie. La rupture intervient progressivement après 2018, lorsque s’installe un cycle de sécheresse prolongée.

Fin d’un cycle de sécheresse ?

Entre 2022 et 2024, le taux national chute durablement sous la barre des 35 %, atteignant un creux historique d’environ 23 % en janvier 2024. Cette période marque un tournant : pour la première fois, la question hydrique devient centrale dans la planification économique, agricole et énergétique du pays. Le Maroc entre alors officiellement dans une phase de stress hydrique structurel.

Le rebond de 2026 ne doit donc pas être lu comme un retour aux années d’abondance, mais comme une correction exceptionnelle provoquée par un hiver très arrosé. Les niveaux actuels correspondent davantage aux équilibres observés en 2019, dernière année avant l’installation durable de la sécheresse.

Surtout, les chiffres nationaux masquent des disparités persistantes : les bassins du nord approchent la saturation, tandis que les bassins agricoles du centre et du sud restent en situation fragile. Cette géographie de l’eau rappelle que la vulnérabilité hydrique marocaine n’est pas conjoncturelle mais territoriale.

La contrainte structurelle persiste

Autrement dit : les pluies ont rempli les barrages, mais elles n’ont pas supprimé la contrainte structurelle. L’amélioration actuelle offre une fenêtre stratégique. Elle permet de reconstituer les marges de sécurité, de soulager l’agriculture et de recharger partiellement les nappes. Mais elle renforce aussi une évidence : la sécurité hydrique du Maroc dépend désormais moins de la pluie que de sa capacité à transformer cette accalmie en politique durable.

Dessalement, interconnexions entre bassins, économies d’eau, modernisation de l’irrigation et gouvernance hydrique deviennent non pas des options, mais des piliers permanents. La crise n’est pas terminée. Elle a simplement changé de rythme.

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