Gouvernement Bayrou: le «Nouveau Monde» promis par Macron avec «les Anciens» de la Ve République

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France: François Bayrou, un proche de Macron, sera jugé pour détournement de fonds européens
François Bayrou et Emmanuel Macron, le 13 janvier 2020. © AFP.

L’arrivée de François Bayrou à Matignon en tant que Premier ministre marque une étape décisive et symbolique dans le quinquennat d’Emmanuel Macron. Présenté comme une tentative de renouer avec un certain équilibre politique et une forme de consensus national, ce gouvernement est pourtant perçu comme une réincarnation du vieux monde politique, bien loin des promesses de renouvellement faites par Emmanuel Macron en 2017. Éclairage de Yassine El Yattioui, secrétaire général de NejMaroc et expert en relations internationales, politiques institutionnelles, géopolitique et diplomatie. 

La composition du gouvernement Bayrou rappelle inévitablement un gouvernement Barnier bis, voire un gouvernement de la seconde chance, avec le retour de figures politiques déjà connues du paysage français: Élisabeth Borne, Manuel Valls, Gérald Darmanin, Amélie de Montchalin et Aurore Bergé. Ce casting, loin d’incarner une dynamique nouvelle, donne au contraire une impression de recyclage politique, une stratégie de repli plus que d’ouverture.

La principale critique adressée à ce nouveau gouvernement réside dans son incapacité à tenir compte du message adressé par les électeurs lors des législatives et des diverses censures parlementaires. L’absence d’une prise en compte réelle des aspirations de l’opposition, ainsi que l’incapacité à élargir le socle politique en intégrant des personnalités issues de la gauche, posent une question centrale: comment ce gouvernement peut-il espérer durer face à une Assemblée nationale fragmentée et hostile? Le contexte actuel nécessitait un geste fort, symbolisé par une ouverture soit idéologique, soit programmatique, afin de rassembler une majorité élargie et stable. Cet élargissement aurait pu inclure des personnalités de poids au sein de l’Assemblée, capables de garantir une certaine continuité politique et une résilience face aux prochaines échéances budgétaires. Or, force est de constater que François Bayrou a échoué à accomplir cette mission.

Yassine El Yattioui
Yassine El Yattioui. ©DR

Ce gouvernement, s’il parvient à traverser la période des fêtes de fin d’année, reste sous la menace constante d’une nouvelle motion de censure, qui pourrait être déposée au moment des débats budgétaires. Le Rassemblement national a déjà annoncé qu’il ne recourrait pas à une motion de censure immédiatement après la déclaration de politique générale de François Bayrou. Toutefois, il est évident que cette trêve n’est que temporaire et que les jours du gouvernement sont comptés. La fragilité de cette architecture politique est accentuée par le fait que les figures centrales du gouvernement, telles qu’Élisabeth Borne et Gérald Darmanin, étaient déjà présentes dans les précédents exécutifs. Leur nomination n’a pas requis d’efforts particuliers et ne constitue pas un véritable changement de cap.

L’une des rares figures politiques issues du Parti socialiste à avoir intégré ce gouvernement est François Rebsamen, mais sa présence seule ne suffit pas à incarner une ouverture vers la gauche. Le constat est clair: François Bayrou n’a pas su convaincre des personnalités influentes à l’Assemblée nationale d’intégrer son gouvernement. Cet échec politique traduit une incapacité à dépasser les clivages traditionnels et à construire une véritable coalition capable de porter une politique ambitieuse. Le socle politique du gouvernement Bayrou est aujourd’hui plus étroit que celui du gouvernement Barnier, ce qui le rend particulièrement vulnérable aux attaques tant de La France insoumise que du Rassemblement national.

L’absence de Xavier Bertrand au sein de ce gouvernement est également révélatrice. Sa non-intégration constitue une perte stratégique majeure pour François Bayrou, car Xavier Bertrand jouit d’une reconnaissance certaine, notamment auprès de l’électorat de droite. Son absence affaiblit encore davantage la capacité du gouvernement à mener des réformes structurantes sans risquer une censure immédiate. Face à une Assemblée nationale fragmentée et polarisée, l’absence de personnalités capables de transcender les clivages politiques constitue une faiblesse structurelle majeure.

La stratégie du Rassemblement national et de La France insoumise est claire: pousser Emmanuel Macron à la démission après avoir censuré le gouvernement Bayrou. Cette dynamique est facilitée par le manque de prise en compte du contexte politique par le président de la République. En refusant d’élargir son socle en direction de la gauche parlementaire, quitte à concéder des compromis sur des dossiers majeurs comme les retraites ou la fiscalité, Emmanuel Macron s’expose à une situation de blocage institutionnel durable. Cette rigidité stratégique fragilise non seulement le gouvernement Bayrou, mais aussi la présidence elle-même.

Lire aussi. France: Borne, Valls, Darmanin…, François Bayrou dévoile son gouvernement

François Bayrou a pourtant réussi à imposer sa nomination à Matignon en jouant sur son poids politique et sur la menace implicite de retirer les députés du MoDem de la majorité présidentielle. En se positionnant comme le dernier recours capable de stabiliser la situation politique française, il a réussi à convaincre Emmanuel Macron de lui confier la direction du gouvernement. Mais le résultat final est décevant. Loin d’incarner une solution durable et ambitieuse, le gouvernement Bayrou apparaît comme une réponse temporaire et fragile à une crise systémique.

L’année 2024 restera marquée par une instabilité politique sans précédent sous la Ve République. Avec François Bayrou comme quatrième Premier ministre en une seule année, la France s’installe dans un cycle de gouvernements éphémères, qui peinent à construire une vision cohérente et à gagner la confiance des citoyens. Cette instabilité est également alimentée par la reconduction de certaines figures ministérielles emblématiques telles que Rachida Dati, Sébastien Lecornu et Jean-Noël Barrot. Leur maintien à des postes stratégiques, notamment au Quai d’Orsay pour Jean-Noël Barrot, envoie néanmoins un signal de continuité dans certains domaines, notamment en matière de relations diplomatiques avec des partenaires stratégiques comme le Maroc. Cette continuité constitue l’un des rares points positifs du gouvernement Bayrou.

Pas de feuille de route

Pour autant, le maintien de ces ministres ne masque pas les faiblesses structurelles du gouvernement. L’absence d’une feuille de route claire et d’une assise parlementaire solide rend la survie de ce gouvernement hautement improbable à moyen terme. Les prochaines échéances budgétaires constitueront un test crucial pour François Bayrou et son équipe. Faute d’une majorité élargie, le risque d’une motion de censure réussie demeure très élevé.

En conclusion, le gouvernement Bayrou est loin d’incarner le « Nouveau Monde » promis par Emmanuel Macron. Sa composition témoigne davantage d’une tentative de survie politique que d’une volonté réelle de transformation. Les choix opérés, les figures maintenues et les absences marquantes traduisent une stratégie de court terme, incapable de répondre aux défis structurels auxquels la France est confrontée. Loin d’être un gouvernement de refondation, le gouvernement Bayrou apparaît comme une parenthèse fragile dans un paysage politique en pleine recomposition. Le « Nouveau Monde » promis par Emmanuel Macron semble aujourd’hui s’effacer devant le retour des anciens de la Ve République, dans une configuration où le pragmatisme politique a pris le pas sur l’ambition réformatrice.

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