Ibtihal Abousaad, l’ingénieure marocaine qui a défié Microsoft pour Gaza

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H24Info publie la lettre de l’ingénieure marocaine Ibtihal Abousaad
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Vendredi 4 avril, à Washington, Microsoft célébrait en grande pompe ses 50 ans. Mais la fête a été brutalement interrompue. Ibtihal Abousaad, ingénieure marocaine dans la division Intelligence artificielle, s’est levée au milieu du discours de Mustafa Suleyman, patron de Microsoft AI, pour crier: «Vous êtes un profiteur de guerre! Arrêtez d’utiliser l’IA pour le génocide! Mustafa, honte à toi!»

Le moment, filmé et largement partagé, a provoqué une onde de choc bien au-delà des murs du géant technologique. Devant Bill Gates, la jeune ingénieure a dénoncé l’implication directe de Microsoft dans la guerre menée par Israël contre Gaza, l’accusant d’avoir «les mains couvertes du sang de 50.000 martyrs».

Lors d’une présentation sur la vision à long terme de l’assistant IA de l’entreprise, Copilot, par le PDG de Microsoft AI d’origine syrienne, Mustafa Suleyman, l’ingénieure Ibtihal Abousaad a dénoncé les liens de l’entreprise avec l’armée israélienne.

IA Microsoft au service de Tsahal

La Marocaine a dénoncé la mise à disposition par Microsoft des technologies IA au profit de Tsahal, accusant le géant de la technologie d’utiliser «l’IA pour le génocide», en référence aux agressions israéliennes incessantes depuis le 7 octobre 2023 contre Gaza.

Etoile montante de Microsoft, Abousaad a déclaré devant le monde entier que Microsoft et Mustafa Suleyman en particulier ont les mains tachées du sang de plus de 50.000 martyrs. «Vous êtes un profiteur de guerre. Arrêtez d’utiliser l’IA pour le génocide», a-t-elle martelé, criant: «Mustafa, honte à toi!».

«Vous prétendez vouloir utiliser l’IA pour le bien, mais Microsoft vend des technologies IA à l’armée israélienne. Cinquante mille personnes sont mortes, et Microsoft alimente ce génocide dans notre région», l’a-t-elle accusé.

«Mon code tue des enfants»

Diplômée en informatique et en psychologie à Harvard, Abousaad a ensuite adressé un courriel bouleversant à ses collègues, dénonçant la mise à disposition par Microsoft de ses technologies à Tsahal.

Elle évoque des contrats avec le ministère israélien de la Défense, impliquant notamment Azure, la plateforme cloud, et des systèmes d’IA utilisés dans des opérations militaires: surveillance, ciblage, collecte de données…

Pas peur des représailles

«On ne peut pas célébrer pendant que des gens en Palestine sont tués à cause de Microsoft. Ils pourraient s’en prendre à moi, mais la peur des représailles ne surpasse pas celle de travailler sur une technologie qui bombarde des innocents», a déclaré l’ingénieure  en logiciels au sein de la division des plateformes d’intelligence artificielle de Microsoft.

«Ma plus grande peur est de réaliser que mon code tue des enfants. J’ai parlé malgré les risques, car contribuer au génocide à Gaza me terrifie plus que les conséquences personnelles», a-t-elle confié dans une déclaration à l’agence espagnole EFE.

Répression immédiate

Escortée hors de la salle, Abousaad a vu ses comptes professionnels désactivés. Ses profils LinkedIn et Facebook ont également été suspendus. L’agence Associated Press a confirmé que Microsoft a bloqué l’accès à son poste de travail ainsi qu’à celui d’un autre employé solidaire.

compte ibtihal abousaad suspendu

Sur les réseaux sociaux, le hashtag #JusticeForIbtihal est devenu viral, réclamant la réactivation de ses comptes et dénonçant la répression interne des voix dissidentes.

Soutien mondial

Avant d’être expulsée, elle a jeté un keffieh sur la scène, devenu symbole de son engagement. Mustafa Suleyman, d’origine syrienne, lui a simplement répondu: «J’ai entendu ta protestation», sans plus de commentaire sur le fond des accusations.

L’acte de courage de la Marocaine a été salué dans le monde entier, notamment par le mouvement de résistance palestinien Hamas, qui l’a qualifiée d’«héroïne», saluant «une conscience humaine pure et une détermination rare à exposer le rôle des multinationales dans le génocide en cours à Gaza».

Abousaad, qui avait quitté le Maroc en 2017 pour poursuivre ses études aux États-Unis, est désormais érigée en icône de la résistance morale contre la complicité des grandes entreprises technologiques.

Ci-après la lettre ouverte complète de l’ingénieure marocaine à ses collègues:

«Nous sommes complices du génocide

Bonjour à toutes et à tous,

Comme vous avez peut-être vu en direct ou en personne, j’ai interrompu aujourd’hui le discours du directeur de la division Intelligence Artificielle de Microsoft, Mustafa Suleyman, lors de la très attendue célébration du 50e anniversaire de notre entreprise. Voici pourquoi.

Je m’appelle Ibtihal, et depuis trois ans et demi, je suis ingénieure en logiciels au sein de la division des plateformes d’intelligence artificielle de Microsoft. J’ai pris la parole aujourd’hui parce qu’après avoir appris que mon organisation soutenait le génocide de mon peuple en Palestine, je n’ai vu aucune autre option éthique. Cela est d’autant plus vrai que j’ai été témoin de la manière dont Microsoft a tenté de réprimer et de faire taire tout collègue qui essayait de soulever ce sujet.

