Bachar al-Assad a été réélu sans surprise président de la Syrie pour un quatrième mandat…
Après la chute de Bachar, la Syrie va t-elle devenir une nouvelle Libye ?
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Le pouvoir de Bachar el-Assad s’est effondré ce dimanche 8 décembre en Syrie face à l’offensive fulgurante de groupes rebelles menés par Hayat Tahrir al-Sham (HTS), qui a mis fin à cinq décennies de règne sans partage de la famille Assad. Yassine El Yattioui, secrétaire général de NejMaroc et expert en relations internationales, politiques institutionnelles, géopolitique et diplomatie, analyse la chute de Bachar al-Assad et de ses conséquences pour la région.
La crise syrienne, qui a éclaté en 2011 dans le sillage des révolutions arabes, s’inscrit aujourd’hui dans une dynamique alarmante qui fait craindre un démembrement du pays, similaire à celui de la Libye après la chute de Kadhafi.
En cette fin d’année 2024, la situation s’est considérablement dégradée, marquée par une offensive fulgurante des groupes rebelles, des tensions internes au sein du régime, et un désengagement progressif des alliés traditionnels de Bachar al-Assad. Ces évolutions ont exacerbeé les fractures ethniques, religieuses et géopolitiques qui menacent l’intégrité territoriale de la Syrie.
Depuis novembre 2024, les rebelles, menés par Hayat Tahrir al-Sham (HTS), ont pris le contrôle d’une grande partie du territoire syrien. Cette organisation islamiste, issue d’une scission avec Al-Qaïda, s’est imposée comme une force majeure, notamment grâce à son récent rapprochement avec des groupes locaux et son changement de stratégie pour éviter les exactions contre les populations civiles.
En moins de deux semaines, HTS et ses alliés ont conquis Alep, Hama et, plus récemment, Homs, tout en menaçant directement la capitale, Damas. Cette avancée rapide met en évidence la fragilité du régime, déjà affaibli par une économie exsangue, des divisions internes, et un soutien international en érosion.

Le régime de Bachar al-Assad, qui semblait avoir stabilisé la situation grâce à l’intervention militaire russe en 2015, fait face à une tempête parfaite. La priorité donnée par Moscou à la guerre en Ukraine a entraîné une réduction des ressources allouées à la Syrie, tandis que l’Iran, un autre allié majeur, est désormais accaparé par ses propres crises internes et la pression internationale. Les milices soutenues par Téhéran, comme le Hezbollah libanais, subissent des revers importants sous les frappes israéliennes. En conséquence, l’armée syrienne, autrefois soutenue par ces puissants alliés, ne peur contenir les avancées rebelles.
Parallèlement, les fractures internes de la Syrie se creusent. Les Kurdes, qui contrôlent de vastes territoires dans le nord-est du pays, continuent de réclamer une autonomie accrue, voire une indépendance. Leur récent rapprochement tactique avec HTS montre à quel point les alliances opportunistes redéfinissent les équilibres locaux.
Dans le sud, les manifestations récurrentes à Daraa, où la révolution syrienne avait commencé en 2011, soulignent le rejet persistant du pouvoir central. Ces tensions régionales renforcent le risque de fragmentation du pays, avec l’émergence de zones d’influence distinctes, contrôlées par divers acteurs locaux et internationaux.
Le parallèle avec la Libye post-Kadhafi est évident. Depuis 2011, la Libye est plongée dans un chaos perpétuel, avec des factions rivales qui se disputent le contrôle du territoire et des ressources. La Syrie risque de suivre une trajectoire similaire si les différents acteurs ne parviennent pas à trouver une solution politique durable. La prolifération des groupes armés, la dépendance des forces locales à des puissances étrangères, et l’absence d’institutions nationales fortes sont autant de facteurs qui pourraient entraîner un démembrement définitif de la Syrie.
Les conséquences humanitaires d’une telle issue seraient catastrophiques. Selon les derniers rapports de l’ONU, près de 80 % de la population syrienne vit sous le seuil de pauvreté, et plus de 12 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur ou à l’extérieur du pays. Une escalade des combats risque d’aggraver encore cette situation, en provoquant de nouveaux exodes massifs et en mettant à mal les efforts d’aide humanitaire. En outre, la fragmentation du territoire syrien créerait un environnement propice à la résurgence de groupes jihadistes comme l’État islamique, menaçant la stabilité régionale et internationale.
Les puissances internationales portent une part de responsabilité dans cette crise. L’absence de consensus au Conseil de sécurité de l’ONU, due aux rivalités entre grandes puissances, a paralysé toute tentative de résolution politique. Pendant ce temps, la Turquie poursuit ses propres objectifs stratégiques en Syrie, en soutenant certains groupes rebelles tout en menant des opérations contre les forces kurdes. Les États-Unis, quant à eux, ont réduit leur présence dans la région, laissant un vide que des acteurs comme la Russie, l’Iran et la Turquie tentent de combler. Cette multipolarité des ingérences complique encore davantage la recherche d’une solution.
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Pour éviter un scénario de démembrement, plusieurs pistes doivent être explorées. Tout d’abord, un cessez-le-feu immédiat et global est indispensable pour réduire les violences et ouvrir la voie à des négociations inclusives. Ces discussions doivent inclure toutes les parties prenantes, y compris les groupes rebelles, les représentants kurdes, et les communautés locales. Ensuite, un engagement renouvelé de la communauté internationale est nécessaire pour soutenir un processus de réconciliation nationale et de reconstruction. Cela passe par une aide humanitaire accrue, mais aussi par des investissements économiques visant à relancer les infrastructures et à créer des opportunités pour les populations locales.
Enfin, la lutte contre l’impunité des crimes de guerre et des violations des droits humains doit être une priorité. La mise en place de mécanismes judiciaires, sous l’égide d’organisations internationales, pourrait contribuer à restaurer la confiance entre les différentes factions et à éviter de nouvelles exactions. La Syrie, riche d’une histoire millénaire et d’une diversité culturelle exceptionnelle, ne peut être abandonnée à un avenir de division et de chaos.
En conclusion, la crise actuelle en Syrie représente un tournant critique. La fin du régime de Bachar al-Assad et les ingérences étrangères ont créé une situation explosive qui rappelle la décomposition de la Libye après la chute de Kadhafi. Sans une intervention coordonnée de la communauté internationale et un dialogue inclusif entre les acteurs locaux, la Syrie risque de sombrer dans un cycle de violences encore plus destructeur. Le monde ne peut se permettre de tourner le dos à ce pays, dont la stabilité est essentielle pour la paix et la sécurité de la région et au-delà.
