Le Maroc, pionnier du l’Union Africaine, histoire et perspectives

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L’un des faits marquants du règne de Mohammed VI a été le retour du Maroc à l’Union africaine (UA), dont il avait quitté l’ancêtre, l’Organisation de l’unité africaine (OUA), en 1984, soit après plus de trois décennies. Depuis son retour, le Royaume a renforcé sa présence en s’imposant comme l’un des premiers acteurs économiques et politiques du continent. Analyse de Yassine El Yattioui, secrétaire général et chercheur associé au Think tank NejMaroc, spécialisé sur les questions de diplomatie, d’intelligence économique et de géopolitique.

Le Maroc a joué un rôle déterminant dans la fondation de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en 1963, sous l’impulsion de Feu Sa Majesté le Roi Mohammed V. Cette organisation, prédécesseur de l’Union africaine (UA), visait à promouvoir l’unité et la solidarité entre les États africains nouvellement indépendants, un objectif partagé par le Maroc, qui a toujours considéré son appartenance au continent africain comme une dimension fondamentale de son identité et de sa politique étrangère. Dès les premières années de l’OUA, le Royaume a œuvré pour la décolonisation et l’émancipation des peuples africains, notamment en soutenant les luttes d’indépendance en Afrique subsaharienne.

Cependant, en 1984, le Maroc a quitté l’OUA en raison du « conflit artificiel » sur le Sahara marocain et la reconnaissance de la prétendue « rasd » par l’organisation, une décision qui traduisait la fermeté du Royaume sur la question de son intégrité territoriale.

Après une absence de plus de trois décennies, le Maroc a officiellement réintégré l’UA le 30 janvier 2017, lors du 28ᵉ sommet de l’organisation à Addis-Abeba. Ce retour, soutenu par une majorité écrasante de 39 pays membres sur 54, marquait non seulement une reconnaissance du poids du Maroc en Afrique, mais aussi une nouvelle orientation stratégique pour le Royaume, qui a choisi de renforcer sa présence institutionnelle sur le continent.

Depuis son retour, le Maroc a intensifié ses investissements en Afrique, s’imposant comme l’un des premiers investisseurs africains sur le continent.

Entre 2000 et 2024, le Royaume a conclu près de 1 000 accords de coopération avec divers pays africains, couvrant des secteurs clés tels que les infrastructures, les télécommunications, les services bancaires, l’agriculture et l’énergie. Cette dynamique a non seulement renforcé les liens économiques entre le Maroc et ses partenaires africains, mais a également contribué au développement de plusieurs régions du continent. À titre d’exemple, les investissements directs marocains en Afrique ont atteint 1,9 milliard de dollars en 2023, représentant une augmentation de 7 % par rapport à l’année précédente. Le groupe Attijariwafa Bank, acteur majeur du secteur bancaire marocain, est aujourd’hui présent dans 15 pays africains, facilitant l’accès au financement pour les entreprises locales et stimulant l’économie régionale.

De même, Maroc Telecom est devenu un leader des télécommunications en Afrique, desservant plus de 70 millions de clients à travers plusieurs pays. Par ailleurs, l’Office Chérifien des Phosphates (OCP) a joué un rôle clé dans le développement de l’agriculture africaine en fournissant des engrais adaptés aux sols et aux besoins des agriculteurs locaux, contribuant ainsi à la sécurité alimentaire du continent.

