Cannabis thérapeutique au Maroc: une filière en pleine mutation

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Cannabis thérapeutique
Les activités liées au cannabis thérapeutique ont littéralement explosées en 2024. ©DR

Le cannabis thérapeutique marocain franchit une nouvelle étape avec une industrialisation en plein essor, portée par une réglementation stricte, un marché en structuration, et des perspectives économiques ambitieuses. Entre récoltes légales inédites, investissements industriels, et expansion à l’international, le Maroc se positionne comme un acteur de référence en Afrique et au-delà.

La loi 13-21 a marqué un changement radical dans l’approche du Maroc vis-à-vis du cannabis. Historiquement proscrite, la culture du cannabis est désormais licite, transformant ainsi le paysage économique pour des communautés longtemps dépendantes de la production clandestine. Cette légalisation offre une opportunité de redonner un pouvoir économique à ces régions.

Le potentiel économique de cette activité est considérable. Mark Micallef, directeur de l’Observatoire Afrique du Nord et Sahel pour l’Initiative mondiale contre le crime transnational, a souligné lors d’un panel dédié que les ventes légales de marijuana, estimées à 33 milliards de dollars en 2022 (soit une augmentation de 32 % par rapport à 2021), pourraient dépasser les 50 milliards de dollars d’ici 2026. Ces chiffres témoignent de la croissance fulgurante du marché légal du cannabis.

L’ANRAC: au cœur de la régulation

Lancée en 2022 au Maroc, la culture licite du cannabis pour des fins médicales, pharmaceutiques, cosmétiques et industrielles, est encadrée par  l’Agence Nationale de Réglementation des Activités Relatives au Cannabis (l’ANRAC). Cette dernière joue un rôle central dans le processus d’agrément, délivrant les autorisations nécessaires pour garantir une exploitation conforme aux standards en vigueur.

Ainsi, le cadre légal mis en place par l’Etat marocain, «permet de structurer le marché tout en garantissant une traçabilité rigoureuse», assure Mohamed El Bouhmadi, Président de la Fédération marocaine pour l’innovation et l’industrie pharmaceutique (FMIIP).

Cannabis thérapeutique: l’industrie se développe à grande vitesse

L’analyse du bilan d’activité 2024 de l’ANRAC, révèle que sur les 3 371 autorisations d’exercer délivrées, quelques 358 sont allées à l’endroit des opérateurs de la filière cannabis licite au Maroc. un chiffre qui es passé du simple au double entre 2023 et 2024. Chose qui illustre la montée en puissance rapide de ce segment.

Quant à la répartition, le point de presse fait par l’ANRAC a tablé sur 77 autorisations pour la transformation, soit 21,5% du nombre total délivré. Le reste étant répartis entre les opérateurs de commercialisation (23,2%), les exportateurs agréés (18,7%), les importateurs de semences (9,7%), les transporteurs (13,9%), les exportateurs de semences (0.3%) et, enfin, la création et l’exploitation de pépinières comptant pour 0,5%).

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Comme le signifie Mohamed El Bouhmadi, « L’année 2023 a marqué un tournant avec la première récolte légale, représentant 300 tonnes métriques de cannabis exploitées». Il souligne aussi que depuis lors, les premiers produits thérapeutiques ont vu le jour : compléments alimentaires, cosmétiques, huiles de massage à base de CBD, traitements médicaux (notamment contre l’épilepsie).

«Ces avancées ouvrent de nouvelles perspectives économiques, notamment à l’export, où le Maroc commence à envoyer ses extraits de cannabis vers l’Europe, notamment la Suisse», commente l’homme qui est également à la tête de Zénith Pharma. L’un des laboratoires engagés dans la transformation.

Un potentiel économique majeur à exploiter

Pour lui, « Si le Maroc parvient à se positionner efficacement, il est à mesure de tirer une part substantielle d’un marché du cannabis thérapeutique qui pèse selon lui entre 400 et 600 millions d’euros.

Par ailleurs, il explique que la filière s’appuie sur des coopératives structurées, garantissant un revenu stable aux producteurs, loin des circuits clandestins. En parallèle, des laboratoires marocains intensifient la recherche, en collaboration avec les universités, pour développer de nouveaux produits adaptés aux réglementations internationales.

A date, il assure que la plupart des opérateurs commencent à exporter de l’extrait du cannabis, du CBD en général, soit en forme liquide, soit en forme sec. «Nous avons désormais une filière capable de rivaliser avec les grands producteurs mondiaux», lance-t-il serein.

Investissements et compétitivité

Il faut également dire que l’essor du secteur implique des investissements conséquents. Les données collectées auprès de certains acteurs relèvent des investissements de base de l’ordre de 5 à 20 millions de dirhams pour développer des lignes de production, selon qu’il s’agisse de compléments alimentaires, de produits cosmétiques, ou de médicaments à base de cannabis.

Contrairement à une simple réorientation des effectifs, la filière du cannabis thérapeutique génère de nouveaux emplois, nécessitant des compétences dédiées.

Des postes spécifiques émergent, notamment en compléments alimentaires et cosmétiques. Certains rôles restent transversaux, comme le contrôle qualité, mais nécessitent une adaptation. Exemple concret : Zenith Pharma a déjà créé une dizaine d’emplois, avec des perspectives de croissance liées aux investissements industriels.

Si des avancées notables sont opérées sur le terrain des compléments alimentaires et cosmétiques, la recherche pharmaceutique reste encore à un stade préliminaire, nécessitant des développements supplémentaires pour aboutir à des médicaments à base de THC

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Par ailleurs, Le président de la FMIIP soutient que l’export sera un levier déterminant pour renforcer la compétitivité de l’industrie marocaine. «Alors que le marché marocain se structure, la vraie bataille se jouera à l’international car, poursuit-il, le pays commence à exporter ses extraits de cannabis vers les destinations européennes, où la demande pour des compléments alimentaires à base de CBD est en forte croissance».

Aussi, le défi sera d’assurer une montée en puissance progressive, avec une expansion maîtrisée pour préserver la qualité et la traçabilité du produit marocain, conclut-il.

Le Maroc avance rapidement vers une industrialisation du cannabis thérapeutique, portée par une réglementation stricte, des investissements massifs, et un potentiel économique fort.

La structuration du marché est en bonne voie, avec de nouveaux produits et des premiers exports. Le défi majeur réside dans l’expansion internationale, tout en maintenant une production de haute qualité. Si le Maroc réussit son pari, il pourra devenir une référence mondiale du cannabis médical.

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