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“Paroles d’experts” de Faïçal Tadlaoui. La France face au leadership marocain en Afrique
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Alors qu’Emmanuel Macron est en visite officielle au Maroc depuis hier, les questions de leadership économique et d’influence en Afrique reviennent plus que jamais sur le devant de la scène. La France en perte de vitesse sur le continent voit son influence économique et politique grignotée, notamment par le Royaume qui a déployé avec succès une politique de reconquête des marchés africains.
Dans cette émission, Abdou Diop, associé gérant de Forvis Mazars et président de la Commission Afrique à la CGEM, revient sur la trajectoire du Maroc en Afrique, ses ambitions et le positionnement stratégique vis-à-vis de la France.
En janvier 2017, le retour du Maroc au sein de l’Union Africaine, après 33 ans d’absence, marque une étape charnière pour le pays. Ce retour, qualifié de « symbolique » par Abdou Diop, s’inscrit dans une dynamique de reconsolidation des liens africains du Maroc, amorcée dès 1999 avec l’accession au trône du Roi Mohammed VI. « Le retour du Maroc dans l’Union Africaine découle d’un processus de longue haleine, structuré et consolidé par le Roi Mohammed VI », explique notre invité, qui souligne également l’importance des années écoulées dans le renforcement des relations stratégiques avec l’Afrique.
Depuis lors, le Maroc est devenu le premier investisseur en Afrique de l’Ouest et du Centre et le deuxième sur l’ensemble du continent, se distinguant ainsi par un rayonnement économique au-delà de ses liens traditionnels sociaux et culturels.
Acquisitions stratégiques et projets structurants
Pour renforcer sa présence économique, le Royaume a effectué plusieurs acquisitions stratégiques, en reprenant notamment des filiales de grandes banques françaises. Attijariwafa Bank, Banque Centrale Populaire (BCP) et Bank of Africa (BOA) possèdent ainsi aujourd’hui un réseau bancaire solide en Afrique, cumulant une présence dans 28 pays africains et représentant parfois plus de 30 % des parts de marché local. « Nos trois banques marocaines se sont imposées comme des acteurs majeurs dans de nombreux pays africains », fait remarquer Abdou Diop, qui voit dans ces succès la consolidation d’une présence financière de premier ordre pour le Maroc en Afrique.
En parallèle, le Maroc porte plusieurs projets de développement d’envergure. Parmi eux, le gazoduc reliant le Nigéria au Maroc, structuré par des fonds souverains et coordonné par l’ONHYM. Ce projet symbolise cette volonté de relier des pays africains à une ressource énergétique cruciale. En outre, l’extension des infrastructures, de Tanger Med à Dakhla, et les investissements agricoles du groupe OCP pour la sécurité alimentaire sont autant d’initiatives illustrant l’engagement de Rabat en faveur d’un développement infrastructurel de l’Afrique. «Il y a, au-delà des services d’entreprises, une vraie profondeur dans cet ancrage marocain au niveau financier et logistique sur le continent», résume Abdou Diop.
Confiance et coopération
Abdou Diop met en lumière un aspect fondamental du leadership africain du Maroc : la sincérité et la confiance, éléments fondateurs du modèle de partenariat prôné par le Roi Mohammed VI. Il rappelle que ce dernier a multiplié les visites en Afrique, prenant le temps de rester plusieurs jours, voire des semaines, dans différents pays africains, et tissant ainsi des liens personnels solides. « Le plus grand symbole, c’était lorsqu’il a passé plus de deux semaines en Côte d’Ivoire durant la convalescence du président Ouattara, à un moment critique pour le pays », relate notre invité. Pour lui, cette approche sincère est le socle de la confiance accordée au Maroc par nombre de pays africains.
En réponse aux critiques formulées à l’encontre de la France pour son influence perçue comme condescendante et héritière d’un passé colonial, Diop rappelle l’importance d’un partenariat d’égal à égal. « Il est essentiel d’éviter les erreurs commises par d’autres et d’agir avec humilité », souligne-t-il, un point essentiel pour un développement harmonieux des relations entre le Maroc et l’Afrique.
ZLECAF et franc CFA
Au-delà des projets bilatéraux, le Maroc se positionne également sur des initiatives panafricaines, telles que la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF). Pour Abdou Diop, cette zone pourrait constituer un levier d’industrialisation et de diversification économique. Il évoque l’opportunité d’utiliser le savoir-faire marocain pour valoriser les matières premières africaines dans la chaîne de valeur mondiale, citant notamment le cobalt et le lithium de la République Démocratique du Congo pour la fabrication de batteries électriques au Maroc. « Nous avons une responsabilité en tant que pays industrialisé de renforcer la complémentarité des chaînes de valeur africaines », explique-t-il, soulignant l’importance de la ZLECAF pour le futur économique du continent.
Sur le franc CFA, notre invité adopte une approche plus pragmatique. Bien que ce sujet soit souvent controversé, il souligne l’intérêt d’une monnaie commune pour faciliter le commerce transfrontalier en Afrique. « Il est temps de dépasser le côté émotionnel et de voir le franc CFA comme un outil de stabilité économique, même si des améliorations et une certaine autonomie restent nécessaires », argumente-t-il.
Une France en quête de repositionnement en Afrique
Face à un recul marqué de son influence en Afrique, la France est désormais confrontée au leadership marocain sur le continent, et pourrait y voir une opportunité de partenariat. Abdou Diop note cependant une relation complexe, la France ayant longtemps perçu le Maroc comme un concurrent en Afrique. « Il est crucial que la France évolue vers une collaboration avec le Maroc en Afrique, car celui-ci pourrait être un allié de choix pour son développement sur le continent », indique-t-il.
Ce partenariat pourrait permettre à la France de s’appuyer sur les banques marocaines pour accompagner les entreprises françaises en Afrique, alors même que plusieurs banques françaises quittent le continent.
Idem pour l’automobile où le Maroc s’est imposé comme un acteur clé du secteur avec des usines Renault et Peugeot, et le développement actuellement d’un écosystème autour des batteries électriques, destinées également au marché africain. « Le Maroc a su se positionner là où la France n’a pas pu », conclut Abdou Diop, qui appelle à une prise de conscience de cette complémentarité possible entre les deux pays.

