« L’Invité Eco ». Mohamed El Bouhmadi, président de la Fédération marocaine de l’industrie et de l’innovation pharmaceutiques (FMIIP)

Publié le
mohamed bouhmadi
Mohamed El Bouhmadi, président de la FMIIP

Régulièrement critiqué pour leurs « marges excessives », les acteurs de l’industrie pharmaceutique défendent leur position. Mohamed El Bouhmadi, président de la Fédération marocaine de l’industrie et de l’innovation pharmaceutiques (FMIIP), livre dans ce numéro de « L’Invité Eco » une part de vérité sur le secteur.

«Le secteur de l’industrie pharmaceutique, Sa Majesté le Roi, que Dieu l’assiste, l’a placé à un niveau stratégique, au même titre que l’énergie et l’agroalimentaire», affirme d’emblée Mohamed El Bouhmadi. Chiffres à l’appui, il démontre le poids de cette industrie: 56 établissements pharmaceutiques, dont 33 affiliés à la FMIIP, plus de 13.000 pharmaciens d’officine et 65 grossistes répartiteurs. En 2023, le secteur a généré 22 milliards de dirhams de chiffre d’affaires, dont près de 14 milliards de dirhams destinés à l’export.

L’investissement n’est pas en reste: «Nous investissons plus de 1 milliard de dirhams dans nos usines en matière d’équipements, de nouvelles technologies, de recherche et développement, et nous contribuons à hauteur de 2 milliards de dirhams sur le plan fiscal. Cela représente 5,2 % du PIB industriel et 1,2 % du PIB national», précise-t-il.

Un débat sur les prix des médicaments

Porté à la tête de la FMIIP le 23 septembre 2021, El Bouhmadi ne cache pas sa fierté devant ces indicateurs, auxquels s’ajoutent 65.000 emplois directs et indirects. Cependant, ces performances sont éclipsées par les récurrentes ruptures de stock de certains médicaments essentiels. Notre invité nuance: «Il s’agit davantage de ruptures que de pénuries. Une pénurie se caractérise par un manque prolongé de médicaments, tandis que les ruptures sont souvent ponctuelles. Le Maroc évolue dans un environnement mondialisé et subit, comme d’autres pays, des difficultés d’approvisionnement en matières premières».

Lire aussi : Hausse des prix des médicaments au Maroc, le vrai du faux

Sur la question des prix des médicaments, le président de la FMIIP rappelle qu’il s’agit d’une problématique mondiale. «Tous les pays cherchent à pérenniser leur système de santé en rationalisant les dépenses. Le Maroc n’échappe pas à cette réalité.» Toutefois, il insiste sur le fait que la fixation des prix ne relève pas des laboratoires de manière arbitraire: «Il existe un décret du 18 décembre 2013, appliqué depuis juin 2014, qui définit les modèles de prix.»

Ce cadre réglementaire pose cependant un problème majeur: «Nous subissons des baisses systématiques de prix qui rendent certains produits non rentables et entraînent leur disparition du marché. Or lorsqu’un médicament disparaît, il est remplacé par un produit innovant, souvent plus cher», explique-t-il. Face à ce dilemme, l’industriel plaide pour une révision du décret afin d’assurer un «juste prix, ni trop élevé, ni trop bas».

La production locale, un enjeu de souveraineté

El Bouhmadi insiste sur la nécessité de produire localement. Il voit dans la production nationale «le socle de la souveraineté sanitaire» et appelle à une politique plus incitative. Selon lui, l’État devrait encourager les industriels en instaurant une «préférence nationale dans les appels d’offres», plutôt que de privilégier systématiquement l’offre la moins chère. «Lorsqu’il y a un appel d’offres, même à un prix légèrement supérieur, nous devons choisir les produits fabriqués localement», défend-il.

Pour justifier cette approche, le patron de la FMIIP met en avant l’intérêt économique: «Un médicament princeps coûte très cher. Une fois son brevet échu, nous pouvons le remplacer par un générique fabriqué localement, bien plus accessible.» Il appelle donc à un accompagnement accru des industriels. «Nous pensons qu’avec la mise en place de l’Agence du médicament et des produits de santé, ainsi que l’appui du ministère, nous pourrons dynamiser la production locale.»

D’une perspicacité sans pareil, El Bouhmadi n’élude aucun sujet, y compris celui du cannabis thérapeutique. Il met également en lumière l’organisation du secteur, structuré autour de trois principaux acteurs: les pharmaciens d’officine, présents dans les quartiers, les grossistes répartiteurs, qui assurent la distribution des médicaments des laboratoires aux officines et aux cliniques, et les établissements pharmaceutiques industriels, chargés de la fabrication, de l’importation et de la distribution des produits pharmaceutiques.

La rédaction vous conseille

Les titres du matinNewsletter

Tous les jours

Recevez chaque matin, l'actualité du jour : politique, international, société...

« L’Invité Eco ». Mohamed El Bouhmadi, président de la Fédération marocaine de l’industrie et de l’innovation pharmaceutiques (FMIIP)

S'ABONNER
Partager
S'abonner