France: le procès de l’Algérien, derrière l’attentat de Lyon en 2019, s’ouvre à Paris

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Mohamed Medjdoub. DR

Un islamiste algérien, qui voulait « faire peur » aux Français afin de les pousser à voter pour l’extrême droite et provoquer une « guerre civile », est resté muet lundi à Paris à l’ouverture de son procès pour un attentat à la bombe qui avait fait plus d’une dizaine de blessés à Lyon (centre-est) en 2019.

Mohamed Medjdoub, qui fêtera ses 30 ans le 24 avril, comparaît pour tentative d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste, fabrication d’un engin explosif en relation avec une entreprise terroriste et détention et transport de produit explosif.

Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Assis dans son box, bras croisé, visage fermé, regardant droit devant lui, l’accusé au front dégarni et à la barbe noire soigneusement taillée a choisi de garder le silence refusant même de décliner son identité.

Selon son avocate, Me Fanny Ginsburg, Mohamed Medjdoub souhaite ne pas s’exprimer. Il parlera, peut-être, quand il aura l’occasion de prononcer les « derniers mots », accordés à l’accusé à la fin du procès.

« Vous avez le droit de garder le silence mais je vous poserai tout de même des questions« , a indiqué le président Jean-Christophe Hullin, sans réaction de la part de l’accusé, en jeans et bombers noir, qui ne daigne pas se tourner vers lui.

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La cour a dû se contenter des paroles des experts qui ont rencontré l’accusé en détention pour se faire une idée de sa personnalité.

Le psychiatre Daniel Zagury, qui a souvent eu l’occasion de s’entretenir avec des personnes impliquées dans des attentats jihadistes, évoque un accusé « particulièrement intelligent et organisé », « solitaire et introverti », au « mépris assumé pour tous les mécréants ».

« Il est dans une condescendance méprisante », résume l’expert-psychiatre. Le visage impénétrable de l’accusé se détend pour esquisser un bref sourire glaçant.

L’enquêtrice de personnalité raconte « avoir eu peur » lors de sa rencontre avec l’accusé même s’il « s’est montré respectueux et courtois » pendant leur entretien à la prison.

« Sa courtoisie est de façade », met en garde Daniel Zagury, qui évoque « une adhésion absolue et irréductible » à l’idéologie islamiste.

« J’ai rarement vu, sinon jamais, un engagement aussi total », souligne le psychiatre. « Sa détermination est absolue. Il a la certitude d’être dans le vrai ».

Guerre civile

Second d’une fratrie de quatre enfants, Mohamed Medjdoub est arrivé en France en août 2017 pour rejoindre sa famille. Titulaire d’une licence de mathématiques et informatique obtenue en Algérie, il était en situation irrégulière après s’être vu refuser un visa étudiant.

Le 24 mai 2019, deux jours avant les élections européennes, le jeune homme radicalisé, sans papiers, avait posé une bombe fabriquée par ses soins devant une boulangerie dans une rue piétonne de Lyon. L’explosion de son engin, de faible intensité, avait fait plus d’une dizaine de blessés dont une fillette de 10 ans.

La bombe, emballée dans un sac en papier, était composée de TATP, un explosif artisanal relativement facile à fabriquer, enfermé dans un tube de chips avec plus de 270 billes et vis métalliques.

Un expert psychologue explique à la barre que l’accusé lui a confié que son but n’était pas de tuer. « Mais pas pour des raisons morales ou religieuses », complète Daniel Zagury.

L’objectif de l’accusé était de créer un sentiment de peur pour que l’extrême droite gagne les élections. Une victoire de l’extrême droite exacerberait les tensions avec les musulmans et favoriserait « une guerre civile » en France, espérait-il.

L’extrême droite au pouvoir « c’est la meilleure chose qui peut nous arriver », a-t-il confié à l’enquêtrice de personnalité.

« Si je voulais j’aurais pu faire une centaine de morts », s’est vanté Mohamed Medjdoub auprès de co-détenus. Il affirmait: « Si je sors aujourd’hui, demain je fais un attentat ».

En avril 2023, lors de son dernier interrogatoire devant le magistrat instructeur, Mohamed Medjdoub expliquait avoir de la haine « contre toute la France ».

« On m’a humilié, on m’a manqué de respect et je vais me venger. Si je prends un Français (…), je vais le décapiter mais aussi le couper en mille morceaux », a-t-il dit.

Le procès est prévu jusqu’au 7 avril.

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