Depuis un an et demi, les employés arabes, palestiniens et musulmans de Microsoft sont réduits au silence.

Toute tentative de prise de parole a été ignorée au mieux, ou s’est soldée au pire par le licenciement de deux employés pour avoir simplement protesté. Il n’y avait tout simplement pas d’autre moyen de faire entendre nos voix.

Nous assistons à un génocide

Depuis un an et demi, j’assiste, dans une douleur extrême, au génocide continu du peuple palestinien par Israël. J’ai vu souffrances, horreurs et violations massives des droits humains : bombardements aveugles, attaques contre des hôpitaux et écoles, et persistance d’un régime d’apartheid, condamnés à l’échelle internationale par les Nations Unies, la Cour pénale internationale, la Cour internationale de justice et de nombreuses ONG de défense des droits humains.

Mon cœur s’est brisé devant les images d’enfants innocents couverts de cendres et de sang, les hurlements de parents en deuil, la destruction de familles et de communautés entières.

Au moment où j’écris ces lignes, Israël poursuit son offensive génocidaire à grande échelle à Gaza, qui a déjà fait plus de 300 000 morts et blessés en un an et demi.

Il y a quelques jours à peine, on a révélé qu’Israël avait exécuté 15 secouristes à Gaza un par un avant de les enterrer dans le sable – un crime de guerre de plus.

Pendant ce temps, notre dirigeant de l’intelligence artificielle continue de superviser l’utilisation de notre technologie pour surveiller, cibler, puis tuer.

Les Nations Unies et la Cour internationale de justice ont reconnu qu’il s’agit d’un génocide, et la CPI a émis des mandats d’arrêt contre les dirigeants israéliens.

Nous sommes complices

Lorsque j’ai rejoint la division IA, j’étais enthousiasmée par le potentiel de cette technologie pour améliorer la vie humaine : traduction, outils d’accessibilité, et bien d’autres innovations pour “permettre à chaque individu et organisation de réaliser davantage”.

On ne m’a jamais informée que Microsoft vendait mon travail à l’armée et au gouvernement israéliens, pour espionner journalistes, médecins, humanitaires et familles civiles, avant de les tuer.

Si j’avais su que mes contributions au traitement de la parole aideraient à espionner les appels téléphoniques pour mieux cibler les Palestiniens, je n’aurais jamais rejoint cette entreprise.

Selon Associated Press, un contrat de 133 millions de dollars lie Microsoft au ministère israélien de la Défense. Depuis mars dernier, l’usage de l’IA de Microsoft et OpenAI par l’armée israélienne a été multiplié par 200. La quantité de données stockées par Israël via Microsoft a dépassé 13,6 pétaoctets en juillet 2024 (1 pétaoctet = 1024 To).

Israël utilise Microsoft Azure pour accumuler les données issues de sa surveillance de masse, les transcrire, les traduire (appels, textos, messages vocaux), et les comparer à son système interne de ciblage. L’IA de Microsoft alimente les projets les plus sensibles et secrets de l’armée israélienne : le “banc de cibles”, le registre de population palestinien, etc.

Nos services cloud et d’IA rendent l’armée israélienne encore plus meurtrière à Gaza.

Microsoft fournit aussi des logiciels, services cloud et conseils stratégiques à cette armée, en échange de millions de dollars de profits. Le criminel de guerre Benjamin Netanyahu a lui-même salué publiquement les liens étroits avec Microsoft.

La campagne BDS a désormais désigné Microsoft comme une priorité de boycott, au même titre que les entreprises les plus compromises dans l’apartheid et le génocide.

Et vous, collègues ?

Quelle que soit votre opinion politique : est-ce cela l’héritage que nous voulons laisser ?
Contribuer à des armes de destruction massive fondées sur l’IA ?
Travailler pour une entreprise qui fournit les munitions numériques d’un génocide ?
Même si votre poste n’est pas directement impliqué, vous soutenez par votre travail une entreprise qui arme Israël.
Et une partie de votre salaire est payée par les bénéficiaires du génocide.

Ne rien faire, c’est être complice.

C’est pourquoi j’ai agi aujourd’hui.
C’est pourquoi j’ai signé cette pétition pour exiger que Microsoft rompe tout lien avec ce génocide.
Et je vous appelle à en faire autant.

Un appel à l’action

Le silence, c’est la complicité. Mais chaque action compte.
En tant qu’employés, nous devons élever la voix et exiger de notre entreprise qu’elle cesse de vendre ses technologies à l’armée israélienne.

Si ces faits vous préoccupent et que vous voulez que votre travail ait une dimension éthique, je vous invite à :

Signer la pétition “No Azure for Apartheid” : Nous ne construirons pas des programmes qui tuent.
Rejoindre la campagne interne pour exiger la fin de ces contrats.
Parler de ces faits avec vos collègues – beaucoup les ignorent.
Refuser le silence et continuer à dénoncer cette collaboration.
La politique interne des droits humains de Microsoft interdit toute représaille envers les employés qui signalent des abus.

Microsoft a déjà cédé dans le passé sous la pression de ses salariés, en retirant ses investissements de l’apartheid sud-africain, ou en rompant avec la startup israélienne AnyVision, spécialisée dans la reconnaissance faciale.

J’espère que nos voix collectives pousseront notre division IA à agir avec courage et rompre avec cette complicité.
Que Microsoft arrête de jouer le rôle des bombes et des balles du XXIe siècle.

Avec respect,
Une employée de Microsoft qui refuse la complicité.»

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