Au total les migrants déboursaient 2 500 euros afin de se rendre dans le pays…
Espagne: révélations sur le réseau qui traitait les migrants marocains comme des tomates
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La Guardia Civil l’a baptisée « Tashira ». L’enquête qui a démantelé un vaste réseau de trafic d’immigrants, dont l’envergure était davantage internationale qu’européenne, et qui opérait en Roumanie, en Italie, ainsi qu’en Espagne (comme nous l’évoquions le dimanche 13 avril 2025, d’après une information de l’AFP), révèle de nouveaux détails.
«Que les tomates ne soient pas écrasées, du moins pas avant d’arriver en Espagne»: c’est en ces termes glaçants, révélés par des écoutes téléphoniques, que les trafiquants désignaient leurs victimes. La Guardia Civil estime à au moins 2 500 le nombre de Marocains ayant eu recours à ce groupe criminel.
Ces migrants se sont vu miroiter la promesse d’un contrat de travail légal en Europe. Ils ont finalement été traités comme une marchandise périssable, des corps anonymes et sans histoire, dissimulés parmi des produits agricoles à l’intérieur de camions de gros tonnage, rapporte ce mardi El Español. L’objectif était de les faire traverser clandestinement l’Europe, en direction de l’Espagne, où beaucoup d’entre eux ont finalement été abandonnés à leur sort.
L’opération policière «Tashira» a permis de démanteler un réseau complexe actif pendant au moins trois ans, avec des ramifications au Maroc, en Roumanie, en Italie et en Espagne. L’enquête a débuté en mars 2023 suite au témoignage de six Marocains, alors installés dans la région de Navarre en Espagne. Ils ont décidé de briser le silence pour mettre fin à cette entreprise criminelle.
Aujourd’hui, leurs dépositions, corroborées par les écoutes téléphoniques et les documents saisis lors de diverses perquisitions, ont permis de lever le voile sur une organisation criminelle qui aurait généré plus de 20 millions d’euros.
Le premier contact avec le réseau s’établissait au Maroc, dans des villes comme Taourirt. Des recruteurs étaient chargés de trouver d’éventuels candidats à l’immigration clandestine, capables de verser des sommes allant jusqu’à 60 000 dirhams.
En contrepartie, ils recevaient un visa de travail dans l’agriculture ou le bâtiment, mais en Roumanie. Le réseau leur fournissait également des billets d’avion avec une escale en Turquie. Les migrants arrivaient ainsi à Timișoara, une grande ville roumaine. Ils étaient alors logés dans des taudis contrôlés par les trafiquants, où ils passaient des semaines, voire des mois, dans l’attente d’un transfert.
Certains étaient contraints de travailler dans des conditions déplorables pour un salaire dérisoire. D’autres, réduits à l’attente, se trouvaient pris au piège, à la merci du réseau criminel. Et lorsque leur permis de travail expirait, ils passaient à l’étape suivante du processus : le passage clandestin vers l’Italie.
Un « service payant » est facturé entre 4 000 et 5 000 euros supplémentaires. Le transport s’effectuait dans des conditions extrêmes : « des voyages interminables dans des remorques fermées, sans ventilation ni accès à l’extérieur, cachés parmi des produits agricoles », rapporte El Español. Certains migrants sont morts d’asphyxie ou écrasés. Tous souffraient de déshydratation.
Ce mode opératoire rappelle celui des réseaux de passeurs d’Amérique du Sud qui pratiquent le trafic d’êtres humains vers les États-Unis. Les camions évitaient la Hongrie, dont la politique migratoire était jugée stricte, et traversaient les Balkans (Serbie, Croatie et Bosnie) avant d’atteindre l’Italie.
De là, les migrants étaient déposés près de la frontière et devaient se débrouiller seuls. Ceux qui avaient payé un « bonus » obtenaient la possibilité de terminer le voyage jusqu’en Espagne, s’ils survivaient…
