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Relation employeur-salarié: le secrétaire d’Etat Hicham Sabiry et Mehdi Tazi (CGEM) opposés
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Hicham Sabiry, secrétaire d’État chargé de l’Emploi, et Mehdi Tazi, vice-président général de la CGEM, ont récemment affiché deux visions opposées sur l’entrepreneuriat, notamment la relation entre employeur et salarié, et la place de l’entreprise dans le contrat social national.
Une situation inattendue s’est produite lors de l’inauguration de la 22e édition de Maroc in Mode, organisée du 5 au 7 novembre à Casablanca par l’Association marocaine des industries de textile et de l’habillement (AMITH). Et c’est un message de Hicham Sabiry, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Inclusion Economique, de la Petite Entreprise, de l’Emploi et des Compétences, en charge de l’Emploi, qui a été à la base de la dialectique.
Dans un discours assumé, ce dernier a livré sa conception de la relation employeur-employé. Pour lui, l’entreprise ne se résume pas à son capital, mais à ceux qui la font vivre. «Vos entreprises ne vous appartiennent pas. Elles appartiennent aux salariés», a-t-il martelé devant un parterre de patrons, syndicalistes et institutionnels. Une phrase qui n’a pas laissé la salle indifférente.
Sabiry a poursuivi en développant une vision où le salarié devient le véritable dépositaire de la valeur, celui qui préserve l’outil de production, crée la richesse et incarne la stabilité sociale. «C’est par les salariés qu’on pourra vraiment créer la valeur ajoutée. Et sans changer leur mindset, sans qu’ils se sentent propriétaires, on n’atteindra jamais les résultats escomptés», a-t-il insisté.
Derrière cette posture, une volonté claire: refonder le contrat productif marocain sur la responsabilisation du travailleur, la formation, et la négociation collective. Le secrétaire d’Etat à l’Emploi a ainsi appelé à accélérer la signature de conventions collectives, qui permettraient aux partenaires sociaux de définir leurs propres règles, en dehors du Code du travail mais sans contradiction avec lui.
Mehdi Tazi: «Je ne suis pas aligné»
La réponse de Mehdi Tazi ne s’est pas fait attendre. A son tour de parole dans l’ordre des interventions, le vice-président général de la CGEM a exprimé son désaccord frontal avec la vision du secrétaire d’État à l’Emploi. «Je voudrais exprimer mon non-alignement total avec vos paroles sur les entreprises et les salariés», a-t-il déclaré, avec une sobriété tendue.
Pour Tazi, les entreprises marocaines assument déjà pleinement leur responsabilité sociale: «Elles créent de l’emploi, de la richesse, et ont une responsabilité vis-à-vis de leurs employés.» Appelant à ne «pas tomber dans un modèle à la française, où l’entrepreneur n’est pas respecté et devient une cible», il a donc opposé à la posture de Hicham Sabiry un équilibre, inspiré du modèle américain, où «les employés sont respectés, mais les entrepreneurs aussi».
S’il reconnaît que le fond du message de Sabiry et le sien visent la même finalité, à savoir la création de valeur et la stabilité sociale, le vice-président général du patronat conteste la formulation. «Ce sont des mots que j’ai perçus autrement», a-t-il glissé, appelant à ne pas avoir honte de défendre l’entrepreneuriat.
Une divergence qui interroge
Cette divergence de vue est loin d’être anodine, d’autant qu’elle intervient à un moment charnière, où le Code du travail marocain est en train de faire sa mue. Une mue dans laquelle le secrétaire d’État à l’Emploi, de par ses prérogatives institutionnelles, joue d’ailleurs un rôle central. Sa posture traduit inéluctablement une doctrine publique qui pourrait irriguer la nouvelle mouture du droit du travail.
Face à lui, Mehdi Tazi incarne une ligne patronale soucieuse de préserver l’équilibre entre reconnaissance du risque entrepreneurial et respect des salariés. Son appel à s’inspirer d’une culture américaine de la responsabilité partagée, alerte sur la nécessité de maintenir un Code du travail qui ne favoriserait pas un certain déséquilibre symbolique, où l’investisseur serait relégué au second plan.
La réforme à venir ne pourra donc faire l’économie de cette tension. Elle devra arbitrer entre deux visions du contrat productif: l’une est fondée sur la souveraineté par le travail et la responsabilisation du salarié, tandis que l’autre repose sur la valorisation du rôle de l’entrepreneur comme moteur de croissance. Ce débat, désormais public, ne devrait pas laisser indifférent les différentes parties prenantes concernées, travailleurs, employeurs et institutionnel notamment.
