Un an, jour pour jour ce dimanche après le séisme qui a frappé la région…
Séisme d’Al Haouz: la reconstruction patine, la FGD dénonce exclusions et pressions
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À trois mois du deuxième anniversaire du séisme d’Al Haouz, le bilan officiel du ministère de l’Intérieur met en lumière des avancées notables dans la reconstruction. Mais sur le terrain, la Fédération de la gauche démocratique (FGD) dresse un constat alarmant: retards, exclusions, pressions et inégalités.
En réponse à une question de la députée de la FGD Fatima Tamni, le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, a présenté un point d’étape sur le programme de relogement post-séisme. Selon lui, 95,8 % des tentes installées (34.048 sur 35.532) ont été démontées, ne laissant que 1.484 tentes encore occupées par environ 6.384 personnes dans des cas qualifiés d’«exceptionnels».
Côté habitat, 17.076 logements sinistrés ont été reconstruits ou consolidés, soit 65,1% des 26.263 maisons endommagées. À cela s’ajoutent 4.659 chantiers en phase avancée, portant le taux global de logements ayant dépassé 50% de travaux à plus de 82%.
Pour faire face à la dégradation des tentes et aux retards dans certains chantiers, 1.506 unités d’habitat mobile plus résistant ont été distribuées. L’Intérieur affirme aussi avoir renforcé les sites d’hébergement temporaire avec de l’eau potable, de l’électricité, des installations sanitaires, et un accompagnement psychosocial.
Objectif: 22.000 logements achevés avant la fin juin
Une commission provinciale a été installée pour piloter la reconstruction, avec l’objectif de finaliser 22.000 logements avant fin juin 2025, et la totalité des habitations restantes d’ici la fin de l’année. Une cellule spéciale traite également les cas complexes liés à des litiges fonciers ou administratifs, et des fonds d’urgence sont débloqués pour les familles les plus vulnérables (personnes âgées, handicapées, femmes seules).
Côté infrastructures, la réhabilitation de la route nationale n°7 entre Marrakech et Taroudant est en cours pour améliorer l’acheminement des matériaux et désenclaver les zones touchées.
S’agissant des équipements publics, 400 établissements ont été rénovés, 155 sont en reconstruction, 339 en phase de préparation administrative, et 345 restent à l’arrêt, sur un total de 1.239 établissements endommagés – dont 611 mosquées, 455 écoles et 43 centres de santé.
La FGD: «Le terrain dément les chiffres»
Mais ce bilan chiffré est fortement relativisé par une mission de terrain menée par la FGD, conduite par son secrétaire général. Plusieurs douars sinistrés ont été visités pour évaluer la situation réelle.
Le verdict est sévère: des douars entiers restent enclavés, les routes rurales non rouvertes, et l’accès aux services de base demeure limité. Plus grave encore, la FGD dénonce le non-versement intégral de l’aide à la reconstruction: la majorité des sinistrés n’a reçu que 80.000 dirhams sur les 140.000 promis, malgré les directives gouvernementales imposant une démolition-reconstruction.
Des cas d’exclusion de femmes veuves avec enfants ont également été signalés, sans justification claire, ainsi que des pressions exercées sur les familles pour libérer les tentes ou conteneurs d’hébergement, sans solution alternative digne, selon les conclusions de la mission de terrain.
La FGD demande vérité, justice et équité
Dans sa déclaration, la FGD appelle à la distribution transparente et complète des aides annoncées, le traitement équitable de tous les sinistrés, sans favoritisme ni discrimination, et une approche de développement global pour désenclaver durablement les zones frappées, à travers l’investissement dans les routes, les services sociaux et l’économie locale.
Interrogé sur les plaintes de répression, Abdelouafi Laftit a assuré qu’aucune entrave à la liberté d’expression des sinistrés n’était tolérée. Des consignes auraient été données pour faciliter le travail des journalistes et garantir aux citoyens leur droit à la parole.
Mais la FGD rappelle un cas emblématique : l’incarcération de l’activiste Saïd Ait Mehdi, coordinateur de la Coalition des victimes du séisme, condamné à un an de prison ferme. Le parti dénonce son arrestation comme une tentative d’intimidation à l’encontre d’un militant engagé pour les droits des sinistrés.
Une reconstruction à deux vitesses?
Alors que les autorités se félicitent d’un taux d’avancement de plus de 80% des chantiers de logement, les témoignages recueillis par les élus de gauche et les ONG tracent une autre réalité: celle d’une reconstruction inégale, marquée par des zones oubliées, des exclus du système d’aide, et des voix réduites au silence. L’approche gouvernementale gagnerait à être repensée, sur la base du dialogue, de l’équité et de la transparence, pour ne pas ajouter l’injustice à la tragédie.
Surtout qu’un rapport accablant de la Ligue marocaine des droits de l’Homme (LMDDH) a révélé, fin avril dernier, de profondes failles d’une reconstruction qui peine à panser les blessures, affirmant qu’un an et demi après le séisme d’Al Haouz, la colère gronde encore: soutien insuffisant, distribution opaque des aides, accusations d’irrégularités…
Ce rapport d’enquête de terrain de la LMDDH a sévèrement critiqué les critères d’attribution de l’aide au logement aux sinistrés du séisme d’Al Haouz, pointant «de graves dysfonctionnements» et «de profondes inégalités».
Selon l’enquête menée par la commission d’investigation de la Ligue dans la province d’Al Haouz, 82% des sinistrés interrogés jugent l’aide au logement offerte par l’État insuffisante pour couvrir les coûts de reconstruction en raison de la cherté des matériaux et la nature montagneuse de la région.
