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Hausse des cas de divorce au Maroc: le décryptage de Maître Meriem Berrada
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Selon les chiffres du Haut-Commissariat au Plan (HCP), le Maroc a enregistré plus de 65.000 divorces en 2024. Le rapport annuel du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) confirme cette tendance à la hausse, illustrant une transformation profonde des dynamiques familiales dans le Royaume.
Les femmes sont désormais presque aussi nombreuses que les hommes à demander le divorce, représentant près de la moitié des requêtes introduites devant les tribunaux en 2024.
Contactée par H24info, Maître Meriem Berrada, avocate au barreau de Casablanca, confirme que ces chiffres sont alarmants. Selon elle, il est impératif de s’interroger sur les causes récurrentes de ces séparations: «Le plus souvent, il s’agit du défaut d’entretien, de la violence conjugale, du manque de communication ou encore de l’insatisfaction sexuelle.»
Pour Me Berrada, plusieurs facteurs expliquent cette évolution. «La société marocaine est en pleine mutation. Les femmes connaissent de mieux en mieux leurs droits, notamment grâce à l’accessibilité de l’information et au développement des médias. Elles savent désormais que l’ignorance de leurs droits donne lieu à l’injustice.»
L’avocate souligne également que si de grands progrès restent à accomplir, notamment sur les articles du Code de la famille concernant le partage des biens (article 49), la garde des enfants, la tutelle partagée ou encore la polygamie, l’annonce de la réforme du Code de la famille a ravivé l’espoir d’un Maroc plus équitable et plus conforme à la Constitution de 2011 ainsi qu’aux conventions internationales ratifiées par le Royaume.
Selon Me Berrada, cette perspective a pu, paradoxalement, inciter certains couples à accélérer les procédures de divorce, certains époux redoutant de futures dispositions plus favorables à leurs conjointes. Elle précise toutefois que la hausse des divorces a débuté bien avant l’annonce de la réforme, et que le projet de loi n’a pas encore été adopté par le Parlement.
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L’avocate déplore cette progression du nombre d’affaires de divorce, rappelant que «le meilleur environnement pour un enfant reste un foyer stable, où deux parents veillent à sa sécurité physique et psychologique». Elle ajoute: «Lorsque le lien conjugal est irrémédiablement rompu, il est essentiel que la séparation se déroule dans les meilleures conditions, toujours dans l’intérêt de l’enfant.»
D’après son expérience, les divorces à l’amiable sont en augmentation, ce que confirment également les statistiques du CSPJ (97%) en 2024. Toutefois, tout ne se passe pas toujours dans le calme. «La justice est parfois instrumentalisée, et les enfants deviennent les victimes de règlements de comptes entre adultes. Cela mène à des batailles d’ego sans fin, dont les premiers à souffrir sont toujours les enfants. Ils ont droit à un divorce calme et serein.»
Pour conclure, Me Meriem Berrada estime que cette hausse du nombre de divorces traduit une tension entre tradition et modernité. «Le Maroc est un pays à cheval entre deux cultures. Nous aspirons aux standards internationaux, tout en restant profondément attachés à nos traditions. Cette dualité crée une certaine confusion dans nos lois, nos mentalités et nos comportements. Nos femmes travaillent et s’émancipent, mais leurs maris n’acceptent pas toujours cette évolution. Comment concilier les deux ?»
Selon elle, l’augmentation du nombre de divorces est le symptôme d’un malaise social plus large, celui d’un Maroc en quête d’équilibre entre émancipation et héritage culturel.
