Cannabis licite au Maroc: entre avancées et défis, le point sur une filière en pleine mutation

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Cannabis licite Maroc
En 2024, 3.371 autorisations pour cultiver du cannabis à usage thérapeutique ont été octroyées, dont la production a dépassé le cap des 4.000 tonnes.

Entre opportunités et défis, la légalisation de la culture du cannabis au Maroc favorise indéniablement une meilleure intégration des agriculteurs, l’émergence de produits à haute valeur ajoutée et une montée en puissance sur le marché international. Toutefois, les enjeux liés à l’industrialisation, l’innovation et la compétitivité restent cruciaux pour faire du Maroc un acteur majeur du marché du cannabis licite.

Dans son dernier rapport annuel, l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRAC) a mis en relief un réel dynamisme de la filière éponyme. En témoigne le nombre d’autorisations délivrées au cours de l’année écoulée.

En 2024, l’Agence a octroyé 3.056 autorisations pour l’activité de culture et de production de cannabis contre 430 autorisations délivrées en 2023. Cette accélération des demandes est le fait de quelques 2907 nouveaux agriculteurs complétant le nombre existant. On est bien loin des 10 autorisations accordées en 2022, année inaugurale de la mise en œuvre de la loi 13-21 relatives aux usages licites du cannabis qui a ouvert la voie à la réglementation de ce secteur.

Une transition vers une économie légale du cannabis

«Depuis la mise en œuvre de la loi 13-21, la culture illégale du cannabis recule progressivement», affirme le professeur Redouane Rabii, président de l’Association marocaine consultative d’utilisation du cannabis (AMCUC). En effet, cette loi, qui encadre les usages licites du cannabis, a permis l’intégration des agriculteurs dans des coopératives autorisées, leur offrant une place dans l’économie formelle et des conditions de travail plus dignes.

Sur le plan économique, cette transition a permis à un grand nombre de familles dépendantes de la culture traditionnelle du cannabis de rejoindre des projets légaux axés sur la production à des fins médicales et industrielles. «Nous assistons à une réelle amélioration des revenus des agriculteurs», poursuit Redouane. Outre l’aspect financier, ils bénéficient désormais d’un soutien technique et de formations qui renforcent leur productivité et leur intégration.

Par ailleurs, le Maroc commence à exploiter le cannabis licite à forte valeur ajoutée, notamment dans les secteurs des cosmétiques et des compléments alimentaires. Cependant, le défi principal reste de garantir un équilibre entre les intérêts des petits agriculteurs et ceux des grandes entreprises manufacturières, afin de préserver un modèle éthique et durable.

Une grâce royale qui change la donne

L’application de la loi 13-21 ne s’est pas limitée à la seule régulation de la filière du cannabis licite. Une mesure exceptionnelle a également marqué cette transition : la grâce royale accordée aux condamnés pour des affaires liées au cannabis.

«Cette décision royale a apporté un soulagement à des centaines de familles», affirme Pr Redouane Rabii. Grâce à elle, plusieurs agriculteurs ont évité l’exclusion sociale et retrouvé un cadre légal organisé. «Elle envoie un message clair : l’État souhaite un véritable partenariat avec les producteurs», ajoute-t-il.

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Cette grâce a également permis de renforcer la confiance entre les populations locales et les autorités, tout en ouvrant la voie à des infrastructures essentielles, telles que les routes, les écoles et les centres de santé dans les régions historiquement dépendantes de la culture du cannabis.

Usages du cannabis licite : où en est le Maroc ?

En termes d’usage, la filière marocaine du cannabis licite se concentre principalement sur les secteurs médical et industriel. Le professeur explique que, «les principes actifs du cannabis sont désormais extraits pour la fabrication de médicaments et de produits thérapeutiques». Cette évolution concerne aussi les industries cosmétiques et les compléments alimentaires, et attire davantage  l’intérêt des coopératives locales et des entreprises manufacturières.

Depuis l’application de la loi, les effets commencent à se faire sentir. « Nous observons une amélioration des revenus des agriculteurs », assure Pr Redouane. La légalisation a également permis une baisse des activités illégales, telles que la contrebande et les poursuites judiciaires.

Cependant, des blocages persistent dans l’accès aux médicaments dérivés du cannabis, ralentissant les progrès du cannabis thérapeutique. «Il est urgent d’accélérer les autorisations, notamment pour les traitements contre l’épilepsie», plaide Pr Redouane.

Le développement industriel du cannabis, lui, prend progressivement de l’ampleur, notamment avec l’essor des cosmétiques et des compléments alimentaires. Mais pour garantir une pérennité à cette croissance, un soutien accru aux investisseurs et une meilleure coordination des acteurs sont indispensables.

Chaîne de valeur du cannabis : forces et faiblesses

Le Maroc se positionne comme un acteur de poids dans la production du cannabis thérapeutique, grâce à son savoir-faire agricole et ses conditions climatiques favorables. Pr Redouane Rabii souligne une base solide de production et un réseau de coopératives organisées. Toutefois, le spécialiste déplore un retard important de la transformation industrielle. Au nombre des raisons, il évoque le manque d’infrastructures modernes et d’investissements technologiques avancés.

En matière de commercialisation et d’exportation, le Maroc peine à atteindre son plein potentiel. Selon lui, «la réglementation manque encore de clarté et les normes internationales doivent être mieux intégrées». Malgré tout, la position géographique privilégiée du Royaume lui donne toutes les chances de se muer en un futur hub vers l’Europe et l’Afrique.

Un marché prometteur, mais une compétitivité à renforcer

Sur le marché mondial, le Maroc a une carte à jouer. Grâce à son climat et son expérience dans la culture du cannabis, il dispose d’atouts face à la concurrence féroce du Canada, d’Israël et des États-Unis.

Pour réellement s’imposer, plusieurs axes doivent être développés. «Il faut moderniser les infrastructures et clarifier le cadre juridique», insiste Pr Redouane. Il est aussi essentiel d’investir dans la recherche et l’innovation, afin de valoriser des produits médicaux à forte valeur ajoutée.

Enfin, le renforcement des compétences locales est crucial. Le président de l’AMCUC pense que, «former les agriculteurs, les techniciens et les industriels garantirait une meilleure qualité et une montée en gamme».

En clair, en combinant modernisation, innovation et compétitivité, le Maroc a tous les atouts de devenir un acteur incontournable du cannabis licite sur la scène mondiale.

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