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Flux commerciaux: le Maroc, grand gagnant du divorce Europe-Russie?
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Le séisme provoqué par l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 a redessiné la carte des échanges mondiaux. Dans cette nouvelle configuration, le Maroc s’est engouffré dans la brèche laissée par l’effondrement du commerce entre l’UE et Moscou, s’imposant désormais comme un pilier de la sécurité énergétique et alimentaire du Vieux continent.
L’adage veut que le malheur des uns fasse le bonheur des autres. Dans le cas du commerce international, le « grand divorce » entre l’Union européenne et la Russie a servi de catalyseur inattendu pour les exportations marocaines. Comme le rapporte Forbes Middle East, les flux commerciaux entre l’UE et la Russie se sont littéralement effondrés: entre début 2022 et fin 2025, les importations européennes en provenance de Russie ont plongé de 89%.
Face à ce vide abyssal, Bruxelles a dû réorganiser ses chaînes d’approvisionnement en urgence. Et dans ce nouveau contexte géopolitique, le Maroc n’est plus un simple partenaire de voisinage, mais un fournisseur stratégique de premier plan.
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C’est sans doute le basculement le plus spectaculaire. En 2025, le Maroc est officiellement devenu le premier fournisseur d’engrais de l’UE. Selon les données d’Eurostat citées par Forbes ME, le Royaume pèse désormais 19% des importations européennes d’engrais, dépassant pour la première fois la Russie, dont la part a chuté à 12,8 %.
Pour l’OCP, la fenêtre de tir était parfaite. Alors que l’Europe cherchait à réduire sa dépendance aux intrants russes pour garantir sa souveraineté alimentaire, le géant marocain a su mobiliser ses capacités de production pour combler le manque à gagner, transformant une crise diplomatique en opportunité de marché durable.
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Outre les phosphates, le Maroc a consolidé son statut de fournisseur agricole de l’UE. En 2024, le Royaume a trôné au sommet des fournisseurs de légumes de l’Europe, avec des volumes exportés dépassant le million de tonnes et générant environ 1,7 milliard d’euros (soit une hausse de 7 % sur un an).
Mais c’est la structure globale des exportations qui frappe par sa solidité. Sur les 25,3 milliards d’euros de biens exportés vers l’Europe en 2024, le Maroc ne s’est pas contenté d’envoyer des tomates. Le matériel de transport (28%) et les machines et appareils électriques (24,6%) ont dominé le panier, prouvant que la montée en gamme de l’industrie marocaine répond aux besoins de diversification des chaînes de valeur européennes, qui cherchent des alternatives stables au géant russe.
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L’Europe a intégré la diversification dans sa «doctrine de sécurité». En signant des contrats à long terme et en investissant dans des infrastructures connectées au Sud, elle s’ancre durablement au Maghreb. Pour le Maroc, cette redistribution des cartes offre bien plus qu’une hausse cyclique des revenus: elle représente un recalibrage de la géographie commerciale de l’Europe, où Rabat n’est plus à la périphérie, mais bien au centre du jeu.
Le Royaume devra maintenir ce rythme, surtout que la concurrence américaine et norvégienne s’intensifie sur d’autres segments comme l’énergie. Mais pour l’heure, le pari est réussi, car il a su transformer le rideau de fer économique entre l’Est et l’Ouest en un pont d’or vers le Nord.
