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Importation des viandes rouges au Maroc: une mesure salutaire, mais à quel prix ?
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Alors que les premières importations de viande rouge, telles qu’adoptées par le gouvernement et mises en œuvre par l’ONSSA, ont démarré depuis plus d’un mois, les langues se délient pour interroger l’efficacité de cette mesure et mettre en garde contre une possible nuisance à la souveraineté tant prônée.
La flambée des prix des viandes rouges a conduit à une mesure inédite: l’importation, jusque-là maintenue au niveau des bêtes vivantes, a été étendue aux viandes fraîches et congelées. Dans une enseigne de la place où H24Info s’est rendu, l’on observe au rayon viande des prix indiquant des rabais. En effet, les kilos d’agneau et de boeuf affichent des prix inférieurs à ce qui est pratiqué sur le marché. Interrogé, Mehdi, le responsable, fait savoir que «nous avons les tarifs les plus compétitifs sur le marché, même mieux que ceux pratiqués» par un concurrent direct.
Cela s’est avéré, après nos vérifications. Par exemple, le tagine de bœuf avec os vendu à 79,90 dirhams (DH) le kilogramme dans la première enseigne est commercialisé à 85 DH/Kg dans l’enseigne concurrente. Et pendant que cette dernière écoule le jarret de bœuf sans os à près de 139 DH/Kg, il est présenté dans le rayon de notre interlocuteur à 132,90 DH. Une variation substantielle de 5 à 7 DH, d’une surface à l’autre, sur le prix du kilogramme de bœuf.
Hors enseignes, cette différence se creuse pour atteindre les 10, voire les 20 DH sur le kilogramme de viande rouge. C’est notamment le cas à Bab Marrakech, à l’ancienne médina de Casablanca. Là, les différences observées d’un boucher à l’autre frisent l’anarchie. Le cas typique est celui de deux bouchers se faisant face mais dont les prix ont des écarts de 10 à 15 DH sur des produits identiques.
L’exception qui confirme la règle
Quant aux raisons de ces écarts de prix, notre premier interlocuteur Mehdi fait savoir que son enseigne est en période de solde générale pour les deux semaines à venir, mais il précise que l’entreprise intervient dans la chaîne de valeur de la production. «Nous avons parmi nos fournisseurs des fermes avec lesquelles nous sommes partenaires, et donc nous suivons de très près toutes les étapes de l’élevage», explique-t-il.
Cette démarche permet, à l’enseigne ainsi qu’aux éleveurs, de réaliser des économies d’échelle qui se répercutent sur le coût de production final. Ce qui se ressent distinctement dans le barème tarifaire.
Un boucher du souk affichant des prix attractifs soutient, pour sa part, que sa compétitivité tient du fait qu’il procède lui-même à l’achat de l’animal vivant, veille à son abattage et supervise toutes les autres étapes jusqu’à l’acheminement sur son point de vente. Cette façon de faire, qu’il nous relate vidéo à l’appui, lui permet de meilleures propositions tarifaires, au détriment de son concurrent et au plaisir de la clientèle nombreuse en quête de marge.
Mais au-delà de ces prix qui grimpent ou descendent au gré de la méthode d’approvisionnement du vendeur, plane la crainte que la mesure gouvernementale soit un coup d’épée dans l’eau.
Réduire ou augmenter les importations?
En décidant d’élargir le panier d’importation de la viande rouge, la volonté affichée par le gouvernement, lors de son Conseil du 10 octobre dernier, est de stabiliser les prix soumis à une forte envolée. Ce qui passerait bien évidemment par une maîtrise des prix en vigueur dans un premier temps, et de leur baisse par la suite. Mais le constat général effectué par les consommateurs directs et les vendeurs est que pour l’heure, aucune baisse n’est observé.
Certaines personnes interrogées indiquent avoir réduit drastiquement leur consommation à cause des prix qui n’ont pas encore globalement baissé par rapport à ce qu’ils étaient avant la flambée, soit autour de 70 DH/Kg. Des bouchers attestent également que depuis le démarrage des importations, les prix sont les mêmes, donc aucune baisse substantielle pour l’heure.
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Cela n’est d’ailleurs pas étonnant, comme l’explique l’économiste Badr Zaher Al Azrak. Selon lui, il faut plutôt s’attendre à une stabilisation des prix et non une baisse systématique, car «l’importation va couvrir un certain pourcentage de la consommation nationale». Cet avis est partagé par la Fédération marocaine des droits des consommateurs (FMDC). Le président de cette organisation, Bouazza Kharrati, présente à ce titre les résultats d’une étude qui part des estimations faites des volumes d’importation fixés par l’État pour aboutir à la conclusion suivante: «Les importations vont couvrir uniquement 11% des besoins en viandes rouges des Marocains et leur impact sur la baisse des prix sera très faible et même imperceptible pour le consommateur.»
Souveraineté en péril?
Kharrati ne manque toutefois pas de souligner «une baisse très faible» constatée seulement dans les grandes villes portuaires, comme Casablanca, et uniquement sur les produits d’importation. Pour avoir des effets notoires sur la spéculation locale et espérer une réussite de cette mesure, le consumériste appelle à ce que les quantités d’importation définies soient doublées pour atteindre les niveaux de 70 à 75%. Sinon, en l’état actuel des choses, «la marge bénéficiaire gagnée par les importateurs est toujours un peu forte par rapport à la bourse des consommateurs marocains».
Décision visant à protéger le pouvoir d’achat des citoyens mis à rude épreuve, la nouvelle mesure d’importation n’a pas encore fait ses preuves. Pour y parvenir, l’État devra éventuellement ouvrir encore plus les vannes en augmentant les quotas d’importation. Cette mesure, salutaire a priori, ne freinerait-elle pas cependant la souveraineté alimentaire que le Maroc vise en matière de viande rouge ?
