Hausse des carburants: quels risques pour l’économie marocaine?

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Carburant Maroc
Depuis le 16 mars dernier, 2 DH de plus a été rajouté au prix du carburant au Maroc

Alors que le prix du carburant vient de subir une seconde augmentation au Maroc en l’espace d’un mois, de près de 2 dirhams par litre, l’incertitude liée au conflit au Moyen‑Orient ravive les inquiétudes. Les économistes Mehdi Fakhir et Othman Fahim livrent leur lecture des scénarios possibles et des marges de manœuvre de l’État face à cette flambée.

La hausse du carburant s’inscrit dans un contexte international marqué par la fermeture du détroit d’Ormuz et les attaques contre les infrastructures pétrolières. Pour Mehdi Fakhir, interrogé par H24Info, l’absence de visibilité est le premier facteur aggravant: «Malheureusement, nous n’avons pas de visibilité par rapport à la persistance de cette crise. Les marchés n’ont réagi que lorsque les politiques ont commencé à évoquer un prolongement du blocage.»

Selon l’économiste, l’État marocain dispose de peu de leviers dans un secteur désormais libéralisé. Face à cette situation, la seule option serait donc de recourir à des subventions ciblées. «Ce que pourrait l’État faire, c’est tout simplement de subventionner éventuellement, comme c’était le cas des transporteurs, et intervenir pour soutenir le pouvoir d’achat face à la flambée des prix», explique-t-il.

Effet d’entraînement

Mais cette intervention aurait un coût budgétaire considérable. Le projet de loi de finances (PLF) 2026 repose sur une hypothèse de baril à 65 dollars, alors que les cours flirtent désormais avec les 100 dollars. « L’État pourrait intervenir en rallongeant les budgets. C’est fort probable», estime Fakhir, tout en rappelant que la logique de décompensation limite les marges de manœuvre.

 

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Au‑delà du prix à la pompe, l’économiste insiste sur l’effet d’entraînement de cette hausse sur l’ensemble du tissu économique. Pour lui, «ce serait un peu de l’inflation importée, qui va s’ancrer dans les tissus sociaux et économiques, engendrant un surenchérissement du coût de la vie de façon générale».

Cette inflation importée va systématiquement se traduire, juge-t-il,  par une pression accrue sur les ménages, déjà fragilisés par la hausse des prix alimentaires. Et ce d’autant plus que le carburant, en tant qu’intrant transversal, agit comme un multiplicateur sur les coûts de transport, de production et de distribution.

Impact macroéconomique et déficit budgétaire

Othman Fahim partage pleinement cette prédiction sur la vulnérabilité des ménages. Pour cet économiste spécialisé dans le développement territorial, l’impact de la hausse enregistré par le carburant alourdit directement le panier de la ménagère, mais pas que. A long terme, elle menace les équilibres budgétaires établis par le PLF. «Toutes les anticipations budgétaires émises risquent d’être mises à mal si la crise persiste», souligne‑t‑il.

Lire aussi. Guerre au Moyen-Orient: Rabat surveille de près les stocks de carburants (Benali)

Fahim précise que l’inflation reste pour l’heure maîtrisée, mais que la prolongation du conflit pourrait provoquer un scénario comparable à celui post‑crise ukrainienne, avec une hausse généralisée des matières premières. Une situation qui pourrait peser sur le déficit budgétaire et sur la capacité de financement des investissements publics.

Pression sur le panier de la ménagère

Revenant sur la pression sur le panier de la ménagère, notre spécialiste indique que l’impact immédiat se fait sentir sur les produits importés, dont le coût de transport augmente mécaniquement. «Pour les marchandises importées via le transport maritime, on voit déjà certains blocages et lenteurs. Cela risque de provoquer un enchérissement des produits ou un manque de disponibilité.»

Sur le marché local, la hausse du baril se traduira inéluctablement par une augmentation des frais de transport et donc des prix à la consommation. Et si la crise perdure, l’indice des prix à la consommation (IPC) pourrait être directement affecté, accentuant la pression sur les ménages.

Le mix énergétique en toile de fond

Quant au débat sur l’urgence du mix énergétique pour mettre le Maroc et ses citoyens à l’abri de ces tensions énergétiques, certes conjoncturelles mais à répétition, Fahim donne un avis on ne peut plus catégorique. Il trouve que le Royaume avance déjà sur ce chantier qui ne peut être accéléré artificiellement. «Tel que nous avons initié ce projet à l’horizon 2030‑2035, c’est un chantier qui continue, crise ou pas crise. On ne peut pas aller plus vite.»

Comme quoi, les projets en cours dans les énergies renouvelables devraient à terme réduire la dépendance aux importations et renforcer la résilience face aux chocs externes. Mais pour l’heure, le Royaume reste exposé aux fluctuations du marché mondial.

En clair, cette nouvelle hausse illustre la vulnérabilité du Maroc face aux tensions géopolitiques et aux marchés internationaux. Si l’État dispose de quelques marges de manœuvre budgétaires, elles restent limitées par la logique de décompensation et par les contraintes du PLF.

Entre inflation importée, pression sur le panier de la ménagère et déficit budgétaire, la crise du carburant met en lumière la pertinence de la stratégie énergétique du Maroc, tout en interrogeant sur sa robustesse au regard d’un monde en proie aux vulnérabilités.

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