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Yassine El Yattioui. ©DR

Sur le plan politique, le Maroc s’est engagé activement dans les missions de paix et de sécurité de l’UA, un domaine clé pour la stabilité du continent. En 2022, le Royaume a participé à trois opérations de maintien de la paix sous l’égide de l’UA et des Nations unies, déployant plus de 1 500 soldats et personnels de soutien, notamment en République centrafricaine et en République démocratique du Congo. Le Maroc a également contribué à la formation et à l’équipement de forces de sécurité dans plusieurs pays africains, consolidant ainsi son rôle d’acteur incontournable en matière de sécurité régionale. En tant que leader sur les questions migratoires au sein de l’UA, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a proposé en 2018 la création de l’Observatoire africain des migrations, basé à Rabat. Cette institution vise à collecter et analyser des données pour une meilleure gestion des flux migratoires en Afrique, un enjeu central dans la coopération intra-africaine et avec les partenaires internationaux. Le Maroc adopte ainsi une approche globale de la migration, mettant l’accent sur la régularisation, l’insertion économique et la protection des migrants.

Dans le domaine culturel et religieux, le Maroc a mis en place des programmes de formation pour les imams et prédicateurs africains, consolidant ainsi son rôle de promoteur de l’apprentissage de la religion sur le continent. Depuis 2015, l’Institut Mohammed VI pour la formation des imams a accueilli plus de 2 500 étudiants provenant de 21 pays africains, dont le Mali, la Guinée, le Nigeria et le Sénégal. Cette initiative vise à former des cadres religieux capables de prêcher un islam du juste milieu, en opposition aux idéologies extrémistes qui menacent la stabilité de plusieurs régions du continent. Ce rayonnement spirituel s’inscrit dans la longue tradition du Maroc en tant que centre de formation religieuse, notamment à travers l’Université Al Quaraouiyine de Fès, l’une des plus anciennes institutions académiques du monde. De plus, sur le plan culturel, le Maroc participe activement à la préservation et à la valorisation du patrimoine africain, notamment à travers des projets de restauration de sites historiques et la promotion des échanges artistiques entre les pays du continent.

Enfin, le Maroc a plaidé pour des réformes institutionnelles au sein de l’UA, visant à renforcer l’efficacité de l’organisation et à mieux répondre aux défis contemporains.

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Lors du 33ᵉ sommet de l’UA en 2020, le Royaume a soumis des propositions visant à améliorer la gouvernance de l’organisation et à renforcer l’intégration économique régionale. En tant que fervent défenseur du libre-échange, le Maroc a joué un rôle moteur dans la mise en place de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui vise à créer un marché unique pour les biens et services, favorisant ainsi le commerce intra-africain. En parallèle, le Maroc a renforcé sa coopération avec les Communautés économiques régionales (CER) de l’UA, notamment la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest), pour laquelle le Royaume a officiellement demandé son adhésion en 2017. Cette démarche stratégique reflète la volonté du Maroc de s’ancrer davantage dans les dynamiques économiques et politiques du continent.

L’impact du Maroc au sein de l’Union africaine se traduit également par son engagement en faveur du développement durable. Le Royaume est l’un des principaux promoteurs des énergies renouvelables en Afrique, avec des projets ambitieux visant à renforcer l’autonomie énergétique du continent. Grâce à son expertise en matière d’énergie solaire et éolienne, le Maroc a initié plusieurs partenariats pour le développement de centrales solaires et de parcs éoliens en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. Le projet de gazoduc Maroc-Nigéria, lancé en 2016 et actuellement en phase d’étude avancée, illustre cette ambition de renforcer la connectivité énergétique du continent tout en favorisant le développement industriel et économique des pays traversés.

Le Maroc, par son engagement historique et ses contributions multiformes, joue un rôle central au sein de l’Union africaine. Son retour en 2017 a non seulement renforcé l’organisation, mais a également ouvert de nouvelles perspectives pour une coopération africaine renforcée. À travers ses initiatives économiques, politiques, culturelles et religieuses, le Royaume continue de façonner le présent et l’avenir du continent, fidèle à la vision de Feu Sa Majesté le Roi Mohammed V et poursuivie avec détermination par Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Loin d’être un simple retour institutionnel, la réintégration du Maroc à l’UA témoigne d’une vision stratégique à long terme, visant à renforcer l’intégration africaine et à inscrire le continent sur la voie d’un développement inclusif et durable.

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