La jeune femme avait enregistré une vidéo, où elle racontait sa mésaventure et où elle…
Espagne: le décès tragique d’une saisonnière marocaine révèle la dureté des conditions de travail
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La mort tragique de Hakima, une mère de famille originaire de Sidi Kacem victime d’un coup de chaleur dans les champs de Huelva, relance le débat sur l’envers du décor des travailleuses saisonnières.
Elle s’appelait Hakima. Elle avait quatre enfants, un quotidien difficile à Sidi Kacem, et un espoir : celui de leur offrir un avenir meilleur grâce à la campagne agricole espagnole. Quarante jours seulement après son arrivée dans la province de Huelva, cette saisonnière marocaine a rendu son dernier soupir. Selon les rapports médico‑légaux relayés par les médias espagnols La Mar de Onuba et Público, Hakima a succombé vers une heure du matin à un coup de chaleur provoqué par des températures asphyxiantes, après une énième journée de labeur exténuante.
Le récit de sa dernière soirée résume à lui seul la condition de ces milliers de Marocaines : une douche rapide après le travail, la préparation du repas du lendemain, et le sommeil qui l’emporte pour toujours. Une tragédie ordinaire dans les champs de fraises andalous, qui a provoqué une vive onde de choc parmi ses collègues et les collectifs sociaux espagnols. Comme l’a rapporté le média andalou El Común, plusieurs organisations se sont immédiatement mobilisées pour retrouver sa famille au Maroc et réclamer justice.
Pour le Comité des femmes du secteur agricole de l’Union marocaine du travail (UMT), qui a tiré la sonnette d’alarme, ce drame n’a rien d’un accident isolé. Le syndicat dénonce avec virulence des conditions de travail «inacceptables» et rappelle, non sans amertume, qu’un drame strictement identique avait déjà coûté la vie à une autre saisonnière marocaine en 2019. Là encore, les constats des organisations espagnoles cités par Público et La Mar de Onuba convergent : sept ans plus tard, les mêmes causes produisent les mêmes effets.
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Au‑delà de la fatalité climatique, c’est le traitement général de ces ouvrières de l’ombre qui est pointé du doigt. Journées de travail harassantes, précarité des logements, vagues de chaleur extrême et vulnérabilité administrative liée à leur statut de migrantes: un cocktail rentable pour l’agriculture espagnole, mais toxique pour la santé de celles qui la portent à bout de bras.
Saisonnières marocaines: l’écran de fumée institutionnel
Cette nouvelle tragédie intervient pourtant dans un contexte de vitrine politique soigneusement entretenue. En mars dernier, 225 saisonnières marocaines prenaient le départ pour Huelva dans le cadre de Wafira II, un projet international de migration circulaire présenté par Rabat et Madrid comme un modèle de régulation éthique et sécurisée du travail saisonnier.
Mais la réalité du terrain, documentée notamment par El Común, vient cruellement fissurer ce récit officiel. Face à l’urgence, l’UMT a directement interpellé le ministère de l’Inclusion économique et l’ANAPEC afin d’exiger une intervention ferme auprès des autorités espagnoles. L’organisation syndicale insiste sur la nécessité de dépasser les simples déclarations d’intention pour imposer un contrôle rigoureux des contrats-programmes et veiller à l’application effective des conventions internationales relatives à la protection des droits humains et du travail.
Sur le terrain, les militants espagnols et les mouvements ouvriers ne comptent pas en rester là. Ils réclament l’ouverture d’une enquête approfondie pour déterminer la responsabilité directe ou indirecte des cadences de travail dans le décès de Hakima. Car au bout du compte, derrière les chiffres de la croissance agricole et les accords bilatéraux, reste une réalité implacable: quatre enfants orphelins à Sidi Kacem, dont la mère a payé de sa vie le simple droit d’essayer de les nourrir.
